«2016 risque donc d’être pour les trans­por­teurs belges»

Trucks Mag - - Dossier -

Trucks Mag : Quelles consé­quences la mise en place de cette taxe ki­lo­mé­trique pour­rait avoir sur les en­tre­prises belges ? Claude Yvens : Beau­coup d’en­tre­prises de trans­port rou­tier belges risquent d’être dé­sta­bi­li­sées par cette taxe, car même si elles ont pré­vu de la ré­per­cu­ter sur leurs clients, toutes n’y par­vien­dront pas. De­puis 2010, nous consta­tons que, quelles que soient les hausses de charges, les en­tre­prises de trans­port ne par­viennent que ra­re­ment à les ré­per­cu­ter au-de­là de 45%. C’est le cas avec le car­bu­rant. Il est peu pro­bable qu’il en soit au­tre­ment pour la taxe ki­lo­mé­trique. Et même les en­tre­prises qui en­vi­sagent de ré­per­cu­ter 100% de ce sur­coût sur leurs clients vont se trou­ver confron­tées au fait que leurs char­geurs, qui eux aus­si savent comp­ter, n’ac­cep­te­ront de payer la taxe que pour les ki­lo­mètres pres­tés, pas pour les ki­lo­mètres à vide ou d’ap­proche. TM : Dans ces condi­tions les trans­por­teurs belges vont-ils par­ve­nir à sur­mon­ter cette nou­velle charge ? CY : Ce se­ra com­pli­qué. D’au­tant plus que la taxe de­vra être payée via des cartes ban­caires ou de ser­vice, ce qui gé­né­re­ra des frais sup­plé­men­taires. La Fe­be­tra a dé­non­cé le fait que les en­tre­prises de­vront s’ac­quit­ter de cet im­pôt via un in­ter­mé­diaire com­mer­cial. Et puis les trans­por­teurs de­vront payer la taxe avant d’avoir eux­mêmes été payés par leurs clients, ce qui ne man­que­ra pas de pe­ser sur leur tré­so­re­rie. 2016 risque donc d’être une an­née très dif­fi­cile pour les trans­por­teurs belges et plus par­ti­cu­liè­re­ment pour les TPE. Il est à craindre que quelques mois après l’in­tro- duc­tion de cette Eco­taxe, cer­taines en­tre­prises de trans­port, dé­jà fra­giles, connaissent des dif­fi­cul­tés pou­vant al­ler jus­qu’au dé­pôt de bi­lan. On peut aus­si s’at­tendre à ce que cer­tains chefs d’en­tre­prises proches de la re­traite ne dé­cident d’ar­rê­ter leur ac­ti­vi­té pré­ma­tu­ré­ment. TM : Vous es­ti­mez aus­si que cette taxe pour­rait faire bais­ser la part du trans­port pour compte propre. Pour quelle rai­son? CY : Il est en ef­fet pro­bable qu’on as­siste dans les pro­chains mois à un phé­no­mène de mi­gra­tion des ac­ti- vi­tés de trans­port pour compte propre vers le compte d’au­trui. Parce que pour li­mi­ter l’im­pact de la taxe, les in­dus­triels vont être ten­tés de confier leurs trans­ports à des sous-trai­tants à même d’op­ti­mi­ser leurs trans­ports et donc leurs coûts en ré­dui­sant les ki­lo­mètres à vide. D’autres pour­ront être ten­tés de créer des fi­liales char­gées de leurs trans­ports tou­jours dans le but de li­mi­ter les frais. Cette taxe va mo­di­fier le pay­sage du trans­port rou­tier belge.

Pro­pos re­cueillis par Va­lé­rie Chr­zav­zez

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