Le so­leil se lève à l’est

Des conduc­teurs me­na­cés de perdre leur em­ploi s’ils n’ac­ceptent pas de tri­cher, des so­cié­tés qui en créent d’autres pu­re­ment de fa­çade dans les pays de l’Est… Le phé­no­mène des so­cié­tés « boîtes aux lettres » in­quiète jus­qu’aux plus hautes sphères du gouve

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Des conduc­teurs me­na­cés de perdre leur em­ploi s’ils n’ac­ceptent pas de tri­cher, des so­cié­tés qui en créent d’autres pu­re­ment de fa­çade dans les pays de l’Est… Le phé­no­mène des so­cié­tés « boîtes aux lettres » in­quiète jus­qu’aux plus hautes sphères du gou­ver­ne­ment. Et pour cause : le mon­tant de la fraude pèse des cen­taines de mil­lions d’eu­ros.

Un chauf­feur belge, avec les lois so­ciales et les im­pôts, coûte trois fois plus cher qu’un chauf­feur est-eu­ro­péen. La tour­mente touche plu­sieurs mil­liers de pro­fes­sion­nels. D’après la FGTB-UBOT (l’Union belge des ou­vriers du trans­port), la fraude to­tale re­pré­sente une manne de cen­taines de mil­lions d’eu­ros. Se­lon cer­tains conduc­teurs, c’est la pra­tique dans la ma­jo­ri­té des so­cié­tés belges. Et celles qui sont im­pli­quées n’y vont pas de main morte : la me­nace ou le li­cen­cie­ment abu­sif sont au me­nu si l’on ose se re­bel­ler. Par rap­port aux pra­tiques abu­sives, le syn­di­cat avait dé­jà dé­non­cé le cas de sept tra­vailleurs li­cen­ciés d’une so­cié­té de trans­port pour fraude grave qui ont dé­po­sé plainte au SPF Mo­bi­li­té pour dé­non­cer la ma­nière dont l’em­ployeur les for­çait à ne pas res­pec­ter les lé­gis­la­tions, en 2011. Yves Ca­lande, 32 ans, ac­tuel­le­ment au chô­mage, té­moigne : « J’avais un em­ploi dans le trans­port en per­mis C pen­dant 1 an, mais je suis tom­bé sur de mau­vais em­ployeurs, ce qui m’a va­lu le li­cen­cie­ment. J’ai eu des CDD avec pro­messe de CDI. Je fai­sais la France et on m’obli­geait à dé­pas­ser les heures de conduite. Jus­qu’au jour où je me suis fait pin­cer à la fron­tière. On m’a de­man­dé 10000 eu­ros d’amende. J’ai né­go­cié et fi­na­le­ment, les forces de l’ordre ne m’en ont de­man­dé que 750. C’est moi qui ai tout payé. L’ar­gent re­ti­ré avec la Vi­sa de la boîte m’a été re­ti­ré de ma fiche de paie et le solde, c’est moi qui l’ai mis de ma poche. » Dé­goû­té, Yves a tou­te­fois re­trou­vé un em­ploi. « Of­fi­ciel­le­ment, j’ai été em­bau­ché en tant que conduc­teur et je me suis re­trou­vé ma­ga­si­nier ou conduc­teur mais que pour des rem­pla­ce­ments pen­dant les va­cances. Ce qui a mis tous mes pro­jets à l’eau car je vou­lais pas­ser mon per­mis CE qui coûte 900 eu­ros. Tra­vailler en Bel­gique n’est pas fa­cile et il faut être bi­lingue, ce qui n’est pas mon cas. » D’où l’idée de ten­ter sa chance au Ca­na­da. « Tant de choses me dé­goûtent en Bel­gique, je n’ai plus au­cune at­tache avec ce pays. Même par­tir pour vivre en France me plai­rait bien mais hé­las il faut une pro­messe d’em­ploi », se dé­sole-t-il.

Les ma­gouilles à l’Est

Des mil­liers de chauf­feurs de l’Est, em­ployés dans des groupes de trans­port rou­tier belges, n’ont comme seul abri que la ca­bine de leur ca­mion. Sous-payés, ils gros­sissent la maind’oeuvre du trans­port au dé­tri­ment des conduc­teurs lo­caux. C’est de l’ex­ploi­ta­tion qui a aus­si coû­té la vie à deux chauf­feurs po­lo­nais, en 2012, morts dans l’in­cen­die d’un han­gar où ils avaient trou­vé re­fuge pour la nuit. Ce scan­dale a été dé­non­cé dans un livre noir pu­blié en 2012. Le syn­di­cat FGTB UBOT y dé­non­çait les en­tre­prises « boîtes aux lettres », à sa­voir celles qui avaient créé des en­ti­tés fic­tives à Bra­ti­sla­va pour faire du dum­ping so­cial en Bel­gique. Au mi­nis­tère du Trans­port, SPF Mo­bi­li­té, on abonde dans le sens du syn­di­cat : « Ils ont rai­son, mais le pro­blème du “faux” éta­blis­se­ment ne peut être ré­glé que dans les pays où les “fausses” so­cié­tés sont éta­blies. Ce­pen­dant, la Com­mis­sion eu­ro­péenne a of­fi­ciel­le­ment de­man­dé à la Bel­gique du­rant l’été 2012 de me­ner une en­quête dans les en­tre­prises in­cri­mi­nées, ce que nous avons fait, et pour cer­taines d’entre elles les ré­sul­tats suivent leur cours au ni­veau de la justice. Nous n’avons donc pas d’élé­ments à dif­fu­ser (se­cret de l’ins­truc­tion) », in­dique Va­san­tha Fa­gard, res­pon­sable des re­la­tions presse du mi­nis­tère. Et la même d’ajou­ter : « Ce­ci ne veut pas dire qu’il n’y a rien de fait contre la fraude so­ciale et le tra­vail au noir. En ma­tière de lutte contre la fraude, Mel­chior Wa­the­let (le se­cré­taire d’Etat à l’En­vi­ron­ne­ment, à l’Ener­gie et à la Mo­bi­li­té) a ob­te­nu, avec le sou­tien de John Crom­bez (se­cré­taire d’Etat pour la Lutte contre la Fraude So­ciale et Fis­cale), l’en­ga­ge­ment pour

Texte : Sil­via le Goff. Pho­tos : DR.

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