MADE IN GER­MA­NY

« Tout pour l’aven­ture » an­nonce Tou­ra­tech ; « Com­plé­tez votre BMW » pro­pose Wun­der­lich. Le suc­cès de la li­gnée des GS a fait le bon­heur de ces équi­men­tiers nés dans le sillage des pre­miers gros trails “ad­ven­tu­riers”. Une réus­site de plus au cré­dit des pa

Trail Adventure - - SOMMAIRE - Tou­ra­tech en France www.tou­ra­tech.fr

Notre homme chez Tou­ra­tech und Wun­der­lich. Ach, qu’ils sont forts ces Al­le­mands !

Tou­ra­tech - Wun­der­lich

i la France est le pays le plus vi­si­té au monde, l’Al­le­magne est ce­lui qui s’ex­porte le mieux. Car les Al­le­mands aiment par­tir à l’étran­ger, au point d’être par­fois… en­va­his­sants, mais c’est une autre his­toire. Ils ont de­puis long­temps aban­don­né leurs pan­zers pour fran­chir les fron­tières. Au­jourd’hui, ils voyagent dans de grosses ber­lines ou sur des trails GT, un genre qui ré­pond à leurs at­tentes et dont ils sont les in­ven­teurs via leur construc­teur na­tio­nal. Ce que nous ap­pe­lons “trail“porte chez eux un autre nom : Gelän­de­sport ou en­core Gelände Straße, soit GS.

Les Al­le­mands oc­cupent de­puis des an­nées la pre­mière place au clas­se­ment in­ter­na­tio­nal du tou­risme. Ce n’est pas si sur­pre­nant. L’Al­le­magne a une économie flo­ris­sante et un taux de chô­mage ré­duit. Les ci­toyens al­le­mands ont par consé­quent des moyens à consa­crer à leurs loi­sirs. S’ils en pro­fitent pour par­tir à l’étran­ger, c’est parce que l’Al­le­magne est aussi un pays stric­te­ment ré­gle­men­té et sans grands es­paces libres.

Mais s’en te­nir à ces deux seuls fac­teurs pour ex­pli­quer la bou­geotte des Al­le­mands se­rait ré­duc­teur. Une autre mo­ti­va­tion, plus pro­fonde, les pousse à al­ler voir ailleurs. Ils ont ce qu’ils nomment le fern­weh, “bou­geotte” jus­te­ment, mais aussi “nostalgie du loin­tain” en fran­çais. Au fond, les Al­le­mands sont de grands ro­man­tiques, des rê­veurs. On le sait de­puis les écrits de No­va­lis et les oeuvres de Schu­bert ou Brahms. La na­ture teu­tonne se dis­tingue éga­le­ment par d’autres qualités : la cu­rio­si­té et l’ou­ver­ture d’es­prit, ain­si qu’un per­fec­tion­nisme tech­nique qu’on peut qua­li­fier de congé­ni­tal.

Le suc­cès des in­dus­triels al­le­mands tient à cet ata­visme et ce­lui des di­ri­geants de Tou­ra­tech et Wun­der­lich n’y échappe pas. Au tout dé­but, Her­bert Sch­warz et Erich Wun­der­lich n’étaient que des ama­teurs épris d’éva­sion et d’aven­tures à moto. Faute de trou­ver sur le mar­ché ce qu’ils cher­chaient, ils ont dé­ci­dé de le créer.

All about Ad­ven­ture“– comme toute en­tre­prise am­bi­tieuse, Tou­ra­tech a son slo­gan qui ré­sume sa phi­lo­so­phie, voire sa mis­sion. De­puis vingt-cinq ans, celle-ci n’a ja­mais va­rié dans l’es­prit d’Her­bert Sch­warz, in­fa­ti­gable voya­geur au long-cours et fon­da­teur de la marque : équi­per les mo­tards qui par­tagent sa passion. Nous sommes au siège de l’usine, à Nie­de­res­chach près de Stutt­gart, là d’où pro­vient une grande par­tie des pro­duits Tou­ra­tech. D’al­lure jeune, le pa­tron est un type à la co­ol, au fond conforme à l’image qu’il donne de lui.

Ins­tru­ments hi-tech

L’his­toire de Tou­ra­tech com­mence dans les an­nées 80 par un or­di­na­teur de bord que cet élec­tro­ni­cien de formation s’in­gé­nie pa­tiem­ment à dé­ve­lop­per avec un ami pour en équi­per sa R80 GS. Ce se­ra l’IMO 200T. Her­bert Sch­warz a alors dé­jà tra­ver­sé l’Afrique de long en large, voya­gé au Moyen Orient, dans toute l’Amé­rique du Nord et en Union So­vié­tique. L’in­té­rêt de ses amis rai­ders pour un ins­tru­ment no­va­teur le convainct de lan­cer une (pe­tite) pro­duc­tion, ne se­rait-ce que pour le leur vendre puisque c’est ce qu’ils veulent ! Nous sommes en 1990 et cet IMO 200T jus­ti­fie le “tech” de la marque nou­vel­le­ment créée : Tou­ra­tech pour “tour ad­ven­ture tech­no­lo­gy”.

L’IMO 200T fe­ra des pe­tits qui en­ri­chi­ront la gamme d’ins­tru­ments hi-tech, mais ce sont sur­tout les va­lises alu Ze­ga qui fe­ront la notoriété de Tou­ra­tech. Her­bert Sch­warz a bien sûr dé­ve­lop­pé le concept au cours de ses voyages. Il en achè­ve­ra la mise au point lors d’un long trip entre Ke­nya et Afrique du Sud en 1992. Quand les pre­miers mo­dèles de la gamme Ze­ga sont lan­cés, c’est un pe­tit suc­cès. Il ira gran­dis­sant :

L’his­toire com­mence dans les an­nées 80 par un or­di­na­teur de bord que cet élec­tro­ni­cien s’in­gé­nie

à dé­ve­lop­per pour sa R80 GS.

« Au dé­part, nous ne pou­vions pas pro­duire plus de 30 uni­tés par jour. Au­jourd’hui, nous en sor­tons 40 000 par an. C’est notre pro­duit best-sel­ler. Nous avons fait du che­min ! »

Son ca­ta­logue s’est entre-temps consi­dé­ra­ble­ment dé­ve­lop­pé puisqu’il compte dé­sor­mais plus de 7 000 ré­fé­rences entre les dif­fé­rents élé­ments de ba­ga­ge­rie, sup­ports, pro­tec­tions, ins­tru­ments, ac­ces­soires, etc. pour tous les trails du mar­ché. Gran­dir n’a pour au­tant pas dé­tour­né le chef d’en­tre­prise de sa fa­çon d’opé­rer.

Loin de consti­tuer un frein, ce fonc­tion­ne­ment ar­ti­sa­nal est la clé de la crois­sance de Tou­ra­tech, il en est per­sua­dé. « Nous sommes fi­dèles à notre ligne de conduite et je crois d’ailleurs que nos clients le res­sentent. Nous ven­dons uni­que­ment les pro­duits que nous uti­li­sons nous-mêmes. Notre dé­par­te­ment R&D s’ap­puie sur notre expérience et notre pra­tique de la moto pour dé­ve­lop­per de nou­veaux pro­duits. Je par­cours moi-même à peu près 20 000 km par an au gui­don d’un trail. »

Gé­nie créa­tif

Eta­lée sur toutes ces an­nées, une telle réus­site n’au­rait évi­dem­ment pas été en­vi­sa­geable sans une qua­li­té de fa­bri­ca­tion im­pec­cable ni le gé­nie créa­tif du staff di­ri­geant de l’en­tre­prise — car Her­bert Sch­warz s’est très tôt at­ta­ché les ser­vices d’un in­gé­nieur en la per­sonne de Jo­chen Schantz, com­pa­gnon de voyage ren­con­tré en Afrique, pre­mier client de l’IMO 200T et dé­sor­mais nu­mé­ro 1 bis de la boîte !

Ce­pen­dant, une part dif­fi­cile à éva­luer, mais cer­tai­ne­ment non né­gli­geable compte aussi dans le suc­cès de Tou­ra­tech : la per­son­na­li­té même de son fon­da­teur. Ce­lui-ci est bien connu du public

« Ce sont les Fran­çais qui par­taient à l’aven­ture en Afrique avec leurs 500 XT et un sac de cou­chage sur le porte-ba­gage ! »

mo­tard pour avoir été guide d’ex­pé­di­tions di­verses puis dé­ve­lop­pé une BMW F650 de rallye, la­quelle se­ra en­ga­gée sur le Pa­ris-Da­kar au dé­but des an­nées 2000. Li­bé­ral, pa­ci­fique (il fut ob­jec­teur de conscience), Her­bert Sch­warz est un per­son­nage cha­ris­ma­tique et c’est un in­con­tes­table atout pour l’image de sa marque.

Non à la Chine

Dans un pays por­té sur l’éco­lo­gie, il est ap­pré­cié tpour son éthique et ses prises de po­si­tion hu­ma­nistes. Son usine fonc­tionne à 100% aux éner­gie re­nou­ve­lables.

Il pré­cise : « Tout le cou­rant uti­li­sé par l’en­tre­prise pro­vient d’un bar­rage hy­dro­élec­trique et pour le chauf­fage nous uti­li­sons la cen­trale bio­gaz d’un voi­sin. » Quand à sa concep­tion du métier, elle est de­puis le dé­but en to­tal ac­cord avec ses convic­tions : « Nous ne fe­rons ja­mais de bu­si­ness avec l’ar­mée, ni avec les pays qui ne res­pectent pas les droits de l’homme, la Chine par exemple. C’est une régle chez nous, elle est consignée dans les sta­tuts de notre en­tre­prise. »

On le sait, peu d’in­dus­triels dans la moto peuvent se tar­guer d’igno­rer ain­si une main d’oeuvre bon mar­ché. De son point de vue, Her­bert Sch­warz pense qu’ex­por­ter sa pro­duc­tion ne se­rait pas si bé­né­fique pour lui. C’est de toute fa­çon contraire à ses prin­cipes d’Eu­ro­péen « Je pense que nous n’au­rions rien à ga­gner à sous-trai­ter notre pro­duc­tion en Chine.

J’ai d’ailleurs rem­por­té ré­cem­ment un ap­pel d’offre pour le­quel j’étais en com­pé­ti­tion avec une en­tre­prise chi­noise ! Moi, ma pa­trie c’est l’Eu­rope et pro­duire chez nous ne re­vient pas tou­jours plus cher. Une grosse par­tie de notre pro­duc­tion sort de notre usine et j’y tiens. Ma prio­ri­té est de don­ner du

travail aux gens d’ici. Tout ce que nous ne pou­vons pas pro­duire en Al­le­magne est sous-trai­té dans des pays voi­sins. »

A ce slo­gan « Tout pour l’aven­ture », Tou­ra­tech au­rait pu ajou­ter : « rien que pour l’aven­ture ». Car la marque a gran­di avec le mar­ché des ma­chines dé­diées sans beau­coup se dis­per­ser. Sur son épais ca­ta­logue, la part consa­crée aux rou­tières est re­la­ti­ve­ment mince et elle ne concerne que les GT, à l’ex­clu­sion de tout autre type de moto. A en croire Her­bert Sch­warz, ce n’est pas prêt de chan­ger. « Ces ma­chines re­pré­sentent au­jourd’hui 80 % de notre chiffre d’af­faire. Je pense que ce chiffre pro­gres­se­ra en­core à l’ave­nir parce que les trails vont ga­gner des parts de mar­ché sur les autres types de moto, comme on l’a vu avec les SUV dans l’au­to­mo­bile. »

Pour res­ter dans les chiffres, Her­bert Sch­warz nous ap­prend que le mar­ché ex­té­rieur où Tou­ra­tech est le mieux im­plan­té après les Etats-Unis est la France.

« Ce n’est pas éton­nant. Ce sont les Fran­çais qui ont lan­cé cette idée de voya­ger en trail. Ce sont eux qui par­taient à l’aven­ture en Afrique avec leurs 500 XT et un sac de cou­chage sur le porte-ba­gage ! Par rap­port à cette époque, la tech­no­lo­gie des mo­tos a évo­lué et ce sont main­te­nant de grosses cy­lin­drées que l’on peut équi­per au mieux pour de longs par­cours. Mais au fond, l’es­prit reste le même. »

trail qui vaille dans la gamme. Les ventes des pe­tites soeurs GS, G650 et F700/800, sont anec­do­tiques par com­pa­rai­son.

C’est peut-être la rai­son qui l’a ré­cem­ment in­ci­té à étendre son offre vers d’autres marques. On peut dé­sor­mais com­plé­ter sa Triumph Ti­ger Ex­plo­rer ou sa Ya­ma­ha 1200 XTZ (seuls mo­dèles concer­nés pour le mo­ment) avec des élé­ments Wun­der­lich. Après tout, il n’a pas for­cé­ment ju­ré fi­dé­li­té à BMW.

En dé­pit du dés­équi­libre de son vo­lume d’af­faires en fa­veur des rou­tières, Erich Wun­der­lich reste très at­ta­ché au tout-ter­rain. Bien pla­cé pour sen­tir les ten­dances, il es­time que l’en­goue­ment pour les maxi­trails n’a pas fi­ni de grim­per. « Il peut al­ler très haut parce que la po­ly­va­lence est un ar­gu­ment fort. Et c’est pour­quoi je crois aussi au concept dit “cros­so­ver”, le scram­bler par exemple, moins pour des rai­sons pra­tiques qu’es­thé­tiques, bien sûr. » En par­te­na­riat avec le pré­pa­ra­teur al­le­mand Sport Evo­lu­tion et d’après une étude com­man­dée à Nicolas Pe­tit, jeune de­si­gner fran­çais, Wun­der­lich a pris les de­vants sur le su­jet en réa­li­sant, un pur scram­bler sur base 1200 GS. Ce n’est certes pas la ma­chine que l’on choi­si­rait pour par­tir voir du pays, mais l’exer­cice a du style, il faut le re­con­naître.

Ce Kon­zept­bike, par­mi beau­coup d’autres en tous genres chez Wun­der­lich, té­moigne de l'ef­fer­ves­cence créa­tive qui règne dans l'en­tre­prise. « C’est ce qui fait notre force et ga­ran­ti notre ave­nir, dit le big boss. Pour main­te­nir notre lea­der­ship dans la du­rée,

eu­ro­péens aptes à ré­pondre à nos exi­gences. Par ailleurs, nous leur ren­dons ré­gu­liè­re­ment vi­site pour nous as­su­rer qu’ils res­pectent les droits des tra­vailleurs. » Re­pre­nant ain­si ce qu’il dit sur son site, cettre dé­cla­ra­tion a va­leur d’en­ga­ge­ment.

A propos d’in­ter­net, wun­der­lich.de semble fonc­tion­ner à plein ré­gime. Plus de trois mille pro­duits sont pro­po­sés sur le site et 80 % des com­mandes se font en ligne. Ce­la n’em­pêche tou­te­fois pas Wun­der­lich d’avoir quelques dis­tri­bu­teurs en France. Un mar­ché qui fonc­tionne bien pour lui et dont il dit ce que beau­coup d’Al­le­mands pensent, no­tam­ment pour ce qui concerne le phénomène trail/ad­ven­ture : « Les Fran­çais sont une ré­fé­rence cultu­relle dans ce do­maine. Ils sont in­di­rec­te­ment à l’ori­gine de ce seg­ment avec la 500 XT par le biais de So­nau­to (exim­por­ta­teur Ya­ma­ha) qui a pe­sé pour que Ya­ma­ha la pro­duise. Je pense que c’est la moto qui, plus tard, a ins­pi­ré la R80 GS. »

L’évo­ca­tion de la 500 XT le ra­mène à ses pre­mières amours. C’est en bri­co­lant ses mo­nos Yam XT et SR que, jeune homme, Erich Wun­der­lich a fait ses dé­buts dans le métier. Entre autres amé­lio­ra­tions, il avait conçu un sys­tème de lu­bri­fi­ca­tion di­rect sur l’arbre à cames. Il n’avait plus qu’à le re­pro­duire et ap­prendre à le vendre. www.chris­ti­ne­goy­dif­fu­sion.fr www.rec­chia-mo­tos.com

« Les Fran­çais sont une ré­fé­rence cultu­relle dans ce do­maine. Ils sont in­di­rec­te­ment à

l’ori­gine de la 500 XT, moto qui a ins­pi­ré la R80 GS. »

Les Al­le­mands re­viennent ! En tou­ristes.

Un pa­tron à la co­ol. Li­bé­ral, hu­ma­niste… Her­bert Sch­warz,

Les pro­duits sont mis à rude épreuve. Ici à Ma­da­gas­car en 2012, avec la par­ti­ci­pa­tion du boss.

La marque a éga­le­ment dé­ve­lop­pé son propre amor­tis­seur.

La Su­per T ver­sion full Tou­ra­tech.

Les coffres et va­lises Ze­ga re­pré­sentent le best sel­ler de la marque qui en pro­duit 200 par jour. L'usine est très au­to­ma­ti­sée, mais em­ploie tout de même près de 300 per­sonnes.

La R1200 GS ver­sion full Wun­der­lich

Un “désac­ti­va­teur” ra­pide de cl­li­gno pour BMW. Wun­der­lich soigne le dé­tail !

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