Mi­nute de Vé­ri­té

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - Par Ch­ris­tophe Vé­ri­té

L’été est une pé­riode que j’aime par­ti­cu­liè­re­ment. Comme vous tous, j’ima­gine, l’été est sy­no­nyme de sor­ties VTT entres potes, de va­cances, d’en­droits et de spots qui vont bien pour y rou­ler. Et c’est aus­si l’oc­ca­sion de chan­ger de nos sor­ties heb­do­ma­daires, même si, comme moi, vous avez la chance d’ha­bi­ter une ré­gion qui se plie bien à l’exer­cice du VTT. Si­non, j’en suis sin­cè­re­ment dé­so­lé... mais cha­cun sa croix ! Quoi qu’il en soit, l’été est pour moi le sym­bole de tous les ren­dez­vous es­ti­vaux in­con­tour­nables : sa­lons, ran­don­nées, com­pé­ti­tions et autres sor­ties noc­turnes qui per­mettent de pi­men­ter un peu notre sport. Mais, c’est aus­si l’oc­ca­sion pré­cieuse d’al­ler ta­qui­ner la mon­tagne, voire la haute mon­tagne, au gré des dif­fé­rents évé­ne­ments qui ponc­tuent mes pé­riples. C’est d’ailleurs à l’oc­ca­sion de ce pè­le­ri­nage an­nuel qui m’a fait ar­pen­ter la Sa­voie, les Alpes et bien d’autres en­droits idyl­liques pour un fé­ru de VTT, que j’ai eu une ré­vé­la­tion. Non pas que j’ai vu une ap­pa­ri­tion di­vine au coin d’un single ou que j’ai été frap­pé par la grâce di­vine en pleine as­cen­sion d’un sen­tier. Non, point de re­li­gion avec moi, re­ve­nons à nos mou­tons. Par­ti pour me dé­fou­ler au terme d’un évé­ne­ment bien rem­pli, j’ai ar­pen­té les che­mins qui s’of­fraient à moi. Loin des sen­tiers ul­tra connus, vus et re­vus maintes fois, j’ai choi­si l’exo­tisme d’un tra­cé pour­tant of­fi­ciel, mais bien sou­vent dé­lais­sé pour les pentes voi­sines, bien plus char­meuses en terme de dé­ni­ve­lé. Pour­tant, sur le pa­pier, ça sen­tait bon : à peine 110 m de dé­ni­ve­lé po­si­tif pour presque 700 m de dé­ni­ve­lé né­ga­tif ! Et si mes connais­sances en lec­ture de carte pa­pier (un truc vin­tage quoi) étaient bonnes, j’al­lais lon­ger une belle cor­niche en pro­fi­tant d’un pa­no­ra­ma à se dé­col­ler la ré­tine. Et vous sa­vez quoi ? J’avais rai­son ! Quel kif mes amis ! Un single de dingue, un pay­sage de fo­lie, sur­tout en cette fin de jour­née avec le so­leil fuyant vers l’ho­ri­zon, tu­toyant presque les som­mets qui m’en­tou­raient. Une belle terre lé­gè­re­ment tour­bée, quelques ra­cines, des sa­pins par­tout, rien de tech­ni­que­ment in­fai­sable. Le pied in­té­gral. Là, je me suis dit que c’était dé­fi­ni­ti­ve­ment ça que j’ai­mais rou­ler. Peut-être est-ce l’âge avan­cé (mais rai­son­nable) vers le­quel je tends qui me fait ap­pré­cier les choses dif­fé­rem­ment ? Qui sait ? Chan­ge­ment de mas­sif, de lieu et de sa­lon, his­toire de pi­men­ter mon voyage. Idem, une fois le sa­lon fer­mé, di­rec­tion les remontées (pas trop le choix à cet en­droit à moins d’avoir les cuisses de Flo­rian Rous­seau) pour par­tir li­mer les pistes et mes pneus. Et re­be­lotte : au lieu de fon­cer vers LA piste de ré­fé­rence du coin, que j’ai pra­ti­quée sous tous les cieux et pas for­cé­ment sur le vé­lo sui­vant ma forme, je me suis di­ri­gé vers des pistes… vertes (pas de com­men­taires), bleues et, soyons fous, des rouges. Mais quelle bonne idée j’avais eue là ! Plu­tôt que de fon­cer comme un be­nêt pour ava­ler ma piste en cla­quant un temps dont je n’ai rien à faire, j’ai pris le temps de peau­fi­ner mes tra­jec­toires, re­lu­quer le pay­sage et même de m’ar­rê­ter pour faire des pho­tos. Au dé­tour d’un vi­rage don­nant sur un pa­no­ra­ma que ne ja­lou­se­rait pas un in­dien du Grand Ca­nyon, j’ai même pris le temps de pro­po­ser à un groupe de mecs qui se pre­naient en pho­to tour à tour s’ils vou­laient que j’en prenne une avec tout le groupe. Ouais, je sais, je suis gentil, mal­gré mes airs d’ours mal lé­ché, par­fois. Et ce choix de ne faire que des pistes “fa­ciles”, je l’ai ré­pé­té plu­sieurs jours d’af­fi­lée avec un bon­heur chaque fois gran­dis­sant. Ces ins­tants d’ex­tase m’ont fait réa­li­ser que c’était bien le temps qui fai­sait son of­fice : là où j’au­rais en­chaî­né les pistes jus­qu’à ce que mes doigts et mes bras crient grâce ou que mes disques ne com­mencent à chan­ger de cou­leur il y a quelques an­nées, j’ai main­te­nant la cer­ti­tude que mon choix est fixé : bas­ta les courses, les chro­nos, la pres­sion, les chutes pour ar­ri­ver dans les temps, la buée dans le masque en sui­vant un ap­pât que je ne rat­tra­pais ja­mais. Non, dé­sor­mais, je suis un épi­cu­rien du VTT, un contem­pla­teur du beau et un jouis­seur du plai­sir que me pro­curent ces ba­lades. Car c’est bien de ba­lade dont je parle, et de VTT, si cer­tains en doutent. Le VTT, ce n’est pas “que” la bourre, les com­pét’ et le meilleur temps sur un seg­ment. Non mes amis, le VTT, c’est d’abord mon­ter et des­cendre en se fai­sant plai­sir et peu im­porte la mon­ture. Nul be­soin de cla­quer dix SMIC pour se faire plai­sir. Le vé­lo n’est qu’une ma­chine sans âme que si son ca­va­lier ne sait pas pour­quoi il roule. A méditer.

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