« FOX­CAT­CHER », L’AMÉ­RIQUE K.O. DE­BOUT

Un mil­liar­daire cin­glé, deux lut­teurs achar­nés, un com­bat à la vie à la mort. JA­CKY GOLD­BERG ra­conte pour­quoi le film de Ben­nett Miller, por­trait hal­lu­ci­né d’¹ une Amé­rique blanche en dé­com­po­si­tion, peut créer la sur­prise aux Os­cars.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

Co­mète dans le ciel en­com­bré et ma­nu­fac­tu­ré de la pro­duc­tion hol­ly­woo­dienne, Fox­cat­cher est à tout point de vue un film sin­gu­lier : par le par­cours de son réa­li­sa­teur, Ben­nett Miller (qui per­mit à Phi­lip Sey­mour Hoff­man d’ob­te­nir son seul os­car en 2006 pour son rôle dans le cré­pus­cu­laire bio­pic Truman Ca­pote) ; par son mo­dèle de pro­duc­tion (An­na­pur­na Pic­tures, la so­cié­té de la jeune mil­liar­daire Me­gan El­li­son) réunis­sant ri­chesse, sé­cu­ri­té et au­dace (le tri­angle im­pos­sible) ; par son cas­ting mê­lant une star du rire (Steve Ca­rell), une star du muscle (Chan­ning Ta­tum) et une star... di­sons de l’élé­gance (Mark Ruf­fa­lo). Sin­gu­lier, en­fin, par le por­trait hal­lu­ci­né qu’il dresse d’une Amé­rique en­ra­ci­née et pour­ris­sant sur pied. Une sin­gu­la­ri­té qui fait du qua­trième film de Ben­nett Miller un sé­rieux pré­ten­dant aux Os­cars.

Des gen­tils­hommes à che­val, cor en main ; des chiens de chasse gam­ba­dant à leurs pieds, re­ni­flant le sol ; des re­nards ten­tant de fuir, et bien­tôt rat­tra­pés, inexo­ra­ble­ment... Ain­si com­mence Fox­cat­cher, par des images d’ar­chives en noir et blanc, gra­nu­leuses, tein­tées d’une joie dif­fuse, comme échap­pées d’un rêve. « J’ai vou­lu plan­ter une graine dans la tête du spec­ta­teur, vou­lu que tout ce qui suc­cède soit comme han­té par ces images d’un autre temps, d’un autre monde », m’ex­plique Ben­nett Miller, d’un phra­sé qui lui fe­ra pe­ser chaque mot pen­dant toute l’heure que nous pas­se­rons en­semble. Elles contrastent vio­lem­ment avec la suite – le contraste étant sans doute la fi­gure de style pré­do­mi­nante du film. Après ces quelques mi­nutes in­tro­duc­tives, nous dé­cou­vrons le cham­pion de lutte Mark Schultz, sous les traits épais de Chan­ning Ta­tum. Il se bat contre un pantin. Dans le gym­nase, seul, il at­trape la pauvre pou­pée de cuir, lui as­sène des coups, la plaque ra­geu­se­ment. Puis, sa mé­daille olym­pique au cou, il s’en va ânon­ner un dis­cours va­gue­ment pa­trio­tique à des ly­céens ha­gards, avant de ren­trer chez lui man­ger des nouilles chi­noises lyo­phi­li­sées. Seul. Plus tard, son grand­frère Dave (Mark Ruf­fa­lo), cham­pion de lutte lui aus­si, le re­join­dra à l’en­traî­ne­ment mais rien ne dit qu’il se sen­ti­ra moins seul.

« L’autre monde » qu’évoque Ben­nett Miller est ce­lui de John Eleu­thère du Pont, hé­ri­tier d’une ri­chis­sime fa­mille d’ori­gine fran­çaise (du Pont de Ne­mours) ayant fait for­tune au dé­but du xixe siècle dans la ma­nu­fac­ture de poudre à ca­nons et plus tard dans la chi­mie. Dans la deuxième moi­tié des an­nées 1980, cet ex­cen­trique mil­liar­daire, à qui Steve Ca­rell prête ici son corps en­com­bré, s’était mis en tête de mon­ter une équipe de lutte libre, sport re­la­ti­ve­ment po­pu­laire aux États­Unis et in­fi­ni­ment plus tech­nique que l’in­élé­gance ap­pa­rente de ses gestes peut le lais­ser croire. En vue de rem­por­ter les Jeux olym­piques de Séoul en 1988, il a donc mis à dis­po­si­tion de quelques cham­pions (dont les frères

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