OFF-ROAD TEST I

Jus­qu'où ces su­per trails qui ré­pondent à l'ap­pel­la­tion "ad­ven­ture", peuvent-ils s’ad­ven­tu­rer, jus­te­ment ? Parce qu’il ne suf­fit pas de le dire, faut sur­tout le dé­mon­trer. Trois jours et 750 km plus tard, entre Au­vergne et Lan­gue­doc-Rous­sillon, nous pou­vo

Trail Adventure - - SOMMAIRE -

BMW R1200 GS, KTM et Yam Su­per Té­né­ré : les Ad­ven­ture au bout du che­min.

BMW R1200 GS Ad­ven­ture / KTM 1190 Ad­ven­ture / Ya­ma­ha XT 1200 ZE Su­per Té­né­ré

Comment une ma­chine de ce ga­ba­rit, qui at­teint 260 ki­los avec 30 litres dans le bi­don, peut-elle se mon­trer aussi légère à la conduite ?

ous voi­là par­tis. Marie sur la 1190 Ad­ven­ture, No­bru sur la Su­per Té­né­ré. Sym­pas, ils me laissent es­suyer les plâtres avec la GS, mons­trueuse dans cette ver­sion Ad­ven­ture. Nous quit­tons Brioude (43), di­rec­tion l’Es­pagne. Olé ! Par les che­mins. Euh là ! Pro­jet plein de pro­messes pour le­quel nous nous ac­cor­dons trois jours sans sa­voir jus­qu’où ce­la nous mè­ne­ra. D’une part, parce que faire des photos sur un es­sai iti­né­rant fait sé­rieu­se­ment chu­ter la moyenne. D’autre part, parce que nous avons en­core tout à ap­prendre des ma­chines choi­sies. Elles sont ap­pa­rem­ment taillées pour l’ad­ven­ture, c’est même mar­qué des­sus, mais qu’en est-il de leurs réelles ca­pa­ci­tés en tout-ter­rain ?

Les marques ont joué le jeu en connais­sance de cause et équi­pé les ma­chines de pneus ad hoc. C’est dé­jà une ré­ponse en soi. Il n’en reste pas moins qu’au mo­ment où nous em­brayons dans le sillage de Laurent, notre guide, sur les pre­miers ki­lo­mètres de pe­tites routes qui des­cendent de son gîte, une vague in­quié­tude plane dans nos têtes. C’est bon en même temps, il y a du défi dans l’air. De nous trois, le seul vrai mo­tard d’expérience, c’est la Marie-Pierre et elle n’est pas grande, donc pas hy­per confiante, mais le chal­lenge est un mode de vie chez elle. Quant à Bruno et moi, pour avoir de­puis long­temps ver­sé dans la ran­do en­du­ro et dé­lais­sé les gros cubes, nous sommes comme des dé­bu­tants dans le cas pré­sent.

Hors ga­ba­rit

Ve­nus de Pa­ris, nous avons des­cen­du la R1200 GS Ad­ven­ture et la Su­per Té­né­ré en ca­mion pour conser­ver un maxi­mum de hau­teur de cram­pons sur nos pneus TT. Par­tie de Cler­montFer­rand, Marie nous a re­joints par la route sur la KTM. Ces trois mo­tos, on les connais­sait de vue, on va dire. De ré­pu­ta­tion aussi, sur­tout la grosse GS, ter­reur des com­pa­ra­tifs chez nos confrères rou­tiers et best-sel­ler pla­né­taire. Pour au­tant, de notre point de vue d’en­du­ristes, rien dans son ar­chi­tec­ture et sa tech­no­lo­gie ne dit qu’il en ira de même dans le contexte off-road. C’est même tout le contraire. Moins mas­sives, plus basses de selle, do­tées de sus­pen­sions d’ap­pa­rence conven­tion­nelle, la XTZ 1200 et la 1190 sont a prio­ri da­van­tage dans nos cordes. Leurs mo­teurs nous sont aussi moins étran­gers que le gros flat qui dé­borde de par­tout. La Bé­hème est hors ga­ba­rit sous tous les angles. “On” s’est donc dit qu’il était pré­fé­rable que j’en prenne d’em­blée la res­pon­sa­bi­li­té. Ben voyons.

Laurent ne tarde pas à quit­ter le bi­tume pour en­quiller les pre­miers che­mins. La por­tion de route em­prun­tée jusque-là nous a per­mis de nous fa­mi­lia­ri­ser avec nos fières mon­tures – à part Marie dé­jà chez elle sur la KTM. On a rou­lé en convoi ex­cep­tion­nel non sans plai­sir, mais il est temps de re­nouer avec de bonnes sen­sa­tions, en­core tout hy­po­thé­tiques à ce stade. La Su­per T est mon­tée en Met­ze­ler Ka­roo 3, les Ger­maines en Con­ti­nen­tal TKC 80, le top pa­raît-il. Nous avons lais­sé nos montes aux pres­sions rou­tières, d’abord pour li­mi­ter les risques d’une cre­vai­son tou­jours pé­nible en pleine na­ture, et aussi par dé­fiance vis-à-vis de l’élec­tro­nique : si l’on des­cend à 1,5 bar comme il est conseillé de le faire en TT avec nos pneus, comment vont ré­agir les cap­teurs de pres­sion ? Simple mes­sage d’alerte sur le ta­bleau de bord ? Ac­ti­va­tion de la ges­tion mo­teur en mode re­scue et lan­cé de fu­sées de dé­tresse ? On n’en sait rien.

Dans les or­nières

Le mo­ment est ve­nu de confes­ser qu’en pla­ni­fiant cette tra­ver­sée, nous n’avons pas son­gé un seul ins­tant à la com­po­sante élec­tro­nique de­ve­nue pour­tant si ba­nale

Quand on est sur une moto qui fait le double du poids

d’une grosse en­du­ro, on tâche plus que ja­mais de re­gar­der loin

sur les mo­tos haut de gamme ac­tuelles. Ce se­rait à re­faire, nous pren­drions une jour­née sup­plé­men­taire pour bien in­té­grer ce qu’im­plique un chan­ge­ment de mode de conduite sur cha­cune de nos mo­tos et comment agir ins­tinc­ti­ve­ment pour bé­né­fi­cier ou non de tel ré­glage de sus­pen­sions, telle ré­ponse mo­teur, telle as­sis­tance au pi­lo­tage. Bref, ap­prendre à pi­lo­ter les pa­ra­mé­trages avant de pas­ser au vrai su­jet. Main­te­nant que nous sommes par­tis, on ap­pren­dra en rou­lant. Ou pas. Car on a un peu la tête ailleurs. Sur les pay­sages que Laurent nous fait tra­ver­ser et aussi sur les pièges du par­cours. Quand, en tout-ter­rain, on est sur une moto qui fait le double du poids d’une grosse en­du­ro, on tâche plus que ja­mais de re­gar­der loin pour ne pas avoir à la re­le­ver.

Au terme de la pre­mière jour­née, nous sommes à Mende, aux “Cha­lets des Pé­pites” de William Ru­bio, l’ex-cham­pion de su­per­mo­tard. Nous au­rions dû pas­ser la nuit plus au sud, du cô­té de Sain­teE­ni­mie, mais la moyenne du jour a été moins ra­pide qu’es­pé­rée. En un peu plus de 200 bornes par les dé­tours que Laurent nous a fait faire, nos bé­canes ont per­du de leur éclat. Du­rant la ma­jeure par­tie de l’étape, nous avons al­ter­né de che­mins tran­quilles

en pistes rou­lantes, en­chaî­né des mon­tées et des­centes, de courtes por­tions de route et des sec­tions tech­niques. L’es­prit de la bourre n’était ja­mais bien loin et les cailloux ont vo­lé par mo­ments. Il ne fal­lait pas se suivre de trop près, quitte à bouf­fer la pous­sière en sus­pens.

Tout ce par­cours comme dans un rêve, bien loin de nos pers­pec­tives tein­tées de pes­si­misme au mo­ment du dé­part. Et sans faute à dé­plo­rer, jus­qu’à ce che­min fo­res­tier en­core en­nei­gé en ce dé­but de prin­temps peu avant le Lac Char­pal. Un im­pré­vu comme on les aime en en­du­ro, mais là, avec nos bes­tiaux ? Al­lez, on est chauds, on tente. On va y pas­ser du temps et y lais­ser pas mal de ca­lo­ries. C’est as­sez ten­du. On rame pas mal. Le poids des bé­canes aide beau­coup à faire sa trace, mais pas sys­té­ma­ti­que­ment. Dans les or­nières, on fi­nit tôt ou tard par perdre de la vi­tesse, donc l’équi­libre et se faire em­bar­quer par le poids. Une 1200, c’est tou­jours plus fort que toi. Un coup, c’est la Yam qu’il faut re­le­ver parce que ses re­pose-pieds pla­cés bas et son manque de garde au sol gênent la pro­gres­sion, un coup la Bé­hème dont le flat racle tout ce qui dépasse sur les cô­tés quand la moto s’en­fonce. L’avan­tage, c’est qu’elle reste de­bout. L’in­con­vé­nient, c’est qu’elle reste po­sée sur ces cy­lindres, pas sur son pneu ar­rière. Dans ce cas-là, on se dé­brouille comme on peut et quand on ne peut plus, il y a tou­jours Laurent, sa science du pi­lo­tage ex­trême et ses grandes gui­boles pour ré­gler le pro­blème. Dans ces condi­tions, être au gui­don de la KTM est une bé­né­dic­tion. Elle passe par­tout sans se blo­quer ni em­bar­quer. Royale.

Meilleure er­go­no­mie

Au dé­brie­fing du soir, c’est No­bru qui, avec sa verve na­tu­relle, ex­prime le mieux le sen­ti­ment gé­né­ral. « On m’au­rait dit avant le dé­part : “Tu vas rou­ler là, dans la neige”, ja­mais je n’y au­rais cru, pas avec des mo­tos comme ça, pas avec la Bé­hème sur­tout. Je suis bluf­fé ! » A vrai dire, cha­cun de nous a très ra­pi­de­ment dû se rendre à l’évi­dence que loin de consti­tuer le bou­let re­dou­té, la GS Ad­ven­ture fait ré­fé­rence éga­le­ment hors route, im­po­sant sa masse avec la même au­to­ri­té que sur route, ses propres codes aussi en ma­tière de com­por­te­ment. Le dé­bat tourne vite au­tour du phénomène. Comment une ma­chine de ce ga­ba­rit, qui at­teint 260 ki­los avec 30 litres dans le bi­don, peut-elle se mon­trer aussi légère à la conduite ? Car avant les consi­dé­ra­tions sur son po­ten­tiel mo­teur et sa te­nue de piste, c’est bien la pre­mière ré­flexion qui vient à l’es­prit.

Il y a la ma­gie du bloc BMW, de son ar­chi­tec­ture plus exac­te­ment, avec, comme

Mo­nu­men­tale, lourde, la moto la plus ven­due au monde dans sa ver­sion Ad­ven­ture im­pres­sionne for­cé­ment qui ne la connaît pas. Mais l’es­sayer, c’est l’adop­ter.

Une des ca­rac­té­ris­tiques de la big GS est quelle ne per­met pas de voir sa roue avant en rou­lant . C’est par­fois in­con­for­table.

En haut. Im­pres­sion­née le ma­tin même par la Bé­hème, Marie avait fi­ni par l’adop­ter. Comme quoi… Comme on le voit ici, quelque part en Haute-Loire, le par­cours pro­po­sé par Crazy Tours est adap­té à ces gros trails.

Tant qu’on n’est pas mon­té sur une R1200 GS Ad­ven­ture, im­pos­sible d’ima­gi­ner à quel point cette moto sait être fine. Cet aper­çu per­met de s'en rendre compte. No­ter éga­le­ment le galbe par­ti­cu­lier du gui­don qui tombe exac­te­ment là où il faut.

Par son ar­chi­tec­ture à plat, le bi­cy­lindre BMW joue un rôle fon­da­men­tal dans l’équi­libre de la GS. Seul in­con­vé­nient de cette dis­po­si­tion, im­pos­sible de sor­tir la jambe à l’in­té­rieur des vi­rages. On com­prend ici pour­quoi.

L’Ad­ven­ture de KTM est un pe­tit ga­ba­rit dans la ca­té­go­rie, à 230 ki­los avec le plein, pres­qu’une en­du­ro. Elle en a le cô­té joueur et le tem­pé­ra­ment spor­tif.

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