EMIR KUS­TU­RI­CA

Vanity Fair (France) - - Vanity Fair Flashback -

Vue sous cet angle, An­dric­grad semble moins ins­pi­rée par l’es­prit d’Ivo An­dric que par ce­lui de Pe­tar II Pe­tro­vic-Nje­gos, dont la sta­tue ca­far­deuse oc­cupe une place de choix juste en face de l’église or­tho­doxe de Kus­tu­ri­ca. Nje­gos, prince évêque du Mon­té­né­gro de 1830 à 1851, est vé­né­ré pour son grand poème épique de la na­tion serbe, La Cou­ronne de mon­tagne. Il y fait le récit de la vic­toire des Serbes sur les Turcs : « Nous avons fait brû­ler les mai­sons turques / pour qu’il n’y ait plus de restes ni de traces de ces ser­vi­teurs du diable. » Dans son his­toire des Serbes, Tim Ju­dah fait re­mar­quer qu’il « se­rait in­con­ce­vable au­jourd’hui d’ap­por­ter la moindre consi­dé­ra­tion à une poé­sie cé­lé­brant le meurtre des Juifs et la des­truc­tion des sy­na­gogues, quelles que soient ses qua­li­tés lit­té­raires... »

Les vers cruels de Nje­gos pour­raient tout aus­si bien dé­crire des cau­che­mars en­core très frais dans la ré­gion. D’après le tri­bu­nal de l’ONU ju­geant les crimes de guerre, les mi­lices pa­ra­mi­li­taires serbes se sont mises à vio­ler et tuer, au prin­temps 1992, les mu­sul­mans de Vi­se­grad qui re­pré­sen­taient les deux tiers de la po­pu­la­tion (la po­pu­la­tion mu­sul­mane avait été, au préa­lable, lar­ge­ment désar­mée par les troupes you­go­slaves qui se sont re­ti­rées avant que les mas­sacres ne com­mencent). De mai à juin, on voyait des corps de mu­sul­mans flot­ter sur la Dri­na tous les jours. 2 000 furent tués dans les pre­miers mois de la guerre. Les deux mos­quées de la

Sur le chan­tier d’An­dric­grad, la ville de Kus­tu­ri­ca, en juin 2014.

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