Les ri­ve­rains ne veulent pas du club de tir

Le châ­teau de Ver­sailles sou­hai­tant ré­cu­pé­rer les ter­rains sur les­quels le TNV (Tir na­tio­nal de Ver­sailles) est im­plan­té, le club doit dé­mé­na­ger. Le pro­jet est pré­vu sur le ter­rain mi­li­taire de Fri­leuse, à Beynes. Mais les ri­ve­rains ne l’en­tendent pas de

Toutes les Nouvelles (Rambouillet / Chevreuse) - - La Une - M.V.

Les nui­sances so­nores en ligne de mire « Une ca­tas­trophe pour l’en­vi­ron­ne­ment »

« Le TNV est un club plus que cen­te­naire, qui a une his­toire. Il est évident qu’on ne peut pas le rayer d’un trait de plume. En re­vanche, nous ne sou­hai­tons pas qu’il s’ins­talle sur le ter­rain mi­li­taire de Fri­leuse » , an­nonce d’em­blée la pré­si­dente de l’as­so­cia­tion des ha­bi­tants de la zone na­tu­relle de la Ma­la­dre­rie (AHZNM), Ma­rie-jo­sé Jaouen, éga­le­ment conseillère mu­ni­ci­pale à Beynes. « On voit que cette dé­ci­sion a été prise d’un bu­reau de la pré­fec­ture. Ils se sont dit que mettre le club de tir sur un ter­rain de l’ar­mée se­rait la so­lu­tion la plus simple et sans in­ci­dence. Pour­tant, ce choix en­traîne de mul­tiples désa­gré­ments » , pour­suit la pré­si­dente qui a ap­pris le pro­jet de dé­mé­na­ge­ment du TNV en sep­tembre.

Le club, qui compte 1 500 adhé­rents ac­tifs et plus de 2000 ti­reurs oc­ca­sion­nels a l’in­ten­tion de s’ins­tal­ler sur le camp de Fri­leuse (à che­val sur les com­munes de Cres­pières et Beynes) en 2019 au plus tôt. Le site de 8 ha en­vi­sa­gé se trouve sur la com­mune de Cres­pières.

L’in­con­vé­nient le plus im­por­tant se­lon les ri­ve­rains : les nui

sances so­nores. « Nous en­ten­dons dé­jà les ma­noeuvres mi­li­taires, certes né­ces­saires dans le contexte ac­tuel, mais avec le club de tir, ce se­rait toute la jour­née de 8h à 19h avec tous les ca­libres ! Sans par­ler des com­pé­ti­tions où en une jour­née, les tirs peuvent dé­pas­ser plus de 15 000 par jour… En ces temps trou­blés, ce­la en­gen­dre­ra du stress. A Beynes, les quar­tiers de la Ma­la­dre­rie, du Val des 4 Pi­gnons et de la Ga­rennes se­raient les plus im­pac­tés. Mais aus­si les ha­bi­tants de Cres­pières, Da­vron et Cha­ve­nay. Si l’on a choi­si de s’ins­tal­ler dans ces vil­lages, c’est pour pro­fi­ter de la tran­quilli­té et du charme de la ru­ra­li­té » , avance la se­cré­taire de l’as­so­cia­tion, Mi­chelle Ber­nard. « Et quid des consé­quences sur les prix de l’immobilier ? » , ajoute Ma­rieJo­sé Jaouen.

L’as­so­cia­tion s’est pro­cu­ré deux études réa­li­sées dans le cadre du pro­jet. La pre­mière porte sur les im­pacts so­nores. « D’une part on peut s’in­ter­ro­ger sur la fa­çon dont elle a été réa­li­sée et d’autre part elle a igno­ré dé­li­bé­ré­ment le ha­meau de la Ma­la­dre­rie dont le centre se si­tue à 1,5km de l’en­droit convoi­té. Les pre­mières mai­sons quant à elles sont à 150 mètres ! On nous ré­torque que l’orien­ta­tion du centre de tir ne se­ra pas vers notre ha­meau, ce qui ne chan­ge­ra pas grand-chose se­lon nous pour les nui­sances so­nores. Nous de­man­dons donc à ce que cette étude soit re­faite en in­cluant la Ma­la­dre­rie » , ajoute Ma­rie-jo­sé Jaouen. L’autre étude concerne la cir­cu­la­tion : « avec des pics de 200 vé­hi­cules. Quand on voit l’état et la fra­gi­li­té des pe­tites routes au­tour du ter­rain, ce­la in­ter­roge… » Un par­king d’une cen­taine de places est éga­le­ment pré­vu. «Sur ce qui est pour l’heure une zone na­tu­relle d’in­té­rêt éco­lo­gique fau­nis­tique et flo­ris­tique. Ce pro­jet se­rait une ca­tas­trophe pour l’en­vi­ron­ne­ment. Nous bé­né­fi­cions d’un riche mi­lieu na­tu­rel avec des pe­louses cal­ci­coles, ce qui est rare en Ile-de-france. Les cy­clistes et ran­don­neurs sont nom­breux à ve­nir se pro­me­ner dans le coin et il n’est pas rare de voir des re­nards, des che­vreuils ou en­core des biches » , ar­gu­mente la pré­si­dente de l’as­so­cia­tion.

« Après la val­lée de la Mauldre et la fo­rêt de Beynes dé­vas­tées par les tra­vaux de Sto­ren­gy et Grt­gaz, les me­naces sur le do­maine de Gri­gnon voi­sin, c’est une nou­velle at­teinte à l’en­vi­ron­ne­ment qui est pro­gram­mée dans un sec­teur pour­tant pa­tri­mo­nial de la Plaine de Ver­sailles. Sans ou­blier que le centre de tir pour­rait pro­vo­quer une pol­lu­tion au plomb à cause des douilles. Cer­tains clubs ont dû fer­mer leurs portes pour cette rai­son. »

« Un pro­jet fi­nan­cé à plus d’1 mil­lion d’eu­ros par nos im­pôts »

Ce qui fait éga­le­ment bon­dir l’as­so­cia­tion, c’est le fi­nan­ce­ment de ce pro­jet es­ti­mé pour l’heure à près de 4 mil­lions

d’eu­ros. « L’état a dé­li­bé­ré­ment sous-éva­lué le prix du ter­rain. Il a été ven­du à un club pri­vé pour 600 000 eu­ros alors que ce ter­rain au­rait dû être ven­du à un peu plus d’un mil­lion d’eu­ros. Puis, pour fi­nan­cer son am­bi­tieux pro­jet le TNV qui sou­haite faire de ce centre de tir un centre de com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales, a fait ap­pel au conseil ré­gio­nal. Une sub­ven­tion de 700 000 eu­ros lui a été ac­cor­dée. Le Dé­par­te­ment ap­por­te­rait 200 000 eu­ros et la ré­serve par­le­men­taire 500 000 eu­ros. Soit au to­tal 1 400 000 eu­ros fi­nan­cés par nos im­pôts ! » s’in­surge la pré

si­dente. « Est-ce ac­cep­table en ces temps de baisse de do­ta­tions de l’état aux com­munes et aux as­so­cia­tions ? » Et Mi­chelle Ber­nard d’ajou­ter : « La vraie question que l’on doit se po­ser est : ce centre de tir est-il op­por­tun ? Il y a dé­jà de très nom­breux centres de tir dans les Yve­lines et en Ile-de-france, y com­pris pour les tirs à 300 mètres. Par ailleurs l’im­mense centre de tir de Châ­teau­roux, en construc­tion pour un coût de 29 mil­lions d’eu­ros des­ti­né aux com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales, n’est-il pas suf­fi­sant ? »

Der­nière in­quié­tude, le pro­jet du TNV com­prend la construc­tion de plu­sieurs stands de tir

dont un de 300 mètres par­tiel

le­ment cou­vert. « Ce­la en­gen­dre­ra des en­gins de chan­tier pen­dant deux ans qui vont re­mo­de­ler le ter­rain. »

Réunion au conseil ré­gio­nal

On l’au­ra com­pris, l’ins­tal­la­tion du Tir na­tio­nal de Ver­sailles au camp de Fri­leuse fait bon­dir les membres de l’as­so­cia­tion qui en­vi­sagent dé­jà toutes les so­lu­tions pour faire avor­ter ce pro­jet. De­puis sep­tembre, ils tentent d’in­for­mer les ri­ve­rains et mul­ti­plient les cour­riers aux dif­fé­rents élus concer­nés. « Le pré­fet ne nous a pas ré­pon­du et il n’a pas ré­pon­du non plus au maire de Beynes » , re­grette Ma­rie-jo­sé Jaouen.

Les res­pon­sables ont tout de même dé­cro­ché un ren­dez­vous cette se­maine avec Pa­trice Ka­ram, le vice- pré­sident du conseil ré­gio­nal pour la jeu­nesse, les sports et la vie as­so­cia­tive. « Les maires de Cres­pières et Beynes de­vraient être pré­sents ain­si que le pré­sident du TNV avec le­quel nous n’avons pas en­core pris contact. Ce se­ra l’oc­ca­sion de faire va­loir nos ar­gu­ments » , concluent Ma­rie-jo­sé Jaouen et Mi­chelle Ber­nard pour qui la ba­taille ne fait que com­men­cer.

A gauche, Ma­rie-jo­sé Jaouen, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion des ha­bi­tants de la zone na­tu­relle de la Ma­la­dre­rie et Mi­chelle Ber­nard, la se­cré­taire, de­vant des pe­louses cal­ci­coles qui de­vraient être trans­for­mées en par­king dans le pro­jet du TNV.

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