TOUT FEU, TOUT FLAME...

Mer­cedes-Benz AG équipe de­puis la nuit des temps les « Feuer­weh­ren* ». Et sa sé­rie LF fut, à l’aube des an­nées cin­quante, l’un des vé­hi­cules de pré­di­lec­tion des corps de sa­peurs-pom­piers al­le­mands

Trucks Mag - - Retro - Texte : Fran­cis Reyes. Il­lus­tra­tions : DR.

En Al­le­magne, on ne joue pas avec le feu. Au­jourd’hui le pays dis­pose de 23 857 corps de sa­peurs-pom­piers pu­blics et pri­vés qui arment 32 202 centres d’in­cen­die et de se­cours et ras­semblent 1 075 440 sa­peurs-pom­piers**. Dès qu’un construc­teur spé­cia­li­sé dans le do­maine de la lutte contre les in­cen­dies baisse pa­villon en Eu­rope, il trouve ac­qué­reur outre-Rhin. Fin 2012, Ca­mi­va par exemple, une usine sa­voyarde de 171 sa­la­riés, avait été dé­lo­ca­li­sée en Al­le­magne, à Ulm, avant d’être fi­na­le­ment ré­im­plan­tée à Chambéry, mais sous pa­villon Ive­co Ma­gi­rus, pro­prié­té de Fiat In­dus­trial. Pour mé­moire, Ma­gi­rus avait été fon­dée par un chef pom­pier al­le­mand, Con­rad Die­trich Ma­gi­rus, en 1864. La marque est donc forte de presque 150 ans d’ex­per­tise dans la fa­bri­ca­tion de vé­hi­cules d’in­cen­die. En 2013, ce fut au tour de Sides, alors dé­te­nu par l’Amé­ri­cain UTC (Uni­ted Tech­no­lo­gies Cor­po­ra­tion), et qui pour­tant fai­sait par­tie du pa­tri­moine in­dus­triel de Saint-Nazaire, de pas­ser sous la coupe du groupe al­le­mand Ba­va­ria In­dus­trie­ka­pi­tal, spé­cia­li­sé dans l’ac­qui­si­tion de so­cié­tés en dif­fi­cul­té. Comme on le constate, l’ac­ti­vi­té de lutte contre l’in­cen­die n’est pas prise à la lé­gère dans les Län­der. Le pre­mier corps de pom­piers al­le­mand fut créé en 1854 au centre de Ber­lin. Il était équi­pé ini­tia­le­ment de voi­tures à che­val. L’in­dus­tria­li­sa­tion de la fin du XVIIIe siècle, qui s’est ac­com­pa­gnée d’un ac­crois­se­ment des risques d’in­cen­die, et en par­ti­cu­lier d’in­cen­dies gi­gan­tesques no­tam­ment en rai­son de la concen­tra­tion d’ha­bi­ta­tions, in­ci­ta le gou­ver­ne­ment à mul­ti­plier le nombre de ca­sernes et à les sur­équi­per.

Mer­cedes-Benz AG fait feu de tout bois

Dès le mi­lieu du XIXe siècle, il fut même ad­mis par les res­pon­sables po­li­tiques al­le­mands que les corps de sa­peurs-pom­piers étaient l’une des com­po­santes es­sen­tielles de la réus­site éco­no­mique d’un pays car il pro­tège les vies et les biens. Les bud­gets consa­crés à la lutte contre les in­cen­dies par les Län­der furent dès lors consi­dé­ra­ble­ment ac­crus. Un tel mar­ché ne pou­vait échap­per à Mer­cedes qui, en four­nis­sant des pla­te­formes à la so­cié­té Metz, spé­cia­li­sée dans la fa­brique d’équi­pe­ments dé­diés aux vé­hi­cules d’in­cen­die, oc­cu­pa dès le dé­but des an­nées cin­quante une place pré­pon­dé­rante sur ce sec­teur avec no­tam­ment les four­gons­pompes tonnes FTP 15 mon­tés sur les châs­sis à em­pat­te­ment court LF 3500/36. Mais le mo­dèle qui per­mit vé­ri­ta­ble­ment au construc­teur al­le­mand de bri­guer une po­si­tion de lea­der fut sans au­cun doute le FTP 16 de 1952 mon­té sur châs­sis Mer­cedes-Benz LF 311 (pho­tos). Jus­qu’au dé­but de la dé­cen­nie sui­vante, nom­breux furent en ef­fet les four­gons-pompes FP16 avec équi­page à être as­sem­blés par Metz à Karls­ruhe sur ce châs­sis de ré­fé­rence. Ces ca­mions à quatre roues mo­trices étaient équi­pés de mo­teurs Mer­cedes-Benz OM 312. Il s’agis­sait de 6-cy­lindres tur­bo­die­sel, de 4 580 cm3, dé­ve­lop­pant 115 ch à 2 800 U/ mn, do­tés d’une trans­mis­sion ma­nuelle à trois vitesses. La plu­part de ces vé­hi­cules étaient éga­le­ment équi­pés de pneus Conti­nen­tal mon­tés sur des roues en acier Ti­tan. Tout au long des an­nées cin­quante, la collaboration entre Metz et Mer­cedes-Benz s’ac­cen­tua. Les deux in­dus­triels com­mer­cia­li­sèrent de concert les mo­dèles FPT 15 sur châs­sis MB LAF 3500/36, LAF 311/36,

EP 25 sur châs­sis LF311. Un ca­mion de ce type avait été li­vré au ser­vice d’in­cen­die de l’usine Bosch, à Darm­stadt, en 1956. Equi­pé d’une échelle pi­vo­tante Metz de 25 m, dont le dé­ploie­ment et le re­ploie­ment se fai­saient à l’époque par chaîne et roue den­tée, ce vé­hi­cule, d’un poids to­tal au­to­ri­sé en charge de 9 tonnes, équi­pé d’un mo­teur die­sel 6 cy­lindres de 100 che­vaux, fut uti­li­sé par Bosch jus­qu’en 1986. Au cours des an­nées cin­quante, Metz et Daim­ler-Benz se lan­cèrent éga­le­ment dans le do­maine du ca­mion-grue avec no­tam­ment les mo­dèles CG, 10 et 15, mon­tés sur des châs­sis LA 331/46 et 3155. Faut-il pré­ci­ser que la plu­part de ces vé­hi­cules étaient construits en très pe­tite quan­ti­té ? Le ca­mion-grue CG15 mon­té sur châs­sis Mer­cedes-Benz LA 3155, com­mer­cia­li­sé en 1957 et li­vré aux pom­piers de Lud­wig­sha­fen, est un exem­plaire res­té unique. La confi­den­tia­li­té de la qua­si-to­ta­li­té des mo­dèles s’ex­plique par le fait que ces vé­hi­cules n’étaient pas as­sem­blés en sé­rie, que la plu­part d’entre eux étaient construits se­lon un cahier des charges spé­ci­fique, ré­pon­dant aux cri­tères exi­gés par cha­cune des ca­sernes, et parce que la concur­rence sur ce sec­teur était rude. Ford, Opel, Ci­troën, Dodge, Bis­sing, Ha­no­mag, Borg­ward, Krupp-Süd­werke, Lieb­herr, MAN, et sur­tout Ma­gi­rus, oc­cu­pèrent le ter­rain. Ils n’éga­lèrent pas pour au­tant le duo Metz-Mer­cedes qui, à ce jour, de­meure l’un des der­niers sur­vi­vants de cette grande époque. *pom­piers **Source IFRASEC

Le FTP 16 de 1952 mon­té sur châs­sis Mer­cedes-Benz LF 311 est ex­po­sé au mu­sée du construc­teur al­le­mand.

Mer­cedes four­nis­sait des pla­te­formes à la so­cié­té Metz, spé­cia­li­sée dans la fa­brique d’équi­pe­ments dé­diés aux vé­hi­cules d’in­cen­die. Metz Ae­rials GmbH & Co. KG, ba­sée à Karls­ruhe, a été fon­dée en 1842. C’est au­jourd’hui une fi­liale de Ro­sen­bauer In­ter­na­tio­nal AG.

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