La bo­bine MAN­QUANTE

Isa­belle Ad­ja­ni nous a par­lé comme si elle sor­tait DU TOUR­NAGE.

Vanity Fair (France) - - Éditorial -

Di­rec­tion Rois­sy-Charles- de-Gaulle. Dé­part pour Los An­geles à 10 h 30 en Air­bus A330. J’y vais pour tra­vailler avec le pho­to­graphe Jean-Bap­tiste Mon­di­no – on ver­ra ça dans un pro­chain nu­mé­ro. Nous sommes heu­reux comme deux en­fants – que nous ne sommes plus de­puis long­temps si l’on en croit l’état ci­vil (mais ce­lui- ci n’est pas tou­jours fiable, comme disent cer­taines ac­trices pas­sé la qua­ran­taine ou plus). À bord, nous re­gar­de­rons un ou deux films. Pro­ba­ble­ment pas La Reine Mar­got. Ce n’est pas un « film d’avion », type co­mé­die ro­man­tique ou fa­mi­liale.

Il y a plu­sieurs ca­té­go­ries de longs-mé­trages : ceux dont on peut se pas­ser, ceux que l’on peut re­gar­der à la mai­son, ceux que l’on voit en avion donc et ceux que l’on ne doit voir que dans une salle de ci­né­ma so­phis­ti­quée. Mar­got est de ceux- ci. Isa­belle Ad­ja­ni a bien vou­lu ré­vé­ler à notre jour­na­liste Florence Co­lom­ba­ni ce qu’elle avait gar­dé pour elle sur le tour­nage du plus grand suc­cès de Pa­trice Ché­reau (2 mil­lions de spec­ta­teurs, des Cé­sars, des prix à Cannes...) – une pro­duc­tion de Claude Ber­ri, une col­la­bo­ra­tion entre la scé­na­riste de La Boum, Da­nièle Thomp­son, et le réa­li­sa­teur de L’Homme bles­sé. Mar­gue­rite de Va­lois, re­vue par Thomp­son, passe du per­son­nage ef­fa­cé d’Alexandre Du­mas à l’hé­roïne écla­tante de Pa­trice Ché­reau. Ce der­nier, qui a vou­lu exer­cer une em­prise to­tale sur le film et le cas­ting, s’est heur­té, avec Isa­belle, à une autre per­son­na­li­té puis­sante. Les té­moi­gnages de Pas­cal Greg­go­ry, de Da­niel Au­teuil (pré­fé­ré fi­na­le­ment à Pa­trick Bruel) et de Jean-Hugues An­glade éclairent ce film mieux que le chef opé­ra­teur, qui a pour­tant fait du très bon bou­lot. Cet ar­ticle est la bo­bine qui man­quait pour mieux ap­pré­cier une Reine Mar­got vouée à ne pas prendre une ride, fi­gée dans notre ima­gi­naire. Vingt ans après sa sor­tie, le film est plus que ja­mais contem­po­rain – par ses thèmes (la vio­lence et l’intolérance re­li­gieuse) et par son es­thé­tique qui a fixé le ca­non du film his­to­rique. Isa­belle Ad­ja­ni nous a par­lé comme si elle sor­tait du tour­nage, comme si Pa­trice Che­reau était tou­jours là.

L’avion a bien dé­col­lé pour la Ca­li­for­nie mais on ne res­te­ra pas à L.A. avec Jean-B. On ne met­tra donc pas les pieds au Be­ver­ly Hills Ho­tel, haut lieu du gla­mour hol­ly­woo­dien jus­qu’en 2013, dé­ser­té au­jourd’hui parce que le sul­tan de Bru­nei a an­non­cé qu’il al­lait ap­pli­quer la cha­ria dans son pays. On vous le di­ra page 166 et sui­vantes avec plein de dé­tails : la ré­pu­ta­tion des lieux culte est une chose fra­gile.

Nous al­lons bien­tôt nous po­ser et je frime en ra­con­tant l’his­toire du mys­té­rieux Ra­ni As­saf. Ja­mais en­ten­du par­ler ? C’est nor­mal : il ne s’ex­prime ja­mais en pu­blic, on ne le voit ja­mais. Il a in­ven­té la Free­box mais veut res­ter ano­nyme dans l’ombre de Xa­vier Niel. Et c’est sur la pe­louse d’un stade que Va­ni­ty Fair l’a fi­na­le­ment re­trou­vé et dé­mas­qué. Car As­saf n’a qu’un point faible : il est dingue de foot. Per­sonne n’est par­fait, j’en conviens. « En­joy », comme on dit en Amé­rique.

PS : Nous sommes bien ar­ri­vés à Los An­geles, dans la val­lée de la Mort. Mais en re­vien­drons-nous ? �

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