La ques­tion de la dis­corde

Toutes les Nouvelles (Versailles / Saint-Quentin-en-Yvelines) - - Versailles - Flo­rie Ce­do­lin

La concer­ta­tion oui mais à quel prix ? Il semble que cette pre­mière consul­ta­tion pu­blique or­ga­ni­sée par la Ville ne fasse pas l’una­ni­mi­té. Que ce soit chez les ri­ve­rains, les as­so­cia­tions ou les usa­gers du bou­le­vard de la Ré­pu­blique, il y a tou­jours quelque chose qui ne passe pas.

Pour Anne Bois­roux-jay, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Ver­sailles en­vi­ron­ne­ment et ini­tia­tives (VEI), créée en 2001, il y a des rai­sons tech­niques et en­vi­ron­ne­men­tales qui poussent à la réa­li­sa­tion du pro­jet. « VEI sou­tient cet amé­na­ge­ment, an­nonce la pré­si­dente en pré­am­bule. Ce­la per­met­trait de fi­nir la piste cy­clable dé­jà en­ta­mée, entre Vi­ro­flay et Le Ches­nay no­tam­ment. Cet amé­na­ge­ment ap­porte une meilleure vi­si­bi­li­té des pié­tons, trop sou­vent ou­bliés. Leur sé­cu­ri­té se­rait donc amé­lio­rée. Quant aux arbres, ils de­vront être rem­pla­cés un jour ou l’autre. De plus, sous le bou­le­vard, les ca­na­li­sa­tions d’eau sont vé­tustes. » Anne Bois­roux-jay re­con­naît ce­pen­dant que « le choix des es­sences » des arbres peut « se dis­cu­ter ».

Dif­fé­rence de trai­te­ment entre les quar­tiers ?

Mais la vraie rai­son de ce blo­cage pour la pré­si­dente de VEI porte plus « sur le sta­tion­ne­ment ». Un sta­tion­ne­ment « illé­gal, to­lé­ré de­puis long­temps par la Ville » tan­dis que ce n’est pas le cas dans les autres quar­tiers de la Ci­té royale. Pour­quoi une telle dif­fé­rence de trai­te­ment ? « Le sta­tion­ne­ment des vé­hi­cules ne doit pas blo­quer un pro­jet d’in­té­rêt gé­né­ral qui en plus bé­né­fi­cie de sub­ven­tions du conseil dé­par­te­men­tal qui pour­raient être per­dues ».

En­fin, comme d’autres, la pré­si­dente de VEI s’in­ter­roge sur cette concer­ta­tion. « C’est une très bonne chose mais ça ne s’or­ga­nise pas ain­si. » Et Anne Bois­roux-jay de rap­pe­ler que le conseil de quar­tier de Mon­treuil a tra­vaillé du­rant plu­sieurs an­nées sur ce pro­jet qui a été vo­té en conseil mu­ni­ci­pal. « Ces tra­vaux amé­lio­re­ront le cadre de vie, es­time Re­né Po­let, membre du conseil de quar­tier de Mon­treuil et de VEI. Lan­cer la deuxième phase per­met­tra d’abou­tir à un bou­le­vard har­mo­nieux et du­rable. »

Le pro­jet a pour­tant été va­li­dé

Ce qui fait dé­bat dans cette consul­ta­tion, c’est aus­si le corps élec­to­ral. Seuls les ri­ve­rains ré­si­dants dans les rues concer­nées par la deuxième tranche sont ap­pe­lés à se pro­non­cer. « Je suis dé­çu de ce qui se passe, ex­plique Dominique Ver­coustre, pré­sident de l’as­so­cia­tion des ré­si­dents de Mon­treuil Champ-la­garde. J’ai l’im­pres­sion qu’une poi­gnée de per­sonnes s’ap­pro­prient le bou­le­vard et fait plier le maire. Pour­tant, le pro­jet a été va­li­dé en conseil de quar­tier, puis en conseil mu­ni­ci­pal. Une vé­ri­table dé­mo­cra­tie a été mise en place… au dé­but. Et là, à cause de quatre per­sonnes qui s’en­chaînent à un arbre… Je re­grette qu’une poi­gnée em­pêche le pro­jet d’avan­cer alors qu’il s’agit d’un pro­jet de quar­tier, de ville. Nous avons tra­vaillé des­sus trois ans ! »

Reste la for­mu­la­tion de la ques­tion. « Il y a en fait deux ques­tions (les tra­vaux et le sta­tion­ne­ment, N.D.L.R.). Si les gens veulent ré­pondre oui à l’une et non à l’autre, ce n’est pas pos­sible. Ce­la oblige à dire non à tout », sou­ligne Anne Bois­roux-jay. VEI a d’ailleurs trac­té le week-end der­nier en fa­veur du « oui » aux cô­tés d’autres as­so­cia­tions comme Ve­lo­ver­sailles et celle du Parc Chau­chard.

« Ve­lo­ver­sailles re­grette le prin­cipe même de cette concer­ta­tion, an­nonce Isa­belle Claude, sa res­pon­sable. Parce qu’elle ne concerne que les ré­si­dents du bou­le­vard et des rues ad­ja­centes mais pas la plu­part des usa­gers de ce même bou­le­vard. Et parce qu’elle as­so­cie dans la même ques­tion deux pro­blé­ma­tiques qui de­vraient res­ter dis­so­ciées. »

Quant aux ha­bi­tants du quar­tier, ceux qui ne vo­te­ront pas lors du scru­tin, mais sont tout de même concer­nés, l’im­pact le plus re­dou­té est ce­lui du sta­tion­ne­ment : « Si le sta­tion­ne­ment de­vient payant, les gens vont se ra­battre sur notre quar­tier pour se ga­rer », re­doute une ha­bi­tante de la ré­si­dence voi­sine de Grand Siècle.

Du cô­té des per­sonnes qui mi­litent pour le « non », l’on re­trouve in­évi­ta­ble­ment l’as­so­cia­tion Ver­sailles Mon­treuil en­vi­ron­ne­ment créée en 2016. C’est d’ailleurs face à sa pro­tes­ta­tion que le maire avait ac­cep­té de stop­per les tra­vaux des deuxième et troi­sième tranches et de lan­cer cette consul­ta­tion pu­blique. Mais là en­core, cette idée ne fait pas l’una­ni­mi­té.

« Il est étrange qu’une par­tie des élec­teurs du bou­le­vard de Les­seps ne puissent pas vo­ter, re­marque le pré­sident de Ver­sailles Mon­treuil en­vi­ron­ne­ment, Jean Si­ga­la. C’est d’au­tant plus trou­blant que les arbres de ce bou­le­vard sont éga­le­ment me­na­cés. » Lui aus­si dénonce une ques­tion à double tran­chant.

Un « mé­lange des genres » que dé­plore Jean Si­ga­la qui re­grette sur­tout « l’abat­tage des arbres » à l’été 2016. « Le dos­sier de la mai­rie ne com­porte au­cune étude phy­to­sa­ni­taire, sou­ligne en­core le dé­fen­seur des arbres. Or une étude me­née par la Ville en 2014 mon­trait que 90 % des arbres avaient une es­pé­rance de vie su­pé­rieure à 10 ans. Ce dos­sier ne men­tionne pas non plus l’ac­cord entre la Ville et le rec­to­rat pour l’uti­li­sa­tion du par­king bou­le­vard de Les­seps. Or, une cen­taine de places vont être sup­pri­mées. Donc les gens vont payer pour des places qu’ils n’au­ront pas ! » Jean Si­ga­la ex­plique aus­si que la créa­tion d’une piste cy­clable sur le bou­le­vard est pos­sible, sans pour au­tant abattre les arbres.

Bref, per­sonne n’est ra­vi de cette consul­ta­tion dont le ré­sul­tat de­vrait être sui­vi par la Ville et donc faire l’ob­jet d’une nou­velle dé­li­bé­ra­tion en conseil mu­ni­ci­pal si le « non » l’em­porte.

Pour les uns, les arbres sont ma­lades, no­tam­ment du fait du sta­tion­ne­ment ; pour les autres, ils sont en­core viables au moins une di­zaine d’an­nées. Cette consul­ta­tion pu­blique sur l’amé­na­ge­ment du bou­le­vard de la Ré­pu­blique, ne fait l’una­ni­mi­té chez per­sonne.

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