Eva­sion : le Ver­mont, USA

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - Texte : Fred Hor­ny - Pho­tos : Fred Hor­ny, Clé­ment Boes

Si­tué dans le Nord-Est des Etats-Unis, l’Etat du Ver­mont se prête par­fai­te­ment à la pra­tique du VTT. Dé­si­reux d’en dé­cou­vrir les pistes et pay­sages, Fré­dé­ric, Clé­ment et Ar­naud se sont lan­cés dans leur rêve amé­ri­cain avec comme seule pe­tite con­trainte, un bud­get de 1000 € par per­sonne pour sept jours.

Par­tir rou­ler aux US, beau­coup en rêvent, mais rares sont ceux qui fran­chissent le pas. Les freins ? Les for­ma­li­tés ad­mi­nis­tra­tives, l’or­ga­ni­sa­tion com­pli­quée du voyage, la bar­rière de la langue, le bud­get… au­tant de rai­sons de re­non­cer ! Pour en avoir le coeur net, nous nous sommes lan­cés dans l’aven­ture. Ob­jec­tif : tra­ver­ser les Green Moun­tains, au­tre­ment dit l’Etat du Ver­mont coin­cé entre New York, le Mas­sa­chu­setts, le Maine et le Qué­bec. Un bon choix de dé­pay­se­ment dans des mon­tagnes d’une al­ti­tude moyenne de 1 400 mètres. Pe­tit dé­fi sup­plé­men­taire, nous nous ac­cor­dons 1000 € de bud­get pour sept jours, billet d’avion com­pris. Em­bar­quez dans l’aven­ture de trois potes en mode sin­gle­trail, gra­vel, por­tage, ga­lères et grosses ri­go­lades ! Clé­ment, le plus jeune de la bande, a dé­mon­tré son coup de pé­dale pen­dant de longues an­nées en Coupe de France XC au sein du team Ego­bike avant de pas­ser au all moun­tain. Pour Ar­naud, le fos­sile... par­don, le doyen de la bande, c’est la même his­toire : après avoir gla­né de nom­breux po­diums sur des courses na­tio­nales, il s’est char­gé d’em­me­ner les jeunes du club de Muns­ter sur les Coupes de France, dont un cer­tain Ni­co­las Lau... Il va fal­loir s’ac­cro­cher pour suivre ces deux-là quand ça va ap­puyer ! En même temps, on part entre potes pour vivre un beau mo­ment de vé­lo, et les courses, c’est fi­ni (même pour moi d’ailleurs). Mais ce­la montre l’im­por­tance qu’il faut at­ta­cher à l’ho­mo­gé­néi­té d’un groupe, en termes de re­la­tions bien sûr, mais avant tout de ni­veau phy­sique, pour que tout le monde se fasse plai­sir.

Ar­ri­vés à Mont­réal, chez Clé­ment, nous pas­sons la fron­tière en voi­ture et condui­sons jus­qu’au sud de l’Etat pour des rai­sons de ti­ming. Ce che­mi­ne­ment est fai­sable en train, moyen­nant 45$ US (38 €). Fran­chir “les lignes” états-uniennes s’avère un peu plus long dans ce cas, mais sans l’em­bar­ras d’un vé­hi­cule à ré­cu­pé­rer en fin de trip. Ce pre­mier road trip de cinq heures va nous per­mettre d’ad­mi­rer des mon­tagnes, belles, douces, et... très vertes. Le sur­nom du coin, les Green Moun­tains, n’est vrai­ment pas usur­pé. La ville de Brat­tle­bo­ro se­ra le point de dé­part de notre pé­riple. Après une der­nière nuit à l’hô­tel, un énorme na­cho et un chee­se­cake bien trop gros (le pa­tron du pe­tit res­tau­rant d’ailleurs, éton­né de nous voir man­ger au­tant nous de­man­de­ra : « vous faites beau­coup de sport les gars, non ? »), nous voi­là par­tis à la pé­dale. En­fin !

Les che­vaux sont lâ­chés !

Dans ce type d’aven­ture, ce dont il faut se mé­fier, c’est l’ex­cès d’au­dace. Au­tre­ment dit, tou­jours en gar­der sous le pied, même si on le fait un peu in­cons­ciem­ment quoi qu’il ar­rive. On ré­gule le rythme. Se ti­rer la bourre c’est tou­jours co­ol, mais gar­der des ré­serves pour un jour sans, peut aus­si s’avé­rer bé­né­fique. Après une heure de pé­da­lage sur de beaux che­mins gra­vel, on em­prunte un single qui nous mène droit à un lac... Le temps hu­mide et

la cha­leur am­biante ne mettent pas long­temps à nous dé­ci­der : il est grand temps de bap­ti­ser ce trip par une bai­gnade d’ou­ver­ture. L’eau trans­lu­cide est su­per bonne. Un père de fa­mille, pré­sent sur les rives du lac, nous pro­digue des conseils sur ses mon­tagnes pour la suite de notre pé­riple. Bel ac­cueil, qu’on vé­ri­fie­ra tout au long de notre par­cours. Le single qui nous conduit au village de Marl­bo­ro s’ar­rête brus­que­ment, trans­for­mé en lac aux cas­tors géants. Ici, les cas­tors, consi­dé­rés comme nui­sibles, tra­vaillent vite et bien : après avoir réa­li­sé un bar­rage pour pou­voir gar­der suf­fi­sam­ment d’eau pour éta­blir leur cam­pe­ment, plus une goutte ne passe et l’éten­due d’eau stag­nante peut prendre des pro­por­tions in­soup­çon­nées ! Nous de­vons ef­fec­tuer un dé­tour d’en­vi­ron 40 mi­nutes, vé­lo sur le dos dans la brous­saille, c’est le jeu ! On passe, un peu plus tard, de­vant un concert de blues rock genre bar­bus à la ZZ Top, qui jouent de­vant des gros pi­ckups et Har­ley Da­vid­son ru­ti­lants. Cette jour­née nous conduit en­suite vers la sta­tion de Do­ver où, après un pas­sage sur le pump­track lo­cal, la can­tine du coin, sur le point de fer­mer, nous offre gra­tui­te­ment ca­fé et piz­zas pour le soir. Ça fait tou­jours plai­sir ! En­core une ving­taine de ki­lo­mètres de pé­da­lage et un peu d’ex­plo­ra­tion, et nous po­sons notre pre­mier cam­pe­ment au bord du lac de Grout Pound. Le cou­cher de so­leil est ma­gni­fique. Les em­pla­ce­ments sont ré­ser­vables à la nuit, moyen­nant une quin­zaine de dol­lars. Nous mon­tons nos mous­ti­quaires de tente sous un bel abris en bois au mi­lieu de la fo­rêt, au bord de l’eau. Le pied !

C’est in­croyable comme les per­sonnes ren­con­trées sont ai­mables et ser­viables…

Ré­veil le len­de­main pour un pé­da­lage tôt le ma­tin afin de re­joindre la sta­tion de Strat­ton où nous sa­vou­rons un ca­fé am­ple­ment mé­ri­té. Après avoir croi­sé l’Ap­pa­la­chian trail, le sen­tier qui s’étend du nord au sud des cé­lèbres Ap­pa­laches, stric­te­ment in­ter­dit aux VTT sur cette par­tie, nous pour­sui­vons notre belle jour­née, très chaude, entre che­mins gra­vel, jus­qu’à at­teindre la ville de Man­ches­ter et son lac. Il est en­core tôt, ses singles et le mont Deer Knoll sui­vis de Table Rock nous font de l’oeil. Nous ef­fec­tuons le dé­tour : bin­go ! La mon­tée est re­la­ti­ve­ment raide, mais la des­cente pleine de flow en va­lait lar­ge­ment la peine. En­core 10 km jus­qu’au cam­pe­ment du soir, mais avant ça, on va se bai­gner dans l’an­cienne car­rière de marbre du village où nous al­lons dor­mir, le Dor­set Quar­ry. Des fa­laises mar­brées noires et grises nous at­tendent, avec plu­sieurs spots à plon­geon. C’est le re­paire des lo­caux, jeunes et moins jeunes. Point fi­nal d’une jour­née ex­cel­lente à tout point de vue.

Au­jourd’hui en­core, le le­ver s’ef­fec­tue aux au­rores. Une grosse jour­née de ride nous at­tend. Après une phase re­la­ti­ve­ment rou­lante, nous re­joi­gnons le mas­sif des White Rocks. C’est beau, c’est gran­diose. Des sa­pi­nières, des pier­riers et… des mar­cheurs sur­pris de nous croi­ser ici. Les sen­tiers tech­niques ad­di­tion­nés de pas­se­relles en bois rendent la mon­tée exi­geante, mais ça passe et ça fait plai­sir d’être par­mi les rares à pas­ser par là à vé­lo. Les sang­sues pré­sentent dans le lac Rock Pond nous em­pêchent de nous bai­gner. Nous pre­nons néan­moins le temps d’ad­mi­rer la vue. Cette jour­née est dif­fi­cile phy­si­que­ment, la cha­leur est étouf­fante, et nous sommes loin de l’ob­jec­tif du soir. Heu­reu­se­ment la par­tie sui­vante plus rou­lante nous donne de l’air, et une vieille dame d’un pe­tit village tra­ver­sé nous offre l’hos­pi­ta­li­té et de l’eau, beau­coup d’eau. Clé­ment avale un litre d’une traite ! C’est dé­jà re­par­ti pour le Killing­ton Peak, après 65 km de VTT dans les jambes. La mon­tée com­mence bien et se ter­mine vé­lo sur le dos, raide comme un mur de ni­veau 4b en es­ca­lade : une des mon­tées en por­tage les plus dures qu’il m’ait été don­né de faire jus­qu’à ce jour… Nous sommes tous cra­més. Et on râle tous. J’in­sulte le sen­tier, en me di­sant qu’il ne nous lais­se­ra ja­mais tran­quille. Puis, à peine rou­lons-nous 500 m, qu’une autre dif­fi­cul­té ar­rive. La vue du som­met nous ré­con­forte, mais il ne faut pas traî­ner, la nuit tombe ra­pi­de­ment. Après une des­cente en mode ex­plo­ra­tion et un ma­ré­cage plus loin, nous at­tei­gnons le point de chute du soir. Pour une fois, nous avions ré­ser­vé une vraie chambre, et c’était le bon choix, après 12 heures sur le vé­lo. L’ins­tinct, ça ne se com­mande pas ! L’équipe s’en­dort très ra­pi­de­ment, ex­té­nuée, mais tou­jours avec le sou­rire et plus mo­ti­vée que ja­mais. C’est la clé dans une aven­ture telle que celle-ci. L’étape sui­vante se­ra plus rou­lante, avec beau­coup de pas­sages en sin­gle­trails vrai­ment bons au fur et à me­sure que nous re­mon­tons la belle val­lée de la Mad Ri­ver. Ride, bai­gnades, ri­go­lades, que faut-il de plus ? Les étapes al­lant de 70 à 85 km de VTT quo­ti­dien

com­mencent à lais­ser des traces et les jambes sont plus lourdes que les pre­miers jours. Le coup de pé­dale de la bande est moins franc, tire un peu plus gros. Autre signe qui montre que nous avons dé­jà en­ta­mé les ré­serves : nous avons constam­ment faim ! Après un gros pe­tit dé­jeu­ner et une heure de pé­da­lage, nous pour­rions sans pro­blème re­pas­ser à table si l’oc­ca­sion se pré­sen­tait ! On adapte donc le rythme tout en gar­dant une sou­pape de sé­cu­ri­té au cas où une dif­fi­cul­té im­pré­vue se pré­sen­tait. En­chaî­ner les ki­lo­mètres quand on cherche son che­min est bien moins évident qu’il ne pour­rait y pa­raître : s’en­fi­ler de grosses dis­tances à la mai­son, quand on connaît par coeur les dif­fi­cul­tés à la mon­tée comme à la des­cente, per­met d’an­ti­ci­per, et d’éco­no­mi­ser beau­coup d’éner­gie. Lors­qu’on na­vigue à vue, c’est plus com­pli­qué à gé­rer ! Ar­naud, que les Amé­ri­cains sur­nomment Ar­nold, nous en fe­ra la re­marque. Heu­reu­se­ment, nous ren­con­trons ré­gu­liè­re­ment des per­sonnes très at­ten­tion­nées. Les lo­caux sont in­tri­gués ou même par­fois im­pres­sion­nés par notre épo­pée et ce sont eux qui viennent vers nous pour nous ai­der à trou­ver le bon che­min quand nous avons un doute. Fa­bu­leux ! Ar­ri­vée à Wa­ter­bu­ry, cé­lèbre pe­tite ville d’où sont ori­gi­naires les cé­lèbres glaces Ben & Jer­ry’s. Il nous reste une belle étape jus­qu’à la sta­tion de Stowe, à tra­vers des pistes VTT très tra­vaillées type « trail cen­ter ». Du bon­heur à l’état pur à rou­ler. Un énième pique-nique dans un en­droit per­du au bord d’un lac. Les der­niers coups de pé­dale se font sous une pluie bat­tante qui ne s’ar­rê­te­ra que le len­de­main. La der­nière nuit se passe dans un gîte avec jac­cuz­zi. Après une se­maine à trim­bal­ler le mi­ni­mum ves­ti­men­taire né­ces­saire, la vraie douche fait le plus grand bien !

Le len­de­main, le­ver aux au­rores. Clé­ment ne doit pas ra­ter le seul train du jour qui le ra­mè­ne­ra à notre point de dé­part afin de ré­cu­pé­rer la voi­ture. Ar­naud et moi res­tons avec les vé­los, au village, et fe­rons en­core de belles ren­contres avec des ha­bi­tants dé­ci­dé­ment très cha­leu­reux et ser­viables. Une fois de plus, on nous offre le ca­fé. Comme un clap de fin tout en dou­ceur pour notre aven­ture qui res­te­ra dans les mé­moires de cha­cun… sans sucre pour nous, avec mousse de lait, mer­ci ! ■

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