« Le ca­mion, c’est notre mai­son »

Trucks Mag - - Dossier -

’est as­tro­no­mique », s’ex­clame Gé­rald Gioan­ni, conduc­teur chez Jor­land (38). Et pour­tant son « bel amé­ri­cain » fe­rait cer­tai­ne­ment très en­vie. Au-de­là du fait que, trans­por­tant de la ma­tière dan­ge­reuse, de toute ma­nière, il ne pour­rait pas prendre de pas­sa­ger, la seule idée de par­ta­ger SON es­pace avec un in­con­nu, même si sa so­cié­té le veut, ne passe pas. « Le ca­mion, c’est l’in­ti­mi­té, c’est notre mai­son, notre sac à dos ; si ja­mais on me le pro­po­sait, je di­rais non. » Pour lui, l’idée est juste in­com­pa­tible avec la vie d’un chauf­feur : « La ma­jeure par­tie des chauf­feurs ne peut pas se per­mettre d’at­tendre quel­qu’un qui ar­ri­ve­rait en re­tard. Si je fais une li­vrai­son entre trois points A-B-C, à chaque ar­rêt, le pas­sa­ger se­rait contraint de des­cendre et d’at­tendre. Il ne pour­rait cer­tai­ne­ment pas me suivre chez le client ! » Et puis l’idée de faire du bu­si­ness avec ça, fran­che­ment, le gêne. Gé­rald est plus un adepte du stop, au fee­ling, au con­tact vi­suel. Bref, un choix, pas une contrainte. Sur le fo­rum dé­dié à WeT­ruck sur le site « fier­de­tre­rou­tier », c’est aus­si un dé­fer­le­ment qua­si una­nime de cri­tiques et de ques­tions sur­tout en ma­tière d’as­su­rance et sur les ré­ac­tions en cas de co­voi­tu­rage im­po­sé par le pa­tron. « Ir­réa­liste », « n’im­porte quoi » sont les com­men­taires que l’on trouve sur le fo­rum. Mais, sur­tout, un sen­ti­ment de vio­la­tion de deux fon­da­men­taux des pas­sion­nés de la route : la li­ber­té et la so­li­tude. « Je ne pren­drai per­sonne avec moi, c’est bien clair… Je suis trop bien tout seul. » Ou en­core : « Une des rai­sons qui m’ont fait choi­sir ce mé­tier, c’est le fait d’être tout seul toute la jour­née. » Et d’autres de pré­ve­nir d’at­ti­tudes peu convi­viales si tou­te­fois un pas­sa­ger leur était im­po­sé… Les pre­miers pas­sa­gers ont un tout autre avis sur la ques­tion. Phi­lippe Qui­tel, an­cien conduc­teur et re­trai­té de l’en­sei­gne­ment de 64 ans, a tes­té le « concept » à ses dé­buts sur un Hon­fleur-Caen : ca­fé, ba­var­dages et confort sont les mots qui ré­sument une ex­pé­rience très po­si­tive. Guillaume Van­fel­te­ren a 24 ans, dé­jà uti­li­sa­teur de Bla­bla­car, a tes­té le co­ca­mion­nage pour un tra­jet de nuit Caen-Lyon. Même to­po : ca­fé, conver­sa­tion agréable et dé­cou­verte de la convi­via­li­té entre conduc­teurs. En­dor­mi dans la ca­bine, il n’a rien vu des ar­rêts du vé­hi­cule. Conquis, il a en­vie de faire des adeptes. Tout comme Co­rinne Fer­rant, 52 ans : « Je n’ai que du bien à en dire. J’ai été agréa­ble­ment sur­prise par le confort du vé­hi­cule, la pro­pre­té de la ca­bine. Le vé­hi­cule était cli­ma­ti­sé, les sièges très confor­tables, et en plus il y a de la place pour des

Gé­rald Gioan­ni, 38 ans, Jor­land ba­gages! Je suis ar­ri­vée bien moins fatiguée que si j’avais fait le tra­jet avec ma voi­ture. Mon chauf­feur était très sym­pa. Je lui ai po­sé une quan­ti­té de ques­tions sur son mé­tier, le trans­port fri­go­ri­fique, et il m’a ré­pon­du très gen­ti­ment. Il était vi­si­ble­ment ra­vi d’avoir de la com­pa­gnie et m’a ex­pli­qué que dans son en­tre­prise, Nor­man­die Lo­gis­tique, les chauf­feurs qui vou­laient par­ti­ci­per à l’aven­ture WeT­ruck de­vaient être vo­lon­taires. »

SLG

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