« LE PLUS DUR A ÉTÉ D’AP­PRENDRE À CHAN­TER ! »

Dans Love & Mercy, Paul Da­no in­carne un Brian Wil­son ron­gé par ses dé­mons. Il ra­conte com­ment il s’est glis­sé dans la peau du cé­lèbre Beach Boy.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CLÉ­MEN­TINE GOLD­SZAL

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J’ai gran­di sur la côte Est, à New York, mais j’étais un grand fan des Beach Boys, ce groupe em­blé­ma­tique du style de vie ca­li­for­nien des an­nées 1960. La mu­sique des Beach Boys, tout Amé­ri­cain l’en­tend dès sa tendre en­fance. En re­vanche, je ne connais­sais pas l’his­toire de Brian Wil­son, ni ses dé­boires ra­con­tés dans le †lm Love & Mercy. Il est trou­blant de dé­cou­vrir que sa mu­sique, qui a fait sou­rire tant de gens, ve­nait d’une âme si tour­men­tée. C’est un for­mi­dable su­jet, et l’ap­proche scé­na­ris­tique du film est pas­sion­nante : plu­tôt que de re­tra­cer le par­cours de Wil­son de sa nais­sance à au­jourd’hui, la nar­ra­tion se concentre sur deux mo­ments de sa vie, l’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum Pet Sounds et la ren­contre avec sa femme Me­lin­da. C’était un pa­ri osé, pas­sion­nant et un rôle pas évident. J’avais donc toutes les rai­sons d’ac­cep­ter !

Par chance, je †nis­sais un autre †lm quand je me suis mis à tra­vailler sur le rôle de Brian, et j’ai eu six mois pour m’en im­pré­gner. Je n’ai pas vou­lu le ren­con­trer tout de suite, car il est très di“érent de ce qu’il était dans les an­nées 1960 : un jeune gar­çon à qui tout réus­sit, mais en proie à de ter­ribles con•its in­té­rieurs. J’ai d’abord lu tout ce que je pou­vais lire, écou­té les al­bums, les ses­sions d’en­re­gis­tre­ment en stu­dio, re­gar­dé des vi­déos, des photos, par­lé à son en­tou­rage. Et quand je l’ai †na­le­ment ren­con­tré, je tra­vaillais dé­jà sur le rôle de­puis quelques mois. Il est drôle, hon­nête. C’était for­mi­dable. Le plus di—cile a été d’ap­prendre à jouer du pia­no et à chan­ter. Je joue un peu de gui­tare, mais il m’a fal­lu tra­vailler dur. La pro­duc­tion a fait por­ter un pia­no à queue chez moi pen­dant le tour­nage ; je m’y as­seyais chaque ma­tin. C’est exi­geant, mais il était in­ima­gi­nable de pré­tendre « jouer » Brian Wil­son sans étu­dier la mu­sique : Brian est tout en­tier dans sa mu­sique. J’ai donc pris des cours de chant pour étendre ma tes­si­ture et pou­voir chan­ter dans les scènes où on le voit en stu­dio du­rant l’en­re­gis­tre­ment de Pet Sounds. Nous avions aus­si des mu­si­ciens qui jouaient en live, et nous avons tour­né dans le stu­dio où le disque a réel­le­ment été conçu, Uni­ted Wes­tern Re­cor­ders (au­jourd’hui re­bap­ti­sé East West Stu­dios), sur Sun­set Bou­le­vard, à Los An­geles.

J’ai aus­si dû prendre une quin­zaine de ki­los car Brian était un gar­çon plu­tôt en­ve­lop­pé. Pas de chance, quand je suis ar­ri­vé aux pre­miers es­sayages, j’étais un peu trop gros ; j’ai dû re­perdre un peu de poids... En ce qui concerne les graves pro­blèmes psy­chia­triques de Brian, je suis ar­ri­vé à les abor­der par le biais de sa mu­sique et de sa ma­nière d’être quand il tra­vaillait, plu­tôt que l’in­verse. Une fois que j’ai in­té­gré sa mu­sique –¦cet as­pect fon­da­men­tal de sa per­son­na­li­t首 j’ai pu ex­plo­rer plus pro­fon­dé­ment les luttes in­té­rieures du per­son­nage. L’idée n’était pas de jouer la ma­la­die men­tale dans ses e“ets, mais d’in­car­ner le com­bat in­time qu’il me­nait contre cette ma­la­die. Brian en­ten­dait des voix, il a été (mal) diag­nos­ti­qué comme schi­zo­phrène à l’époque. Dans les an­nées 1960, on en sa­vait beau­coup moins qu’au­jourd’hui sur les troubles psy­cho­tiques. Et puis Brian a pris pas mal de drogues, il a eu une en­fance très dure avec un père ter­ri­ble­ment strict et exi­geant. Les autres membres du groupe (ses frères et son cou­sin), ne com­pre­naient pas son am­bi­tion, ils ne le sou­te­naient pas dans son rêve ar­tis­tique... Ça a été un rôle in­tense, phy­si­que­ment et émo­tion­nel­le­ment. Le tour­nage ter­mi­né, je n’ai pas pu tra­vailler pen­dant un pe­tit mo­ment. Mais je ne me suis ja­mais au­tant amu­sé sur un pla­teau.¦» —

Paul Da­no

en Brian Wil­son

dans le film

Love & Mercy.

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