Voyage sur la pla­nète bi­tume

Trucks Mag - - Edito -

Dans l’em­pire du Mi­lieu, la vie de chauf­feur est loin

d’être une si­né­cure.

Les tri­bu­la­tions d’un Chi­nois en Chine. On dit que l’herbe est tou­jours plus verte chez le voi­sin. C’est par­fois une er­reur. Et si d’au­cuns s’ima­ginent que nous dé­te­nons le mo­no­pole des ré­gle­men­ta­tions routières contrai­gnantes, des sa­laires apa­thiques et des taxes confis­ca­toires, c’est une gros­sière er­reur. Dans l’em­pire du Mi­lieu, la vie de chauf­feur est loin d’être une si­né­cure. Pour Wang Li, ori­gi­naire de Shan­ghai, la route n’est pas un long fleuve tran­quille. Temps de re­pos li­mi­té, sa­laire de mi­sère, condi­tions de tra­vail qua­si moyen­âgeuses et in­sé­cu­ri­té, voi­là le lot quo­ti­dien de ce for­çat de la route qui par­court en moyenne 100000 ki­lo­mètres par an dans des ré­gions où les tem­pé­ra­tures des­cendent par­fois à -40 °C (p. 66). À la fron­tière du bien et du mal. Entre 8000 et 12000 ca­mions tran­sitent sur les par­kings de La Jon­que­ra tous les week-ends. Cet au­then­tique Lu­pa­nar à ciel ou­vert, consi­dé­ré comme le haut lieu de la prostitution en Eu­rope où pros­ti­tuées et ma­que­reaux géor­giens, al­ba­nais, serbes ou ita­liens font leur bu­si­ness, n’est pas sans je­ter l’op­probre sur les chauf­feurs de pas­sage. Même si par­mi eux il n’y a pas que des anges, la ten­ta­tion de faire sys­té­ma­ti­que­ment l’amal­game l’em­porte trop fa­ci­le­ment. Pour les rou­tiers, pas­ser une nuit sur ce par­king afin de res­pec­ter leur temps lé­gal de conduite ou le week-end en rai­son des in­ter­dic­tions de cir­cu­ler est loin d’être une par­tie de plai­sir (p. 34). C’est pas l’Amé­rique ! Cer­taines lé­gendes ont la peau dure. Pour la plu­part des chauf­feurs eu­ro­péens, rou­ler au vo­lant d’un Pe­ter­bilt 379 long nose sous le so­leil ca­li­for­nien ou dans les grandes fo­rêts du Nord pen­dant l’été in­dien, c’est le meilleur job du monde. Pour­tant, la vie de tru­cker n’est plus aus­si rose qu’elle le fut au cours des an­nées 80 et 90. Heures de conduite à go­go, ali­men­ta­tion en­traî­nant des risques de sur­poids ou d’obé­si­té, dif­fi­cul­tés pour trou­ver des aires de re­pos conve­nables, dis­tances co­los­sales entre les villes en­gen­drant éloi­gne­ment du cercle fa­mi­lial et taux de divorce par­ti­cu­liè­re­ment éle­vé… Voi­là ce qui en réa­li­té se cache der­rière l’image d’Epi­nal… Bref, c’est pas l’Amé­rique ! (p. 78). Réus­sir en France, c’est en­core pos­sible. Eric Rousseau le prouve. Mais de­puis l’ob­ten­tion de son CAP de conduc­teur rou­tier ob­te­nu en 1987, la route a été longue. Il n’em­pêche qu’au­jourd’hui, l’homme est à la tête d’une en­tre­prise qui em­ploie 285 per­sonnes, pos­sède un parc de 185 mo­teurs et 200 se­mis et réa­lise un chiffre d’af­faires de 31,5 mil­lions d’eu­ros. L’om­ni­pré­sence du boss, une équipe com­pé­tente et quelques clients fi­dèles. Voi­là la re­cette ! Sans ou­blier na­tu­rel­le­ment la dé­ter­mi­na­tion sans faille du pa­tron (p. 28).

Fran­cis Reyes, Di­rec­teur de la ré­dac­tion

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