L’ÉTRANGE JA­PON D’OSHI­MA

Jean-Claude Car­rière, scé­na­riste et ami de Na­gi­sa Oshi­ma, évoque leur collaboration sur Max mon amour et le rap­port que le réa­li­sa­teur ja­po­nais en­tre­te­nait avec le ci­né­ma fran­çais, son pays et la condi­tion hu­maine. Par ADRIEN GOM­BEAUD

Vanity Fair (France) - - Reportage -

Àceux qui em­ployaient l’ex­pres­sion « Nou­velle Vague ja­po­naise », Na­gi­sa Oshi­ma ré­pon­dait par­fois : « Go­dard est l’Oshi­ma fran­çais ». Au­teur des Contes cruels de la jeu­nesse, de L’Em­pire des sens ou de Fu­ryo, il a aus­si bien fré­quen­té les ci­né- clubs que les tri­bu­naux, les marches de Cannes que les pla­teaux de talk­show. Il fit dé­bu­ter Ki­ta­no au ci­né­ma et don­na à Da­vid Bo­wie son plus grand rôle. Re­belle et dan­dy, Oshi­ma était une idole. Il était sur­tout un ex­plo­ra­teur. Un Ja­po­nais qui pas­sa la der­nière par­tie de sa car­rière dans les avions, comme pour cher­cher au bout du monde des ré­ponses à ses ques­tions. Aux cô­tés de ses chefs- d’oeuvre se cache même un film fran­çais : l’at­ta­chant Max mon amour. L’en­fant mal-ai­mé d’Oshi­ma et de Jean-Claude Car­rière fê­te­ra ses trente ans l’an pro­chain. Par un jour de pluie, le scé­na­riste ouvre la porte de son hô­tel par­ti­cu­lier de Mont­martre pour évo­quer ce film fran­çais réa­li­sé par un Ja­po­nais, où « 99 % du dia­logue étaient écrits en an­glais... et le reste en singe ».

Au dé­but des an­nées 1980, Car­rière a dé­jà tra­vaillé avec Louis Malle, Mi­loš For­man ou en­core Jean-Luc Go­dard. Il a sur­tout col­la­bo­ré avec Luis Buñuel dont les der­niers films ont été pro­duits par le fa­bu­leux Serge Sil­ber­man. Is­su d’une fa­mille russe, « né en route » se­lon ses propres mots, puis res­ca­pé des camps de con­cen­tra­tion, Sil­ber­man est de­ve­nu l’un des pro­duc­teurs les plus brillants de sa gé­né­ra­tion. Mort en 2003, son nom reste as­so­cié aus­si bien à Jean-Pierre Mel­ville ou Re­né Clé­ment que Jean-Jacques Bei­neix. « Il avait eu un ac­ci­dent de voi­ture à New York, se sou­vient Car­rière. Ça ne l’a pas em­pê­ché de se rendre au Ja­pon en fau­teuil rou­lant et de si­gner avec Ku­ro­sa­wa et Oshi­ma ! Il a pro­duit Ran pour Ku­ro­sa­wa et m’a de­man­dé une idée pour Oshi­ma. » Le scé­na­riste lance ra­pi­de­ment la trame : un di­plo­mate bri­tan­nique en poste à Pa­ris soup­çonne son épouse d’avoir une liai­son. Après une brève en­quête, il s’aper­çoit que l’amant en ques­tion est un... chim­pan­zé ! Oshi­ma ap­pré­cie tout de suite ce sy­nop­sis hors du com­mun et Car­rière s’en­vole pour To­kyo. « Où que j’aille, je me sens chez moi, néan­moins le Ja­pon est res­té une terre étrange. Pe­ter Brook avait l’ha­bi­tude de dire : “Dieu a créé les hommes... sauf les Ja­po­nais !” Pour lui, c’était un monde à part. » Au plus ex­trême de l’Ex­trême- Orient, le scé­na­riste fran­çais est at­ten­du par le plus ex­trême des ci­néastes ja­po­nais.

NDANSES D’AMOUR ET DE MORT

agi­sa Oshi­ma, 53 ans, a plus d’une ving­taine de films der­rière lui. Né à Kyo­to, il a pu­blié ses pre­mières cri­tiques dans les an­nées 1950 et réa­li­sé son pre­mier film pour les stu­dios Sho­chi­ku dès 1959. Son as­cen­sion ra­pide s’ex­plique par le fos­sé cultu­rel qui sé­pare alors les di­ri­geants du stu­dio des spec­ta­teurs. La jeu­nesse qui porte des jeans et écoute du rock n’a plus au­cun point com­mun avec ses pa­rents. Pour cap­ter ce pu­blic, la Sho­shi­ku fait ap­pel à des réa­li­sa­teurs dé­bu­tants. En 1960, coup sur coup, Oshi­ma tourne ain­si deux grands films

Le réa­li­sa­teur Na­gi­sa Oshi­ma

et Char­lotte Ram­pling pré­sentent

Max mon amour au Festival

de Cannes en 1986.

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