Sport Bud­gets me­na­cés

L’État va bais­ser le bud­get dé­dié au sport. À Caen et ailleurs, les conseillers tech­niques spor­tifs sont me­na­cés.

Tendance Ouest Caen - - NEWS - Si­mon Abra­ham

Le gou­ver­ne­ment a an­non­cé vou­loir bais­ser de 30 mil­lions d’eu­ros le bud­get dé­dié au sport. 1 600 postes de conseillers tech­niques spor­tifs sont me­na­cés. À Caen, comme ailleurs, le mou­ve­ment spor­tif gronde.

Si­len­cieux, les mains dans le dos, Pas­cal Ber­the­lin ob­serve avec at­ten­tion ses jeunes pon­gistes du Pôle es­poir de Nor­man­die à l’en­traî­ne­ment. Par­mi eux, peut-être un fu­tur cham­pion na­tio­nal, qui sait. Pas­cal est Conseiller tech­nique spor­tif (CTS) en Nor­man­die de­puis 20 ans. Le rôle de cet an­cien pon­giste de ni­veau na­tio­nal : co­or­don­ner le pôle es­poir à Caen, or­ga­ni­ser des com­pé­ti­tions, des stages, etc. Le tout, en étant le re­lais de la po­li­tique me­née par le mi­nis­tère des sports.

Les spor­tifs grondent

Des CTS comme lui, la France en compte en­vi­ron 3 000. Ce sont des fonc­tion­naires de l’État. Faire pro­gres­ser le nombre de li­cen­ciés, dé­tec­ter des ta­lents et for­mer de nou­veaux cadres sont leurs prin­ci­pales mis­sions. Mais au­jourd’hui, leur sta­tut est me­na­cé.

La part consa­crée au sport ne cesse de dé­croître dans le bud­get de l’État. 13,5 % de baisse en deux ans. Fin 2017, le monde du sport a su­bi la di­mi­nu­tion bru­tale des em­plois ai­dés. Ré­cem­ment, le gou­ver­ne­ment a pré­sen­té sa vo­lon­té de faire à nou­veau des éco­no­mies. Ce sont 1 600 postes de Conseillers tech­niques spor­tifs qui sont me­na­cés de dis- pa­ri­tion. Le mi­lieu caen­nais, comme par­tout ailleurs, est concer­né par cette po­li­tique. Pa­trick Osouf est le pré­sident du Co­mi­té dé­par­te­men­tal olym­pique et spor­tif du Cal­va­dos. Il re­groupe les 52 co­mi­tés spor­tifs du dé­par­te­ment. Cette an­nonce gou­ver­ne­men­tale sonne comme un choc. “On s’est bat­tus pour ob­te­nir les JO, et là, le ciel nous tombe sur la tête”, ex­prime-t-il. Dans le mi­lieu du bas­ket caen­nais aus­si, le mé­con­ten­te­ment est om­ni­pré­sent. En Nor­man­die, ce sport est do­té de deux CTS. Un char­gé de la for­ma­tion des joueurs, l’autre des en­traî­neurs. C’est la tâche de Fré­dé­rique Pol­let, ins­tal­lée au siège de la Ligue ré­gio­nale de bas­ket, à Hé­rou­ville Saint-Clair. Son em­ploi est po­ten­tiel­le­ment me­na­cé. “J’ai un rôle clé. Qui va as­su­rer cette charge de tra­vail si le gou­ver­ne­ment sup­prime mon poste ?”. Le bas­ket nor­mand risque de mar­cher sur des oeufs.

Pour éteindre l’in­cen­die, la Mi­nistre des sports pro­pose que les CTS soient em­bau­chés par les fé­dé­ra­tions ou les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. “Mais nous n’avons pas les moyens de nous payer des cadres d’État”, es­time Aris­tide Oli­vier, maire ad­joint de Caen, en charge des

sports. “Nous fi­nan­çons dé­jà as­sez les clubs lo­caux, notre prio­ri­té. Pour les CTS, on a at­teint un ni­veau d’alerte.” Pour les grosses fé­dé­ra­tions spor­tives comme le foot­ball ou le ten­nis, ce trans­fert semble fi­nan­ciè­re­ment en­vi­sa­geable. “Mais pas pour des fé­dé­ra­tions mi­neurs comme

le ten­nis de table”, as­sure Pas­cal Ber­the­lin. Lun­di 24 sep­tembre, en conseil municipal, Ma­rie-Jeanne Go­bert, élue com­mu­niste à Caen, s’est fait la porte-pa­role des mé­con­tents du sport caen­nais.

Elle a pro­po­sé de ré­di­ger “un ap­pel adres­sé à l’État pour qu’ils votent un bud­get à la hau­teur des be­soins.” Car, pour l’heure, c’est 30 mil­lions d’eu­ros que le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé d’éco­no­mi­ser dans ce sec­teur.

L’État pro­pose que la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de bas­ket-ball prenne en charge le sa­laire des CTS, pour évi­ter les sup­pres­sions de postes. Im­pen­sable se­lon les ac­teurs sur le ter­rain.

Pas­cal Ber­the­lin, au fond, ob­serve l’en­traî­ne­ment quo­ti­dien des jeunes es­poirs pon­gistes caen­nais, ici au centre spor­tif de la Haie-Vi­gné.

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