Mi­nute de Vé­ri­té

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - par Ch­ris­tophe Vé­ri­té

Hé ! Vous sa­vez quoi ? Je viens de me faire je­ter d’un ma­ga­sin comme un mal­propre ! Moi, mô­sieur Ch­ris­tophe Vé­ri­té, illustre ré­dac­teur de la Mi­nute de Vé­ri­té, je me suis fait écon­duire avec au­tant de gen­tillesse qu’un pit­bull à qui vous cha­par­dez son os. Mais... dans quel monde vit-on pour en ar­ri­ver à de telles ex­tré­mi­tés ? Re­ve­nons sur les faits afin d’éta­blir une chro­no­lo­gie du dé­lit : ma chère voi­ture, du haut de ses 27 prin­temps, a par­fois ten­dance à pé­ter une Du­rit © et pas qu’au fi­gu­ré. Di­sons que mon cir­cuit de re­froi­dis­se­ment res­sem­blait plus à une pomme de douche qu’à autre chose, suite à de “lé­gères” sur­chauffes. Après avoir éplu­ché les no­men­cla­tures de mon mo­teur, j’en suis ar­ri­vé à la con­clu­sion que le gen­til construc­teur al­le­mand ai­mait les blagues : mon type de mo­teur n’est pas cen­sé se trou­ver dans ma voi­ture. Pour vous la faire courte, im­pos­sible d’éta­blir avec cer­ti­tude le type et le mo­dèle des Du­rit © dont j’avais be­soin car les ré­fé­rences étaient dif­fé­rentes de ce que je trou­vais. Donc, di­rec­tion le ga­rage qui va bien pour voir si les hommes de l’art pou­vaient m’ai­der à re­mettre la bête en état de rou­ler sans gout­ter de par­tout. Ren­dez-vous pris, je dé­pose l’en­gin et rentre chez moi en bus. Coup de fil dans la ma­ti­née : « bon, vot’ voi­ture est an­cienne, y’a deux pièces à chan­ger en plus des Du­rit © ; j’en ai une en stock mais l’autre, ce se­ra en fin de se­maine, au mieux. Et z’avez d’la chance, y’en a en­core de dis­po­nible. » Heu... ok. Bon, pas le choix, j’at­tends la fin de la se­maine. Et sans voi­ture. Bof, pas grave me dis-je, j’ai en­core l’op­tion 1) mo­to qui va bien, 2) VAE gros cram­pons qui va bien aus­si ou 3) vé­lo de route mo­di­fié de­puis peu en fit­ness. Al­lez, soyons fou, je prends le route pour voir si c’est mieux avec un cintre plat plu­tôt qu’avec le ma­chin d’ori­gine qui me flin­guait le dos de­puis belle lu­rette. Et comme la météo est clé­mente, je me suis dit que j’al­lais faire trois courses d’ap­point en vé­lo pour le soir. Zou, c’est par­ti ! Ce qui me reste de che­veux au vent, je pars avec mon p’tit sac à dos. La vie est belle, tout ça, quoi. J’ar­rive à mon ma­ga­sin et vois de­hors quatre pov’ racks pour par­quer les vé­los, sans au­cun po­teau pour at­ta­cher l’an­ti­vol et, ce­rise sur le pom­pon, le tout bien loin des portes d’en­trée. J’af­fiche mon sou­rire le plus char­meur et rentre à pied avec mon des­trier, flam­bant propre, je pré­cise. A peine po­sé le bout de mes cram­pons sur le car­re­lage que j’ai droit à un « c’est in­ter­dit dans le ma­ga­sin les vé­los mon­sieur. » Pas bon­jour non plus. J’ex­plique mon pro­blème. « Vous pou­vez l’ac­cro­cher là de­vant sur les po­teaux si vous vou­lez. » Je ré­itère : « Oui ma­dame, mais il suf­fit de sou­le­ver le vé­lo du po­teau, même avec un an­ti­vol vous sa­vez. » Moi : re-sou­rire qui tue. Elle : « Peut-être, mais les vé­los sont in­ter­dits dans le ma­ga­sin. » Moi : « et je fais com­ment ? » Elle : « Pas dans le ma­ga­sin en tout cas. » Ok, je suis tom­bé sur une flèche. Je me casse. Deuxième ma­ga­sin non loin. Même confi­gu­ra­tion ; je re­tente (je suis tê­tu), toutes dents de­hors : « Bon­jour, je peux mettre mon vé­lo dedans car il n’y a rien pour l’at­ta­cher de­hors ? » Ré­ponse : « On ne peut pas vous lais­ser en­trer avec, c’est in­ter­dit. » Bon, au moins, j’ai eu droit à un bon­jour. Moi : « J’en ai pas pour long­temps et j’ai­me­rais bien re­par­tir avec mon vé­lo si vous voyez ce que je veux dire ? » Elle, sym­pa : « Bon, ok, glis­sez-le sur le cô­té là, je vais je­ter un oeil, mais je ne vous ga­ran­tis rien. » Ouf, en­fin un être hu­main do­té d’un cer­veau et de bon sens et qui ar­rive à s’en ser­vir si­mul­ta­né­ment ! Tout ça pour vous dire que l’on prône à tout-va l’usage du vé­lo pour son cô­té éco­lo­gique (et bla­bla­bla...), pour la santé (re-bla­bla), etc... mais qu’au quo­ti­dien, il n’y a pas grand­chose de fait, en France en tout cas, pour fa­ci­li­ter l’usage pratique du vé­lo. C’est à vous (me) dé­cou­ra­ger d’al­ler faire des courses avec. En voi­ture, non seule­ment je charge plus, mais je sais où la ga­rer ou bien je peux pas­ser au sa­cro-saint drive (beurk...). A vé­lo ? Je risque ma vie sur la route pour y al­ler, je ga­lère comme un pes­ti­fé­ré pour le ga­rer, au­cune cer­ti­tude de re­par­tir avec si je l’at­tache de­hors (à moins de rou­ler sur une épave, et en­core). Alors, le vé­lo, so­lu­tion d’ave­nir ? Oui, cer­tai­ne­ment, mais pas pour faire des courses ou al­ler au taf si on doit le lais­ser de­hors. Et en­core, j’ai du pot : j’ha­bite au vert et pas en pleine ville. Là, c’est sûr, je se­rais dé­jà pas­sé au ba­zoo­ka pour ex­pri­mer toute ma gra­ti­tude face à au­tant de bê­tise concen­trée. Al­lez, je pars me dé­fou­ler en fo­rêt, ça va me faire du bien, tiens.

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