«On n’a ga­gné que 15 ki­los»

Le duo res­pon­sable du pro­jet ex­plique le pro­ces­sus qui a don­né nais­sance au pro­to­type.

Trail Adventure - - PROTOTYPE -

Comment est née la Rallye R1200GS ?

Jo­chen Schanz : La nou­velle R1200 GS a été conçue pour le grand tou­risme, mais j’ai tou­jours sen­ti qu’elle avait son po­ten­tiel pou­vait être être ex­ploi­té dif­fé­rem­ment. J’aime beau­coup son mo­teur, ses sus­pen­sions et son cadre. Il était clair que ces élé­ments consti­tuent une base pour ima­gi­ner une ma­chine plus “poin­tue” avec un beau de­si­gn rallye. Bart van den Bog­gard : J’ai conçu pas mal de mo­tos dans le pas­sé et j’ai moi-même une GS un peu mo­di­fiée avec une selle et un écran de ca­ré­nage qui lui donnent un cô­té plus spor­tif, J’étais donc com­plè­te­ment d’ac­cord avec Jo­chen qui vou­lait ap­por­ter une po­si­tion de conduite plus avan­cée sur la moto. Je suis aussi un fan du Da­kar et conce­voir une ma­chine ty­pée rallye était donc une idée très sé­dui­sante pour moi..

Vous avez eu peu de temps pour réa­li­ser ce mo­dèle. Cette contrainte vous a-t-elle li­mi­tés ?

BvdB : Tous les de­si­gners aiment avoir du temps de­vant eux, c’est nor­mal. Ça per­met de dis­cu­ter, de mo­di­fier, mais ça peut s’éter­ni­ser ! Je pense aussi qu’avoir plus de temps ne ga­ran­tit pas un meilleur ré­sul­tat fi­nal. Quand on est te­nu par les dé­lais, on va plus fa­ci­le­ment à l’es­sen­tiel. JS : C’était re­la­ti­ve­ment fa­cile pour nous parce que nous sa­vions exac­te­ment ce que nous vou­lions ob­te­nir. Nous avons tra­vaillé si­mul­ta­né­ment sur deux mo­tos, une confiée à notre fi­liale TT-3D pour la ma­quette ar­gile confié avec notre fi­liale, TT-3D, l’autre à notre dé­par­te­ment R&D pour le dé­ve­lop­pe­ment tech­nique. Ce­la nous a per­mis d’avan­cer très ra­pi­de­ment.

Avez-vous fait ap­pel à la mo­dé­li­sa­tion in­for­ma­tique?

BvdB : Non. Après les sché­mas pré­li­mi­naires, nous avons com­men­cé avec du car­ton pour ex­plo­rer cer­tains vo­lumes. Quand le ré­sul­tat a été ju­gé sa­tis­fai­sant, nous sommes pas­sés à l’ar­gile. Vu les dé­lais, c’était le meilleur moyen de pro­cé­der. Tra­vailler sur or­di­na­teur en­traîne par­fois des dé­con­ve­nues : ce­la ne fonc­tionne pas tou­jours lorsque l’on passe au mo­de­lage ar­gile. Une moto, il faut l’en­four­cher pour sa­voir si elle convient. La re­cherche de la bonne er­go­no­mie est l’étape pre­mière, tout le reste suit.

Le gain de poids est-il si­gni­fi­ca­tif?

BvdB : Très peu, on n'a ga­gné que 15 ki­los, ce n’est pas énorme. Pour ga­gner da­van­tage, il au­rait fal­lu chan­ger des com­po­sants tels que les roues, les moyeux, faire une boucle ar­rière de cadre en alu­mi­nium, etc. Mais re­tra­vailler chaque dé­tail comme sur une moto de com­pé­ti­tion ré­clame du temps, beau­coup d’ar­gent, et la moto n’étant pas des­ti­née à la course, c’était inu­tile.

Le ca­ré­nage est très sim­pli­fié par rap­port à ce­lui de la GS stan­dard…

BvdB : C’est vrai, il est en un seul élé­ments alors que ce­lui de la BMW com­prend six ou sept com­po­sants au­tour du ré­ser­voir. JS : Nous l’avons conçu de fa­çon à ce qu’il soit dé­mon­table très ra­pi­de­ment. Il suf­fit d’une mi­nute pour le désha­biller la moto. ●

Jo­chen et son équipe n’avaient nul be­soin de cher­cher des che­vaux. Le "was­ser­boxer" en re­gorge !

sup­plé­men­taires. Le “was­ser­boxer” en re­gorge ! La bête a tou­te­fois été quelque peu al­lé­gée, les su­pen­sions raf­fer­mies et l’im­pres­sion qui se dé­gage à la conduite est d’être aux com­mandes d’une vé­ri­table ma­chine de rallye.

Po­si­tion par­faite

Le fait est qu’on n’est pas as­sis “dans” la moto, comme c’est le cas avec la R1200 GS, mais po­sé sur la selle. D’où une pre­mière im­pres­sion de pré­ca­ri­té, la ma­chine ayant un tel ré­pon­dant à l’ou­ver­ture qu’on a un peu l’im­pres­sion de se trou­ver sur un tau­reau de ro­déo prêt à vous désar­çon­ner. Une fois pas­sé de l’as­phalte à la piste, il est vi­ve­ment conseillé de se mettre en mode “en­du­ro pro” pour as­su­rer la meilleure mo­tri­ci­té.

Mais ce n’est pas ga­gné pour au­tant car dès lors qu’on a quit­té le gou­dron, avec une puis­sance de 125 che­vaux, la roue ar­rière pa­tine à chaque coup de gaz. Il n’y a guère que sur les der­niers rap­ports que le pneu ar­rière par­vient à trou­ver du grip. Pour sûr, cette moto ré­clame beau­coup de doig­té en tout-ter­rain, elle n’est cer­tai­ne­ment pas à mettre en toutes les mains.

Si la par­tie ar­rière du châs­sis a été mo­di­fiée pour ac­cueillir le nou­vel ha­billage, l’ar­chi­tec­ture du cadre n’a pas bou­gé. La Rallye conserve cet équi­libre très par­ti­cu­lier de la GS avec son centre de gra­vi­té très bas dû au flat-twin boxer. A pe­tite vi­tesse, la moto se ma­nie très fa­ci­le­ment et vire dans un mou­choir. Comme l’a vou­lu Jo­chen, l’im­plan­ta­tion du gui­don est par­faite en po­si­tion de­bout. Ce qui n’est pas plus mal car la fer­me­té de la selle in­cite plu­tôt à le­ver ses fesses. Elle n’est pas faite du tout pour ali­gner des ki­lo­mètres sur au­to­route.

Du cô­té des sus­pen­sions, la GS a d’ori­gine un en­semble so­phis­ti­qué, mais Tou­ra­tech l’a en­core amélioré avec son sys­tème pi­lo­té DDA Plug & Tra­vel. La Rallye y gagne en pré­ci­sion et les roues épousent par­te­ment le ter­rain. Quant au sys­tème de frei­nage ABS si­gné BMW, le der­nier en date, il donne en­core plus confiance et c’est cer­tai­ne­ment le meilleur à ce jour. Ain­si que le sou­hai­tait Jo­chen, la TT Rallye est spor­tive. Elle n’a pas été conçue comme une vé­ri­table ma­chine de com­pé­ti­tion, mais porte bien son nom. Elle est agres­sive, ul­tra-puis­sante et fun avec un cô­té me­na­çant. Il convient de la ma­nier avec pré­cau­tions, mais en même temps, elle est gra­ti­fiante. Jo­chen pré­cise qu’il n’a pas l’in­ten­tion de la mettre en pro­duc­tion, que ça soit en tant que moto com­plète ou sous forme de kit. Ce pro­to­type est plu­tôt une moto la­bo­ra­toire pour dé­ve­lop­per de nou­velles tech­no­lo­gies ou de nou­veaux pro­duits. Et c’est ac­ces­soi­re­ment la moto de l’un des boss de Tou­ra­tech.

Jo­chen Schanz et Bart van den Bo­gaard ré­pondent à Jo­na­than, notre homme sur place.

Bart van den Bo­gaard, Dirk Bendl et Jo­chen Schanz dis­cutent au­tour de la TT Rallye en­core en ar­gile.

Tout en fi­nesse et bien ai­dée par l’équi­libre na­tu­rel que lui confère son flat-twin, la Rallye est d’une ma­nia­bi­li­té exem­plaire.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.