Dé­cou­verte : Ain­sa, en Es­pagne

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos : Cé­dric Tas­san/Vtopo

Qui n’a ja­mais en­ten­du par­ler d’Ain­sa, Zo­na Ze­ro, un des spots les plus connus d’Es­pagne, en passe de de­ve­nir une ré­fé­rence en Eu­rope ? Ba­lade en terres ara­go­naises en com­pa­gnie du crew VTOPO.

Même si j’ai beau­coup voya­gé à tra­vers le monde, je n’avais pas en­core mis les pieds à Ain­sa. Et comme tout le monde, ce n’était pas faute d’en avoir en­ten­du par­ler.

Je charge le Ford Tran­sit Cus­tom du crew VTOPO et at­taque la longue route vers Ain­sa. Car en ef­fet, pour ceux qui ha­bitent la par­tie est de la France, ce n’est pas la porte à cô­té. Je dé­cide de par­tir en mode roots, du­vet dans le van, un sac de fringues je­té à l’ar­rière, mon HD4 et c’est par­ti. Le tra­jet est long, la nuit tombe. Mais je conti­nue la route un maxi­mum. Fi­na­le­ment, je tire jus­qu’à mi­nuit et trouve un coin bien plat pour dor­mir. Je suis juste der­rière l’Es­pagne, un der­nier tun­nel me sé­pare de nos amis fron­ta­liers. Je m’en­dors im­mé­dia­te­ment à l’ar­rière du van, en­rou­lé dans mon du­vet. Au pe­tit ma­tin, je suis ré­veillé par le froid. J’ai du mal à émer­ger. Et pour­tant il y a en­core de la route. En sor­tant du vé­hi­cule, je me rends compte qu’il a plu toute la nuit. La tem­pé­ra­ture froide m’in­ter­pelle… Si ici il pleut, c’est que plus haut il doit nei­ger. Je re­garde ra­pi­de­ment la tem­pé­ra­ture ex­té­rieure sur le tableau de bord du Ford, il fait deux de­grés… Je prends le vo­lant im­mé­dia­te­ment et re­prends ma route. J’es­père sin­cè­re­ment qu’il ne neige pas là-haut car mon vé­hi­cule n’est pas équi­pé pour rou­ler sur la neige, tout au plus une paire de chaus­settes. Bon sang, on est au mois d’avril, pas en fé­vrier ! J’ai vu juste, la neige tient sur la chaus­sée, j’ar­rive néan­moins à at­teindre le tun­nel d’Ara­gnouet. Main­te­nant, il neige à gros flo­cons, il y a 5 cm de neige sur la route. Je m’en­gouffre sous la mon­tagne, en es­pé­rant que le cli­mat se­ra un peu dif­fé­rent de l’autre cô­té. Deuxième bonne nou­velle, en Es­pagne, il fait deux de­grés de plus, il pleut ! Je conti­nue ma des­cente vers Ain­sa. Quand j’ar­rive sur place, il tombe des trombes d’eau. Je m’ins­talle dans un ca­fé pour ava­ler un so­lide pe­tit dé­jeu­ner et en pro­fi­ter pour bos­ser un

peu. De­hors il fait vrai­ment froid, et la pluie tombe sans in­ter­rup­tion… Je de­vais rou­ler ce ma­tin, mais je dé­cide d’at­tendre que l’averse cesse, la météo an­nonce une amé­lio­ra­tion dans l’après-mi­di et le beau temps de­vrait en­suite du­rer toute la se­maine.

Pas de chance, même en Es­pagne il pleut en avril et la neige n’est pas loin…

Fi­na­le­ment, je quitte Ain­sa vers 15h et vais me ga­rer au dé­part du par­cours n°33. Car ici tout a été vrai­ment pen­sé pour le VTT. Les par­cours sont nom­breux et va­riés. Chaque iti­né­raire est bien ba­li­sé. Je me gare au bout de la piste. Le temps est cou­vert mais il ne pleut plus. C’est dé­jà ça. J’ai choi­si ce par­cours car il est men­tion­né, sur le site qui re­cense tous les iti­né­raires, qu’ici, on peut rou­ler même après la pluie, il n’y a pas de boue. Je re­monte tran­quille­ment la piste prin­ci­pale, il ne fait pas très chaud. Tout en haut, je dé­couvre dans les brumes le vil­lage aban­don­né de Ca­jol. Am­biance sur­réa­liste de vi­si­ter ces ruines sor­ties de nulle part. Fi­na­le­ment, non loin de l’église, je dé­couvre une ha­bi­ta­tion en par­tie ré­no­vée. Un Es­pa­gnol sort et m’ac­cueille. Nous dis­cu­tons des lieux et il m’ap­prend que les villages aban­don­nés dans les mon­tagnes se voient à nou­veau oc­cu­pés par quelques “er­mites” mo­dernes. A l’époque de Fran­co, il avait été dé­ci­dé de créer un bar­rage dans les gorges étroites de la val­lée. L’ac­cès aux villages de mon­tagne n’étant plus pos­sible, les

Ce sé­jour à Ain­sa m’a per­mis de me rendre compte du tra­vail réa­li­sé en lo­cal : les Es­pa­gnols ont tout com­pris, tout a été pen­sé pour le vé­lo, de­puis les par­cours jus­qu’à l’ac­cueil.

ha­bi­tants se sont ins­tal­lés ailleurs, aban­don­nant leurs mai­sons. Fi­na­le­ment, le pro­jet est tom­bé à l’eau, mais per­sonne n’est ja­mais re­mon­té s’ins­tal­ler dans les mon­tagnes... Jus­qu’à main­te­nant ! Je pour­suis sur la crête. Juste avant d’at­ta­quer la des­cente, je croise un groupe de Fran­çais très sym­pa. Ils sont du su­douest et viennent ré­gu­liè­re­ment rou­ler ici, ils adorent. J’at­taque la des­cente de­vant eux. Ra­pi­de­ment, le sen­tier se trans­forme en ruis­seau… Du­rant toute la des­cente, ce se­ra ain­si. Au fur et à me­sure que je me rap­proche du van, je suis ma­cu­lé de terre, le vé­lo aus­si. Dire que je dois pas­ser la nuit dans le van… Ce­la risque d’être hu­mide. Une fois ar­ri­vé en bas, je prends la dé­ci­sion de la­ver mon vé­lo dans la ri­vière. Je passe 45 mi­nutes à le bri­quer com­plè­te­ment, il sort étin­ce­lant. Mer­ci aux pro­duits Muc Off, leur ef­fi­ca­ci­té est re­dou­table… Après le vé­lo, c’est à mon tour de prendre la douche dans la ri­vière ge­lée. Car l’eau vient di­rec­te­ment des Py­ré­nées, et quand on voit la quan­ti­té de neige qu’il reste, on com­prend vite que l’eau n’a pas eu le temps de se ré­chauf­fer ! Fi­na­le­ment, je m’en tire bien, mon Ibis et moi sommes propres et

secs! Je file au res­tau­rant. Ici on mange bien pour pas très cher. Je cherche un cam­ping pour la nuit, mais tout semble fer­mé. Alors je fi­nis une nou­velle fois dans un champ, la tête dans les étoiles.

Ma sor­tie est boueuse, je fi­nis dans l’eau gla­cée de la ri­vière avec mon VTT pour un net­toyage bien mé­ri­té

Le len­de­main, ré­veil sous un im­mense ciel clair. Je me suis rap­pro­ché des Py­ré­nées, les som­mets sont blancs. C’est tout sim­ple­ment ma­gni­fique. Ce ma­tin, j’ai pré­vu une sor­tie sur les contre­forts de cette chaîne de mon­tagne. Je ne dois pas dé­pas­ser les 1900 m d’al­ti­tude, mais j’ai un doute quand je vois la neige un peu par­tout. Je dé­cide de mon­ter en éclai­reur avec le van sur la piste. Fi­na­le­ment, vers 1650m, il est im­pos­sible de poursuivre, la piste est pleine de neige. Quand je lève les yeux, je vois que plus haut la couche est épaisse. Il fau­drait que je troque mon vé­lo contre des skis… Et puis ce se­rait dom­mage de fi­nir sous une ava­lanche avec un VTT. Bref,

Il ne fait que 4° à Ain­sa en ce mois d’avril ! Et il tombe des trombes d’eau…

de­mi-tour, re­tour dans la val­lée et sur Ain­sa. Je gri­gnote un mor­ceau car il est dé­jà mi­di. J’opte pour un par­cours qui longe en bal­con le lac d’Ain­sa. La pre­mière par­tie grimpe bien, les sen­tiers sont tou­jours aus­si trem­pés, des ruis­seaux coulent de par­tout… Une fois la crête at­teinte, la vue est splen­dide. Le ciel est pur, le bleu du lac éblouis­sant. Le trail est très sym­pa à rou­ler, les ba­lises tou­jours bien pré­sentes. Mon HD4 est un peu gros pour le ter­rain, un bike plus rou­lant, un all-moun­tain se­rait par­fait. Au bout, j’en­chaîne une bonne des­cente tech­nique, passe de­vant un clo­cher rui­né et re­joint le pe­tit vil­lage de Mo­rillo de Tou. Le re­tour est un peu plus mo­no­tone, sur une large piste mon­tante. Mais une fois sur une nou­velle crête, je pro­fite d’un pa­no­ra­ma une fois en­core, splen­dide sur les mon­tagnes et la cam­pagne es­pa­gnole. Le trail qui se fau­file entre les arbres est as­sez phy­sique. Puis au bout, la des­cente dé­marre. Je choi­sis de prendre l’iti­né­raire ba­li­sé à gauche, la des­cente est plus longue sur la carte. Les vi­rages sont as­sez tech­niques, c’est un bon par­cours comme je les aime. Plus bas, je dois tra­ver­ser la ri­vière. En temps nor­mal ce n'est sans doute qu’un vul­gaire gué, mais là, avec toute l’eau qui est tom­bée, ce n’est plus pa­reil… Je dois trou­ver un pas­sage et évi­ter de tom­ber dans l’eau, je trim­balle mon drone, mon ap­pa­reil pho­to et tout ce qui va avec… Je

com­mence pru­dem­ment à tra­ver­ser là où l’eau est la moins pro­fonde, j’en ai quand même jus­qu’aux ge­noux… Je me rap­proche d’un gros bloc ro­cheux au mi­lieu de la ri­vière, puis trouve de l’autre cô­té un banc sa­blon­neux qui me per­met de re­joindre l’autre rive sans trop de mal. Fi­na­le­ment je re­viens tard sur Ain­sa.

Ici, les pay­sages res­semblent à ceux des Alpes de Hautes Pro­vence

Le len­de­main, je passe ma jour­née sur un ma­gni­fique iti­né­raire, entre fo­rêts et terres grises, au mi­lieu de mil­liers de pe­tits Num­mu­lites fos­siles. Le par­cours est vrai­ment très beau, j’en pro­fite pour vi­si­ter une cas­cade où se cache un vieil alam­bic. Mal­heu­reu­se­ment, c’est tou­jours aus­si boueux de par­tout. Je pense qu’il au­rait fal­lu at­tendre quatre ou cinq jours après les pluies pour rou­ler ici. Une nou­velle fois, je me douche (ain­si que le vé­lo), dans une ma­gni­fique ri­vière. Ce sé­jour à Ain­sa m’a per­mis de me rendre compte du tra­vail réa­li­sé en lo­cal. Les Es­pa­gnols ont tout com­pris, tout a été pen­sé pour le vé­lo, de­puis les par­cours, jus­qu’à l’ac­cueil. C’est vrai­ment plai­sant de rou­ler sur un ter­ri­toire bien pen­sé. Ce­pen­dant, je reste un peu sur ma faim. Moi, ve­nant du sud de la France, j’ai eu l’im­pres­sion de rou­ler dans les Alpes de Haute-Pro­vence. Je n’ai pas vrai­ment été dé­pay­sé. Et quand on voit le nombre de par­cours ba­li­sés VTT dans ce dé­par­te­ment si­tué à moins de deux heures de voi­ture, je me dis que je ne suis pas cer­tain que le jeu en vaille la chan­delle pour des pra­ti­quants ha­bi­tant à sept heures de route… Ce­la n’en­lève rien bien en­ten­du à la qua­li­té d’Ain­sa. Néan­moins, j’y re­tour­ne­rai tout de même, mais pour y dé­cou­vrir les par­cours qui se dé­roulent dans les Py­ré­nées, car les mon­tagnes m’ont pa­ru mer­veilleuses. Main­te­nant à vous de vous faire votre propre idée. Ce qui est cer­tain, c’est que vous ne se­rez pas dé­çus !

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