DU REVE A LA REALITE

RO­MAIN LE MENE, ORI­GI­NAIRE DU MAINE-ET-LOIRE, A AC­COM­PLI LE REVE DE NOM­BREUX ROU­TIERS : PAR­TIR AU CA­NA­DA. UNE EX­PE­RIENCE QU’IL CONSEILLE A SES CONFRERES, TOUT EN LES IN­FOR­MANT DE LA REALITE AU QUO­TI­DIEN ET AIN­SI EVI­TER NOMBRE DE DECONVENUES.

Trucks Mag - - Sommaire - Texte : Valérie Chr­zav­zez.

En France, Ro­main a tout d’abord été rou­tier dans le ci­vil, puis dans l’ar­mée. Ce qui lui a per­mis de dé­cou­vrir du pays, de prendre le goût des voyages, et de faire mû­rir son pro­jet de dé­part vers le Ca­na­da. « J’avais en­vie de dé­cou­vrir autre chose, de ga­gner plus et d’of­frir une autre op­por­tu­ni­té de vie à mes en­fants. » C’est ain­si qu’à trente-trois ans, il tra­verse l’océan avec sa fa­mille. Mais avant d’en ar­ri­ver là, il leur a fal­lu sur­mon­ter l’épreuve ad­mi­nis­tra­tive consis­tant à ob­te­nir un vi­sa. Un com­bat long et coû­teux. Ro­main a in­ves­ti en­vi­ron 7 000 $ pour dé­cro­cher un vi­sa ré­sident per­ma­nent va­lable cinq ans, qu’il de­vra donc re­nou­ve­ler s’il veut res­ter. En ar­ri­vant au Québec, son épouse a re­pris des études, et lui a re­pas­sé son per­mis poids lourd. « Le per­mis VL fran­çais est va­lable au Ca­na­da, pas le PL. J’ai mis trois mois à le re­pas­ser. » Coût de l’opé­ra­tion, en­vi­ron 3 000 $. Mais une fois le document ob­te­nu, Ro­main trouve im­mé­dia­te­ment un em­ploi. « Je fai­sais une ligne ré­gu­lière Québec-On­ta­rio, de nuit. » Un tra­vail pas si dif­fé­rent que ce qu’il fai­sait en France, si l’on ne tient pas compte des tem­pé­ra­tures qui, l’hi­ver, peuvent des­cendre sous les -30°. Il faut sa­voir af­fron­ter la neige, les tem­pêtes et la glace. Un an plus tard, notre Fran­çais change d’em­ploi. « Au Ca­na­da on re­cherche tel­le­ment de conduc­teurs que le rap­port de force est de notre cô­té. J’ai pos­tu­lé chez Vil­mik, une so­cié­té, ba­sée à Saint-Ro­bert, qui compte une soixan­taine de sa­la­riés, à un poste qui me per­met de ren­trer les week-ends. »

Des sa­laires ho­raires si­mi­laires à ceux de la France

Cô­té re­ve­nus, Ro­main re­con­naît : « Con­trai­re­ment à ce que j’ima­gi­nais avant de ve­nir, on ne gagne pas des for­tunes en étant rou­tier au Ca­na­da. Les sa­laires ho­raires sont à peu près semblables à ce qui se pra­tique en France, mais comme on fait plus d’heures, on gagne da­van­tage, et comme la vie est moins chère… » Le conduc­teur an­nonce ga­gner entre 1 000 et 1 200 $ par se­maine pour 70 heures et 4 500 km par­cou­rus. « C’est très fa­ti­gant. Il faut vrai­ment ai­mer ce mé­tier pour te­nir. Si on n’aime pas “chauf­fer”* un ca­mion, comme on dit là-bas, mieux vaut s’abstenir ». Heu­reu­se­ment, les ca­mions amé­ri­cains sont très confor­tables. « Ils sont plus grands et la ca­bine offre le confort d’un cam­ping-car : large cou­chette, grand fri­go, mi­cro-ondes, pla­card… dé­taille Ro­main. On n’a pas de frais de route comme en France, mais un re­tour d’im­pôt. Lorsque je fais ma dé­cla­ra­tion, on me rend 12 $ par re­pas. » Pour notre rou­tier, il ne fait pas de doute que la Ca­na­da est une réelle op­por­tu­ni­té pro­fes­sion­nelle et les Fran­çais sont les bien­ve­nus car lo­ca­le­ment, les can­di­dats manquent à l’ap­pel. Sou­vent in­ter­ro­gé sur sa nou­velle vie par ses confrères res­tés dans l’Hexa­gone, Ro­main a ou­vert une page Fa­ce­book « Rou­tiers fran­çais au Ca­na­da » avec d’autres confrères. « Au dé­but c’était juste pour les amis, mais en un an et de­mi on s’est re­trou­vés avec plus de 28 000 per­sonnes qui nous suivent. » Sur cette page, les rou­tiers fran­çais émi­grés au Ca­na­da ra­content leur quo­ti­dien, pu­blient des pho­tos, ré­pondent aux ques­tions de ceux qui vou­draient les re­joindre. « On a dé­jà ai­dé une ving­taine de conduc­teurs à ve­nir tra­vailler ici. Mais on en a aus­si dis­sua­dé cer­tains en leur ex­pli­quant la réa­li­té de la vie ici. Si tu ne tra­vailles pas tu ne touches rien, et pour bien ga­gner sa vie, il faut beau­coup bos­ser, mais il ne faut pas mal­gré tout s’at­tendre à être mil­liar­daire.

Les Fran­çais sont les bien­ve­nus car lo­ca­le­ment les can­di­dats manquent à l’ap­pel.

Obli­ga­tion de par­ler an­glais

Et puis on n’a que deux se­maines de congés par an. On peut mon­ter jus­qu’à cinq avec de l’an­cien­ne­té dans une boîte, mais si on change d’em­ployeur, on re­part à zé­ro. Il faut aus­si rap­pe­ler qu’au Ca­na­da, il n’y a qu’au Québec qu’on parle fran­çais, ailleurs il faut connaître l’an­glais. Et puis trop de can­di­dats au dé­part n’ont pas conscience que pour ve­nir, il faut avoir un peu d’ar­gent de­vant soi. Je suis par­ti avec 21 000 $. Ça m’a per­mis de te­nir six mois avant de com­men­cer à ga­gner ma vie. » De quoi ra­fraî­chir les ar­deurs. « Mais au Ca­na­da, on a des op­por­tu­ni­tés qu’on n’au­rait pas ailleurs » as­sure Ro­main qui donne l’exemple de son épouse qui a trou­vé un très bon poste. « En France elle n’au­rait pu y pré­tendre sans di­plôme adé­quat, ici on lui a lais­sé sa chance. Et moi, de chauf­feur je suis de­ve­nu for­ma­teur, et je de­vrais bien­tôt pas­ser re­cru­teur. » Fe­ra-til sa vie au Ca­na­da ? Trop tôt pour le dire. « Pour le mo­ment je suis bien, je m’éclate. Mais au­tour de moi il y a des Fran­çais qui re­partent parce que le pays ou leur fa­mille leur manquent. On ver­ra. »

RO­MAIN LE MENE, ORI­GI­NAIRE DU MAINE-ET-LOIRE, A AC­COM­PLI LE REVE DE NOM­BREUX ROU­TIERS : PAR­TIR AU CA­NA­DA. UNE EX­PE­RIENCE QU’IL CONSEILLE A SES CONFRERES, TOUT EN LES IN­FOR­MANT DE LA REALITE AU QUO­TI­DIEN ET AIN­SI EVI­TER NOMBRE DE DECONVENUES.

En France, Ro­main a tout d’abord été rou­tier dans le ci­vil, puis dans l’ar­mée. Ce qui lui a per­mis de dé­cou­vrir du pays, de prendre le goût des voyages, et de faire mû­rir son pro­jet de dé­part vers le Ca­na­da. « J’avais en­vie de dé­cou­vrir autre chose, de ga­gner plus et d’of­frir une autre op­por­tu­ni­té de vie à mes en­fants. » C’est ain­si qu’à trente-trois ans, il tra­verse l’océan avec sa fa­mille. Mais avant d’en ar­ri­ver là, il leur a fal­lu sur­mon­ter l’épreuve ad­mi­nis­tra­tive consis­tant à ob­te­nir un vi­sa. Un com­bat

long et coû­teux. Ro­main a in­ves­ti en­vi­ron 7 000 $ pour dé­cro­cher un vi­sa ré­sident per­ma­nent va­lable cinq ans, qu’il de­vra donc re­nou­ve­ler s’il veut res­ter. En ar­ri­vant au Québec, son épouse a re­pris des études, et lui a re­pas­sé son per­mis poids lourd. « Le per­mis VL fran­çais est va­lable au Ca­na­da, pas le PL. J’ai mis trois mois à le re­pas­ser. » Coût de l’opé­ra­tion, en­vi­ron 3 000 $. Mais une fois le document ob­te­nu, Ro­main trouve im­mé­dia­te­ment un em­ploi. « Je fai­sais une ligne ré­gu­lière Québec-On­ta­rio, de nuit. » Un tra­vail pas si dif­fé­rent que ce qu’il fai­sait en France, si l’on ne tient pas compte des tem­pé­ra­tures qui, l’hi­ver, peuvent des­cendre sous les -30°. Il faut sa­voir af­fron­ter la neige, les tem­pêtes et la glace. Un an plus tard, notre Fran­çais change d’em­ploi. « Au Ca­na­da on re­cherche tel­le­ment de conduc­teurs que le rap­port de force est de notre cô­té. J’ai pos­tu­lé chez Vil­mik, une so­cié­té, ba­sée à Saint-Ro­bert, qui compte une soixan­taine de sa­la­riés, à un poste qui me per­met de ren­trer les week-ends. »

Des sa­laires ho­raires si­mi­laires à ceux de la France

Cô­té re­ve­nus, Ro­main re­con­naît : « Con­trai­re­ment à ce que j’ima­gi­nais avant de ve­nir, on ne gagne pas des for­tunes en étant rou­tier au Ca­na­da. Les sa­laires ho­raires sont à peu près semblables à ce qui se pra­tique en France, mais comme on fait plus d’heures, on gagne da­van­tage, et comme la vie est moins chère… » Le conduc­teur an­nonce ga­gner entre 1 000 et 1 200 $ par se­maine pour 70 heures et 4 500 km par­cou­rus. « C’est très fa­ti­gant. Il faut vrai­ment ai­mer ce mé­tier pour te­nir. Si on n’aime pas “chauf­fer”* un ca­mion, comme on dit là-bas, mieux vaut s’abstenir ». Heu­reu­se­ment, les ca­mions amé­ri­cains sont très confor­tables. « Ils sont plus grands et la ca­bine offre le confort d’un cam­ping-car : large cou­chette, grand fri­go, mi­cro-ondes, pla­card… dé­taille Ro­main. On n’a pas de frais de route comme en France, mais un re­tour d’im­pôt. Lorsque je fais ma dé­cla­ra­tion, on me rend 12 $ par re­pas. » Pour notre rou­tier, il ne fait pas de doute que la Ca­na­da est une réelle op­por­tu­ni­té pro­fes­sion­nelle et les Fran­çais sont les bien­ve­nus car lo­ca­le­ment, les can­di­dats manquent à l’ap­pel. Sou­vent in­ter­ro­gé sur sa nou­velle vie par ses confrères res­tés dans l’Hexa­gone, Ro­main a ou­vert une page Fa­ce­book « Rou­tiers fran­çais au Ca­na­da » avec d’autres confrères. « Au dé­but c’était juste pour les amis, mais en un an et de­mi on s’est re­trou­vés avec plus de 28 000 per­sonnes qui nous suivent. » Sur cette page, les rou­tiers fran­çais émi­grés au Ca­na­da ra­content leur quo­ti­dien, pu­blient des pho­tos, ré­pondent aux ques­tions de ceux qui vou­draient les re­joindre. « On a dé­jà ai­dé une ving­taine de conduc­teurs à ve­nir tra­vailler ici. Mais on en a aus­si dis­sua­dé cer­tains en leur ex­pli­quant la réa­li­té de la vie ici. Si tu ne tra­vailles pas tu ne touches rien, et pour bien ga­gner sa vie, il faut beau­coup bos­ser, mais il ne faut pas mal­gré tout s’at­tendre à être mil­liar­daire.

Obli­ga­tion de par­ler an­glais

Et puis on n’a que deux se­maines de congés par an. On peut mon­ter jus­qu’à cinq avec de l’an­cien­ne­té dans une boîte, mais si on change d’em­ployeur, on re­part à zé­ro. Il faut aus­si rap­pe­ler qu’au Ca­na­da, il n’y a qu’au Québec qu’on parle fran­çais, ailleurs il faut connaître l’an­glais. Et puis trop de can­di­dats au dé­part n’ont pas conscience que pour ve­nir, il faut avoir un peu d’ar­gent de­vant soi. Je suis par­ti avec 21 000 $. Ça m’a per­mis de te­nir six mois avant de com­men­cer à ga­gner ma vie. » De quoi ra­fraî­chir les ar­deurs. « Mais au Ca­na­da, on a des op­por­tu­ni­tés qu’on n’au­rait pas ailleurs » as­sure Ro­main qui donne l’exemple de son épouse qui a trou­vé un très bon poste. « En France elle n’au­rait pu y pré­tendre sans di­plôme adé­quat, ici on lui a lais­sé sa chance. Et moi, de chauf­feur je suis de­ve­nu for­ma­teur, et je de­vrais bien­tôt pas­ser re­cru­teur. » Fe­ra-til sa vie au Ca­na­da ? Trop tôt pour le dire. « Pour le mo­ment je suis bien, je m’éclate. Mais au­tour de moi il y a des Fran­çais qui re­partent parce que le pays ou leur fa­mille leur manquent. On ver­ra. »

Les Fran­çais sont les bien­ve­nus car lo­ca­le­ment les can­di­dats manquent à l’ap­pel.

* conduire

Pho­tos : DR.

Il n’y a qu’au Québec qu’on parle fran­çais, ailleurs il faut sa­voir l’an­glais.

Il n’y a qu’au Québec qu’on parle fran­çais, ailleurs il faut sa­voir l’an­glais.

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