EVE­REST L’IN­VEN­TION D’UN MYTHE

LE PLUS HAUT SOM­MET DU MONDE, OB­JET DE FAS­CI­NA­TION POUR LES AL­PI­NISTES, EST AUS­SI DE­VE­NU LE THÉÂTRE DE L’UN DES TREKS LES PLUS CÉ­LÈBRES DE LA PLA­NÈTE, QUI MÈNE JUS­QU’AU CAMP DE BASE, À PLUS DE CINQ MILLE MÈTRES D’AL­TI­TUDE. UNE VÉ­RI­TABLE IM­MER­SION AU COEUR

Trek - - SAGA - BÉA­TRICE GRELAUD JOCELYN CHAVY (SAUF MEN­TION)

« Je pars pour vingt jours de trek jus­qu’au camp de base de l’Eve­rest », an­non­cé-je à mon di­rec­teur le ma­tin même de mon dé­part, sac au dos, ha­bille­ment de ran­do oblige. Dans son ima­gi­naire, je par­tais gra­vir des som­mets gla­cés aus­si hos­tiles les uns que les autres, à des al­ti­tudes in­vi­vables, sans croi­ser per­sonne ni me la­ver pen­dant vingt jours. Il se voyait presque de­voir bien­tôt me rem­pla­cer… On en re­vient, pour­tant, de ce trek le plus connu du monde. Gé­né­ra­le­ment en­chan­té, mais pas que. On y va pour « voir le Toit du monde » et l’on se rend compte une fois sur place que les dé­cou­vertes por­te­ront bien au-de­là de cette rencontre avec la mon­tagne aux trois noms.

L’EVE­REST, LE SA­CRÉ GRAAL DES AL­PI­NISTES

Le Toit du monde doit son nom au géo­mètre an­glais Georges Eve­rest, mis­sion­né aux Indes, qui dé­ter­mi­na le pre­mier son al­ti­tude en 1841, l’of­fi­cia­li­sant ain­si « plus haute mon­tagne du globe ». Il de­vint alors l’ob­jet d’une lutte en­ga­gée entre les puis­sances oc­ci­den­tales, toutes dé­ter­mi­nées à ga­gner le dé­fi de la pre­mière as­cen­sion. Les ten­ta­tives se sont mul­ti­pliées dans la pre­mière moi­tié du XXe siècle et ce sont fi­na­le­ment les Bri­tan­niques qui l’ont at­teint les pre­miers, le 29 mai 1953 (voir en­ca­dré page 31). De­puis, at­teindre le som­met de l’Eve­rest re­pré­sente tou­jours un rêve pour beau­coup, réa­li­sable moyen­nant une ex­trême mo­ti­va­tion, une ex­cel­lente forme phy­sique, du temps… et quelques (di­zaines de) mil­liers d’eu­ros.

L’EVE­REST POUR TOUS

Plus mo­des­te­ment, le plus haut som­met du monde at­tire éga­le­ment d’autres mon­ta­gnards, sou­vent de simples ran­don­neurs, par­fois même pas (les back­pa­ckers l’ont à de­meure sur leur Must Do List). Le fa­meux « trek du camp de base de l’Eve­rest », point ul­time ac­ces­sible au (presque) com­mun des mor­tels, né­ces­site une dou­zaine de jours al­ler-re­tour rien que pour la par­tie « trek ». L’idéal étant d’y pas­ser deux se­maines – ou plus – en sa­chant qu’il s’agit d’un iti­né­raire en al­ler-re­tour, pas en boucle, il est pos­sible de ne gar­der que trois ou quatre jours pour le re­tour si l’on est bien ac­cli­ma­té. Si­tuée au nord-est de Kat­man­dou, la ré­gion du Khum­bu est ac­ces­sible soit à pied (en sui­vant la route his­to­rique de l’Eve­rest), soit en avion (ce qui fait éco­no­mi­ser six à huit jours de marche). Les ha­bi­tants, des po­pu­la­tions d’eth­nie Sher­pa (leur nom a fi­ni par dé­si­gner de ma­nière er­ro­née les por­teurs népalais), y vivent au­jourd’hui es­sen­tiel­le­ment du tou­risme, no­tam­ment au-de­là du vil­lage de Namche Ba­zar, qui marque la vé­ri­table porte d’en­trée des dif­fé­rents iti­né­raires vers l’Eve­rest. Ran­don­neurs ve­nus ap­pro­cher les plus hautes mon­tagnes du globe, back­pa­ckers, al­pi­nistes et ma­ra­tho­niens

même, y cô­toient des millionnaires amé­ri­cains ou ja­po­nais s’of­frant le luxe de sé­jour­ner, après un tra­jet en hé­li­co­ptère, deux jours dans un des « Eve­rest view ho­tel » construits dans les an­nées 2000 pour élar­gir le po­ten­tiel tou­ris­tique de la ré­gion.

LE KHUM­BU DU SOU­RIRE

Pa­ra­doxa­le­ment, cette dy­na­mique de mo­der­ni­sa­tion, qui tend par­fois au tou­risme de masse, ne la rend pas moins at­ti­rante. L’am­biance glo­bale de­meure émi­nem­ment sym­pa­thique, cor­diale, sou­riante, et les pay­sages sont d’une telle beau­té qu’ils vous fe­ront lar­ge­ment ou­blier votre voi­sin de table (oc­cu­pé tout comme vous à pho­to­gra­phier le cou­cher de so­leil sur l’Ama Da­blam). D’au­tant que les op­tions pour par­cou­rir le Khum­bu sont mul­tiples, avec dé­sor­mais un cer­tain confort, une am­biance vi­vante sur les sen­tiers comme dans les vil­lages, où se mêlent pay­sages épous­tou­flants, ef­forts gri­sants, ren­contres en­ri­chis­santes et im­mer­sion dans une culture en pleine mu­ta­tion. Pen­dant long­temps, la « longue marche » vers le Khum­bu dé­mar­rait très loin du Toit du Monde, dans les val­lées loin­taines qui mar­quaient le bout de la route, à Ji­ri, dans les pié­monts hi­ma­layens du So­lu. De­puis sa cons­truc­tion en 1964, mais plus en­core de­puis qu’il a été as­phal­té en 2001, l’aé­ro­drome de Luk­la consti­tue un ac­cès com­mode et la plu­part des trek­keurs l’uti­lisent comme point de dé­part et d’ar­ri­vée, éco­no­mi­sant huit jours de trek à l’al­ler comme au re­tour. L’ex­pé­rience est sai­sis­sante, avec

Dé­cou­vrir la val­lée de l’Eve­rest nous fait tou­cher du doigt les géants du globe, et leur in­croyable per­fec­tion es­thé­tique

La ca­nine de l’Ama Da­blam (6 812 m) do­mine le sen­tier à par­tir de Namche. Gran­diose ? L’Eve­rest toise ce « pe­tit pou­cet » de plus de

2 000 mètres…

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