BIT­COIN MIL­LION­NAIRE ?

PEUT-ON EN­CORE DE­VE­NIR MULTIMILLIONNAIRE EN BIT­COIN, SANS PAS­SER PAR LA CASE BRA­QUAGE ? PAS IM­POS­SIBLE, MAIS C’EST PAS GA­GNÉ ! EN­QUÊTE.

Technikart - - DÉCRYPTAGE - JACQUES TI­BE­RI

Avez-vous dé­jà pu dé­jeu­ner avec un multimillionnaire ? Moi, si. Un bit­coin mil­lio­naire pour être exact. En­fin, en réa­li­té, il n'a été mil­lion­naire que 5 jours. « Un ma­tin, j’avais de quoi me payer 90m2 à Au­teuil, me ra­conte-t-il ; le len­de­main, le cours s’est ef­fon­dré : il me res­tait à peine de quoi m’of­frir un T2 dans le 19ème ! J’en ai pas dor­mi pen­dant trois nuits ». #VDM. L'homme (qui pré­fère res­ter ano­nyme) m'a in­vi­té au Pas Sage, une bras­se­rie du 2ème ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, à l'en­trée de la ga­le­rie mar­chande du Grand Cerf : la seule rue de la ca­pi­tale dont les com­mer­çants ac­ceptent la fa­meuse cryp­to-mon­naie. Les gens du coin l'ont d'ailleurs sur­nom­mée

« bit­coin bou­le­vard ». De­vant un fi­let d'es­pa­don, il me ra­conte le mons­trueux grand huit émo­tion­nel res­sen­ti fin 2017, alors que le bit­coin pas­sait de 1.000 à 20.000 $ l'uni­té (+2000%) avant de re­des­cendre à 5.500 €.

Pen­dant cette an­née fo­lie, des mil­liers de geeks dans le monde ont bas­cu­lé dans l'uni­vers des mul­ti­mil­lion­naires. Par­mi eux, King­sley Ad­va­ni : un Amé­ri­cain de 24 ans pas­sion­né de blo­ck­chain. Dé­but 2017, ils pré­voit le suc­cès des cryp­to­mon­naies, vend tous ses meubles, vide ses comptes et achète pour 34.000 $ de bit­coins. Au­jourd'hui il est mil­lion­naire et conseille des star­tups. Il ne m'en fal­lait pas plus pour en­vi­sa­ger une re­con­ver­sion ex­press.

MI­NER DU BIT­COIN

Jus­qu'ici, le meilleur moyen de ga­gner des bit­coins était de les mi­ner (créer) dans la blo­ck­chain. « La blo­ck­chain éli­mine le be­soin de “tiers de confiance” (no­taire ou ban­quier) en créant une in­fra­struc­ture qui ne re­pose pas sur la confiance, trop abs­traite,, mais sur la preuve », ré­sume Pri­ma­ve­ra De Fi­lip­pi cher­cheuse au CNRS et au­teure d'un Que-Sais-Je ? sur la ques­tion. Con­crè­te­ment, une block-chain res­semble à un grand livre de comptes. Dans ce livre, chaque écri­ture est in­dé­lé­bile et contrô­lée. À la ma­nière d'un comp­table qui s'as­sure que pour chaque dé­bit on trouve un cré­dit équi­valent, les mi­neurs vé­ri­fient qu'il n'y a pas d'in­co­hé­rence. En échange, ils re­çoivent des bit­coins. Jus­qu'en 2013, de simples par­ti­cu­liers pou­vaient vé­ri­fier les tran­sac­tions dans la blo­ck­chain. Il suf­fi­sait de té­lé­char­ger un lo­gi­ciel et l'or­di­na­teur fai­sait le tra­vail. Mais il existe désormais entre 5000 à 30000 à contrô­ler. Con­sé­quence : « le mi­ning de bit­coin est de­ve­nu im­pos­sible pour un par­ti­cu­lier », af­firme Enée Bus­sac, ex­pert en cryp­to-mon­naies, au­teur du Guide pra­tique pour in­ves­tir dans les cryp­to­mon­naies (Du­nod, sep­tembre 2018). « Il faut in­ves­tir des mil­lions dans des ser­veurs ul­tra-puis­sants et s’ins­tal­ler en Azer­baïd­jan ou en Is­lande où l’élec­tri­ci­té est peu chère, si­non rien que la fac­ture d’élec­tri­ci­té vous rui­ne­rai ».

Bref, tout ce­ci n'est pas très ren­table. Je pré­fère me mettre à la spé­cu­la­tion.

PA­RIER SUR L’AVE­NIR ?

Le maître en la ma­tière se nomme Erik Fin­man. Il a 19 ans et pèse 1,8 mil­lions de $. À 12 ans il a fait un pa­ri avec ses pa­rents : s'il de­ve­nait mil­lion­naire avant ses 18 ans, il pour­rait ar­rê­ter ses études. Fin­man au­rait alors em­prun­té 1000 $ à sa grand-mère et ache­té du bit­coin. « Se­lon cer­taines es­ti­ma­tions, 1 bit­coin vau­dra 150 000 $ en 2021 (soit 30 fois plus qu'au­jourd'hui, ndlr) », an­nonce Enée Bus­sac. Il suf­fi­rait donc d'en ache­ter quelques mil­liers d'eu­ros et d'at­tendre. Mais, si on veut ga­gner plus et plus vite, « mieux vaut ache­ter des mon­naies moins connues, beau­coup plus ris­quées et donc plus lu­cra­tives, comme le Lisk, des TenX ou des RedCoins ».

Oui, mais moi je veux un mil­lion tout de suite et main­te­nant. Y'a une ap­pli pour ça aus­si ?

DAY TRA­DING AL­GO­RITH­MIQUE

« Les cryp­to-cur­ren­cies fonc­tionnent désormais plus comme des ac­tions que comme des mon­naies, m'ex­plique Fa­bien Au­frech­ter, à la tête d'Ha­vas Blo­ck­chain ». On peut, par exemple, al­ler tra­der du Bic­toin, du Lit­coin ou de l'Ether sur la pla­te­forme de tra­ding Woor­ton… Ac­tuel­le­ment, la bourse du Bit­coin re­pré­sente un bon gros mar­ché de 12 mil­liards de $, se­lon les cal­culs de Bits­tamp, une autre pla­te­forme éta­blie au Luxem­bourg. Sur­tout, sa vo­la­ti­li­té ex­trême as­su­re­rait un maxi­mum d'op­por­tu­ni­tés de culbutes su­per-ren­tables. Ça va même un peu trop vite pour moi.

« Mieux vaut s’ar­mer d’un al­go­rithme de day tra­ding, via Py­thon [un lo­gi­ciel qui sur­veille les va­ria­tions du mar­ché pour vous, NDLR] », re­com­mande Tom, tra­der pour une banque pri­vée. En clair : les fluc­tua­tions sont si ra­pides que seul un ro­bot peut sa­voir quand ache­ter ou vendre au meilleur mo­ment. Il me conseille d'ailleurs de pas­ser par un cour­tier, comme le site Stock­pile : on y achète des parts dans un fonds en Bit­coin (le GBTC) gé­ré par des pros. Une sorte de PEA de la cryp­to­mon­naie. C'est pas avec ça qu'on va ta­per les 100 pa­tates !

Heu­reu­se­ment, il reste une der­nière op­tion. Mais il va fal­loir se sa­lir les mains : en 2013, le Guar­dian ra­con­tait l'his­toire de James Ho­wells, un pion­nier du bit­coin qui ba­lan­ça par in­ad­ver­tance à la pou­belle une clé conte­nant 7500 bit­coins, soit plus de 41 mil­lions d'eu­ros. Au­jourd'hui, il la cher­che­rait en­core une dé­charge de Docks­way, au Pays de Galles. Et il n'est pas le seul : se­lon Tom, ils se­raient des cen­taines à chiner des ca­davres de disques durs, sur les­quels se­raient sto­ckés près de 5% des bit­coins de la pla­nète.

J'ai pro­po­sé à ma femme de tout ba­zar­der pour par­tir à la ruée vers l'or in­vi­sible. Elle hé­site en­core. En at­ten­dant de la convaincre, j'ai op­té pour la so­lu­tion de fa­ci­li­té : je me suis ren­du au Coin­house Store de la Mai­son du Bit­coin (Pa­ris 2è), pour in­ves­tir dans... 3 Ethe­rum (558 - 5% de com­mis­sion). Mon pa­ri : un jour, Ama­zon ac­cep­te­ra les Bic­toins et les Ethers. Ils de­vien­dront alors une vé­ri­table mon­naie mon­diale. Certes, je ne de­vien­drai peut-être pas mil­lion­naire. Mais j'au­rais cer­tai­ne­ment de quoi m'of­frir une Tes­la Mo­del 3. Ce jour là, j'au­rais at­teint le comble ul­time de la gee­ke­rie. Et ça, ça n'a pas de prix.

« LE MI­NING DE BIT­COIN EST DE­VE­NU IM­POS­SIBLE POUR UN PAR­TI­CU­LIER » – ENÉE BUS­SAC

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