L’en­sor­ce­lante li­brai­rie Lel­lo à Por­to

Au coeur du vieux Por­to, la gran­diose li­brai­rie Lel­lo, ou­verte en 1906, a ins­pi­ré le dé­cor de la sa­ga Har­ry Pot­ter.

Vanity Fair (France) - - Sommaire - ALEXANDRE COMTE

pic­tures please un tou­riste sur­saute et rem­balle pi­teu­se­ment son ap­pa­reil pho­to. Les ven­deurs veillent tels des cer­bères. Ils rap­pellent sans cesse les vi­si­teurs à l’ordre : la li­brai­rie Lel­lo ne se découvre qu’avec les yeux. D’abord la fa­çade néo­go­thique, frap­pée ce jour- là par une pluie tor­ren­tielle qui ruis­selle de­puis les pi­nacles jus­qu’à l’arc qui sur­plombe l’en­trée. On pé­nètre ici comme dans une ca­thé­drale. Le doux éclai­rage et l’élé­gance des or­ne­ments Art nou­veau apaisent l’oeil. La beau­té de l’écrin est à la hau­teur des tré­sors qu’il ren­ferme : les livres. Ils sont par­tout. La li­brai­rie dis­pose d’un fonds de plus de 60 000 titres. Lit­té­ra­ture, sciences hu­maines, livres d’art... Le der­nier best- sel­ler de Dan Brown cô­toie la gé­niale Ode ma­ri­time du grand poète por­tu­gais Fer­nan­do Pes­soa. Les ou­vrages rares sont pro­té­gés par des vi­trines, à des hau­teurs in­ac­ces­sibles. Quelques éditions an­ciennes traînent tout de même à por­tée de main. Pour le plai­sir de les ou­vrir et d’en res­pi­rer l’odeur, pour la joie de dé­cou­vrir les beaux titres por­tu­gais de grands ro­mans fran­çais : Em bus­ca do tem­po per­di­do... L’un des trois pro­prié­taires, An­te­ro Bra­ga, 63 ans, blou­son de cuir et yeux rieurs, confie : « Quand j’étais petit, mon père me ré­pé­tait qu’ “un homme qui ne lit pas n’est pas un homme.” » Il nous convie au pre­mier étage. Il faut grim­per les marches rouge car­min d’un in­croyable es­ca­lier en forme de huit. Quelques tables de ca­fé ont été ins­tal­lées près des fe­nêtres à car­reaux. Der­rière, la brume guette. Trois vieilles dames fran­çaises se ré­chauffent de­vant un thé fu­mant : « On a vou­lu res­ter un petit mo­ment au mi­lieu des livres, pour pro­fi­ter de l’am­biance. » De l’eau goutte à tra­vers un car­reau man­quant du vitrail zé­ni­thal re­pré­sen­tant un for­ge­ron mar­te­lant son en­clume... J. K. Row­ling, l’au­teure de la sa­ga Har­ry Pot­ter, a vé­cu à Por­to au dé­but des an­nées 1990 : ses heures pas­sées par­mi les gri­moires de la li­brai­rie Lel­lo lui ont ins­pi­ré l’am­biance et les dé­cors la­by­rin­thiques de son école des sor­ciers.

An­te­ro Bra­ga nous offre un verre de vin doux. Voi­là bien­tôt vingt ans qu’il règne sur les lieux. « Quand j’ai re­pris la li­brai­rie, elle mar­chait mal. C’était comme une femme très jo­lie mais en­dor­mie. Il a fal­lu la ra­ni­mer », ra­conte- t- il en fran­çais. Pour lui re­don­ner v ie, il a res­tau­ré l’édi­fice et mul­ti­plié les évé­ne­ments cultu­rels : lec­tures, re­pré­sen­ta­tions de théâtre et de fa­do, dé­fi­lés de mode... Et si les pho­tos sont in­ter­dites, les tou­ristes peuvent s’of­frir des sou­ve­nirs : des cartes pos­tales, des sa­vons, ou en­core de l’huile d’olive au nom de la li­brai­rie. An­te­ro Bra­ga sou­rit : « Un bon li­braire est un bon ges­tion­naire. C’est le prix à payer pour res­ter in­dé­pen­dant. » On pré­fère re­par­tir avec un livre. Mais on pour­rait ne ja­mais quit­ter l’en­droit : il y a as­sez de lec­ture pour toute une vie, et de­hors il pleut tou­jours. —

Ex­tra­va­gance ar­chi­tec­tu­rale,

la li­brai­rie Lel­lo est l’une

ma­gni­fi­cence or­ne­men­tale :

des fier­tés du pa­tri­moine por­tu­gais.

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