Du vin POUR LE 19

DU PRO­PRIÉ­TAIRE.

Vanity Fair (France) - - Éditorial -

LMICHEL DE­NI­SOT

e vin m’in­té­resse au­tant que le ci­né­ma. Il y a trois ans, mon ca­viste du VIe ar­ron­dis­se­ment m’a fait dé­cou­vrir six bou­teilles de ro­sé, bien ca­chées der­rière son comp­toir. Le ro­sé n’est pas mon fort, il le sait. Mais il était, à l’époque, l’un des seuls à dé­te­nir la pre­mière pro­duc­tion du vi­gnoble de Mi­ra­val. Au dos de la bou­teille, j’ai lu : « Mis en bou­teille par Pitt­Jo­lie et Per­rin ». Cu­rieux (et pour fri­mer un peu), j’ai ache­té. Il m’en reste trois bou­teilles : ce ro­sé n’a pas fait un triomphe par­mi mes proches. Il est cor­rect mais les vrais ama­teurs de vin ne se pré­oc­cupent pas du nom du pro­prié­taire des vignes. Je le sa­vais, je l’avais ou­blié. Le couple hol­ly­woo­dien est my­thique au ci­né­ma. Pour le reste, Brad et An­ge­li­na sont comme vous et moi. En­fin presque.

Si An­ge­li­na Jo­lie est en couverture, c’est pour une autre rai­son : sa vie, son en­ga­ge­ment. Elle a ré­cem­ment an­non­cé dans la presse aus­tra­lienne qu’elle pour­rait mettre sa car­rière d’ac­trice entre pa­ren­thèses : « Je suis bien plus heu­reuse comme réa­li­sa­trice. J’aime suivre un projet du dé­but à la fin. » Dont acte : elle pré­pare un troi­sième film, By the Sea, dans le­quel elle joue au cô­té de son ma­ri. Dans ce nu­mé­ro, on vous ra­conte tout : Mi­ra­val, Brad, ses en­ga­ge­ments hu­ma­ni­taires, ses bles­sures, sa force.

Après le ca­viste : la li­brai­rie – à vol d’oi­seau, c’est tout près. Sha­kes­peare and Com­pa­ny est la plus cé­lèbre du monde, à deux pas de la Sor­bonne, avec vue sur la Seine si les cu­rieux ne sont pas trop nom­breux de­vant les vi­trines. Un Amé­ri­cain, George Whit­man, a re­pris cette li­brai­rie an­glo­phone après la guerre. Quelque 30 000 écri­vains en herbe y ont sé­jour­né, écrit, son­gé, vé­cu. Re­paire de He­ming­way, de Fitz­ge­rald, de Joyce (qui n’est pas en­ter­ré dans la cave comme le dit la lé­gende) et des mil­liers d’autres qui y ont beau­coup cher­ché et ont par­fois trou­vé. George vi­vait dans sa bou­tique, à la fois bel homme et pa­ti­bu­laire. Un jour il vous ado­rait, le len­de­main il vous igno­rait. Ro­man­cier contra­rié plus qu’au­then­tique li­braire, il a créé au­tour de lui un monde rê­vé, sans conces­sion ni com­pro­mis, s’in­ven­tant une presque bio­gra­phie avec quelques pages de vé­ri­té. Sa fille Syl­via a eu avec lui une re­la­tion loin­taine, puis très proche. Au­jourd’hui, elle a pris la suite, fait ins­tal­ler le té­lé­phone et connec­té Sha­kes­peare’s au reste du monde. Là, cha­cun se sent comme un écri­vain. Son té­moi­gnage fait de cha­cun d’entre nous un fa­mi­lier de cette ins­ti­tu­tion dont l’his­toire n’a pas fi­ni de s’écrire.

Qui est Pe­ter Ma­ri­no, l’ar­chi­tecte au look de po­li­cier des Vil­lage People qui des­sine pour les très clas­siques Ber­nard Ar­nault (LVMH), Alain Wer­thei­mer (Cha­nel), toutes les marques de luxe et tous les mil­liar­daires ? Sor­ti de l’ano­ny­mat par An­dy Wa­rhol, ce sexa­gé­naire qui cache son âge a re­çu Va­ni­ty Fair dans les Hamp­tons. Karl La­ger­feld dit de lui : « Il a un look cou­ra­geux avec des pro­pos drôles, sou­vent très ba­ckroom. » En fait c’est Jane, sa femme, blonde et dis­tante, qui lui a conseillé : « Ché­ri, dans ta pro­fes­sion, c’est sû­re­ment mieux pour toi d’avoir l’air gay. » Ce bo­dy­buil­dé qui ne porte pas de par­fum est très culti­vé. Il par­tage les pas­sions de ses clients, s’adapte, tout comme il trans­forme les lieux qui lui sont confiés.

An­ge­li­na, Brad, George, Syl­via, Pe­ter... Ils sont à leur place dans les pages de ce Va­ni­ty Fair nu­mé­ro 19. « En­joy », comme on dit en Amé­rique. �

Les vrais ama­teurs ne se pré­oc­cupent pas du nom

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