Les mots d’amour de Ma­rianne Fai­th­full

Re­ti­rée des mon­da­ni­tés mais pas de la scène mu­si­cale, Ma­rianne Fai­th­full pré­sente son der­nier al­bum et les pres­ti­gieux in­vi­tés qui y fi­gurent.

Vanity Fair (France) - - Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CLÉ­MEN­TINE GOLD­SZAL

Nous avons en­re­gis­tré ce disque en deux se­maines, un ti­ming nor­mal pour moi ; j’ai tou­jours été très ra­pide en stu­dio. En re­vanche, à cause de mon ac­ci­dent l’an der­nier (je me suis cas­sé le sa­crum en quatre mor­ceaux !), j’ai eu beau­coup de temps pour tra­vailler en amont. La conva­les­cence pousse à l’in­tros­pec­tion, j’ai pu me sou­ve­nir, ré­flé­chir et peau­fi­ner chaque texte. J’avais com­men­cé à écrire Give My Love To Lon­don, la chan­son qui donne son titre à l’al­bum, il y a quelques an­nées dé­jà. Je ren­trais d’An­gle­terre où j’avais don­né des in­ter­views et j’étais très en co­lère ; on m’avait po­sé d’odieuses ques­tions sur ma vie pri­vée, la plus ter­rible de toutes étant “Pour­quoi avez-vous tué Jim Mor­ri­son ?” ! Ab­sur­di­té de jour­na­liste. Bref, j’ai écrit ce texte sar­cas­tique, qui ra­conte mon rap­port com­pli­qué à Londres. Au­jourd’hui, je par­tage mon temps entre Pa­ris et ma mai­son en Ir­lande. Et ça me fait du bien de me te­nir à l’écart du tu­multe de la vie so­ciale. De toute fa­çon, je ne bois plus, je ne fume même plus de ci­ga­rettes, rien ! Alors à moins d’être en com­pa­gnie de gens ab­so­lu­ment fas­ci­nants, je m’en­nuie­rais à pé­rir en soi­rée. Je fais le plein de ren­contres et de contacts à mes réunions des Al­coo­liques ano­nymes ! C’est la vé­ri­té, tant pis pour la lé­gende... Plus on est fou étant jeune, plus on de­vient sage en vieillis­sant, je crois. Pen­dant des an­nées, j’ai­mais tra­vailler la nuit ; au­jourd’hui plus du tout.

En gé­né­ral, pour écrire, je m’as­sieds de­vant la grande table de ba­teau ir­lan­daise que je pos­sède de­puis des an­nées. J’écris des textes dans des car­nets de notes jaunes. Cette fois- ci, je ne sais pas pour­quoi, j’ai beau­coup écrit sur l’amour. Étrange pour moi qui ne suis ha­bi­tuel­le­ment pas de na­ture pleur­ni­charde. Cet al­bum est en­tiè­re­ment dé­dié à Fran­çois [Ra­vard, son pro­duc­teur et com­pa­gnon de­puis vingt ans]. Pour chaque chan­son, j’ai fait ap­pel à des gens que j’admire. Avec Nick Cave, nous sommes très amis et nous nous com­pre­nons par­fai­te­ment. Late Vic­to­rian Ho­lo­caust, la chan­son qu’il a écrite et com­po­sée pour l’al­bum, parle des ad­dicts, de la dé­pen­dance et de ce que l’on ap­pelle « eu­pho­ric re­call », une ver­sion idéa­li­sée du pas­sé. Quel ta­lent il a, il peut écrire une chan­son par jour ! Moi, je suis beau­coup plus lente... Il y a aus­si une re­prise de Price of Love, des Ever­ly Bro­thers. Phil Ever­ly ve­nait de mou­rir, et la chan­son était évi­dente, par­faite. Avec Keith [Ri­chards], de­puis tou­jours, c’est notre groupe, les Ever­ly : dès que nous nous voyons, nous chan­tons leurs mor­ceaux. Bien sûr, il avait très en­vie de ve­nir jouer de la gui­tare sur ce titre, mais il n’a pas pu se li­bé­rer, il était en tour­née avec les Stones.

Il y a aus­si une chan­son de Leo­nard Co­hen, ex­traite de son avant- der­nier al­bum, que j’ai eu le sen­ti­ment de com­prendre par­fai­te­ment à la se­conde où je l’ai en­ten­due pour la pre­mière fois et que je re­prends. L’avan­tage de mon “sta­tut”, c’est que l’on n’ose pas me dire non ! Quand j’ai contac­té An­na Cal­vi – sur les conseils de Rob El­lis – et Steve Earle pour qu’ils m’écrivent des chan­sons, ils ont ac­cep­té im­mé­dia­te­ment. En même temps, le cô­té “lé­gende” me pèse énor­mé­ment. Je ne com­prends pas la dé­fé­rence, c’est vrai­ment un tas de conne­ries pour moi. Ma pa­rade, c’est de faire rire les gens, ça les dé­tend. En­suite, s’ils veulent gar­der de moi cette image de tra­ge­dy queen, c’est leur pro­blème ! » —

À 67 ans, ma­rianne

Fai­th­full a ar­rê­té l’al­cool

et les clopes : « Plus

on est fou étant jeune,

plus on de­vient sage

en vieillis­sant », dit-elle.

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