La guerre de l’art en Chine

À l’heure où s’ouvre, à Pa­ris, l’ex­po­si­tion « Inside Chi­na », ALEXIS JA­KU­BO­WICZ s’est fau­fi­lé dans un monde où l’art est de­ve­nu une arme éco­no­mique.

Vanity Fair (France) - - Sommaire -

C’est une vi­déo d’une mi­nute à peine, pos­tée par CNN en oc­tobre 2012. On y voit Ban Ki-moon, hi­lare, mi­mer les gestes ca­va­liers de Gan­gnam Style. Le phé­no­mène, qui frise le mil­liard de vues sur YouTube, s’in­vite à l’ONU après s’être ré­pan­du en pa­ro­dies sur la cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine. L’ir­ré­vé­rence ju­bi­la­toire de Psy est de­ve­nue un mème po­li­tique. Tan­dis qu’un quart de la pla­nète, conquise aux bouf­fon­ne­ries K-pop, fre­donne un air en co­réen, la Chine reste in­ter­dite et re­çoit Gan­gnam Style comme un bai­ser ba­veux de Séoul. L’es­to­cade vien­dra pour­tant de l’in­té­rieur. Dans le flux de re­prises pos­tées chaque jour sur In­ter­net, sur­git le 24 oc­tobre une ver­sion de l’ar­tiste Ai Wei­wei. Aus­si­tôt ef­fa­cé, le tour de piste est adou­bé par les prin­ci­paux sites d’in­for­ma­tion eu­ro­péens et amé­ri­cains. On y voit le dis­si­dent chi­nois chou­chou des Oc­ci­den­taux, mou­lé dans un T-shirt rose, agi­ter des me­nottes entre deux plans du clip ori­gi­nal. Dé­si­gné comme la per­son­na­li­té la plus puis­sante de l’art contem­po­rain par le clas­se­ment d’Art Re­view en 2011, Ai Wei­wei voit son ca­pi­tal de sym­pa­thie aug­men­ter à chaque fois que Pé­kin ap­puie sur le bou­ton de la cen­sure. Pour Stéphanie Balme, char­gée de re­cherches à Sciences Po, Ai Wei­wei ren­voie une image du pou­voir dé­tes­table mais donne aus­si à voir une Chine dy­na­mique et mo­derne. Pa­ra­doxa­le­ment, avec ces mil­lions de clics, il in­carne à sa fa­çon le soft po­wer chi­nois. L’art est une arme éco­no­mique et po­li­tique pour un pays par­ti à la conquête du mar­ché mon­dial.

Dans ce conflit comme dans les autres, la Chine n’a qu’un seul ad­ver­saire : les États-Unis. Dans les rap­ports don­nant les chiffres clés du mar­ché de l’art, on voit de­puis quatre ans Pé­kin, Shan­ghai et Hong Kong ta­lon­ner – voire dé­pas­ser se­lon les sources – la puis­sance amé­ri­caine. En­core ab­sent il y a dix ans de ce cré­neau, le géant chi­nois dé­ploie dé­sor­mais une éner­gie consi­dé­rable pour com­bler son re­tard : banques, ins­ti­tu­tions pu­bliques et bâ­tis­seurs pri­vés s’ac­tivent

« Re­li­sez Ma­chia­vel ! Une guerre n’est consom­mée que quand l’une des par­ties s’ap­pro­prie l’art des autres. »

Thier­ry Ehrmann, pré­sident d’Art­price

Par­mi les nou­veaux

ac­teurs du mar­ché

de l’art chi­nois,

le col­lec­tion­neur Adrian

Cheng, 30 ans, pèse

46 mil­liards de dol­lars.

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