NOU­VELLES VAGUES À BELLE-ÎLE

Aux pa­villons bleus des plages de ci­né­ma, celle de Don­nant a che un vi­gou­reux pal­ma­rès qu’évoque ADRIEN GOM­BAUD, seul sur le sable, les yeux dans l’eau.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

En 1968, plante sa caÉ­ric Roh­mer mé­ra sur une plage de Belle-Île- en­Mer. Ici s’achè­ve­ra son troi­sième « conte mo­ral ». Jean-Louis (

Jean-Louis ), jeune in­gé­nieur très pieux a Trin­ti­gnant pas­sé à Clermont-Fer­rand une chaste mais trou­blante Nuit chez Maud. Cinq ans plus tard, quand s’ouvre la der­nière scène, il a épou­sé Fran­çoise ( Mar ie- Chr i s t ine

). Sur cette Bar­rault plage, par ha­sard, ils re­trouvent Maud ( ). Fran­çoise Fa­bian Et sou­dain Jean-Louis com­prend que les deux femmes ont une his­toire com­mune qui le dé­passe. Belle-Île fut im­po­sée par Trin­ti­gnant qui n’avait au­cune en­vie d’in­ter­rompre ses va­cances. De toutes les plages de l’île, Roh­mer élit Don­nant, son mince che­min qui sillonne entre les dunes pour dé­bou­cher sur l’im­mense ver­tige qui sai­sit Jean-Louis. « De toute fa­çon, c’est loin, c’est très loin, sou’e Fran­çoise, et puis on avait dit qu’on n’en par­le­rait plus. » Don­nant est bien le lieu de toutes les in­cer­ti­tudes. La dune se laisse sculp­ter par le temps mais la ma­rée soyeuse peut se mon­trer sans pi­tié. Le pho­to­graphe

Phi­lippe connaît la plage mieux que perDan­nic sonne. Voi­là treize–ans qu’il s’y rend quo­ti­dien­ne­ment, ob­sé­dé par la houle. Une ou deux fois par an, con˜rme-t-il, l’océan dé­vore un pro­me­neur im­pru­dent. Cette même plage fut le théâtre d’un fa­meux nau­frage de ci­né­ma. En 1947,

et reCar­né Pré­vert prennent un scé­na­rio d’avant- guerre. La Fleur de l’âge réunit no­tam­ment ,

Ar­let­ty Serge Reg­gia­ni et Anouk, une jeune co­mé­dienne. Entre deux prises, Pré­vert lui donne son nom d’ac­trice, « deux fois cinq lettres » :

. Sa­bor­dé par les in­temA­nouk Ai­mée pé­ries et les dé­pas­se­ments de bud­get, le ˜lm ˜ni­ra par dis­pa­raître. De cette Fleur ne res­tent que les belles photos de pla­teau d’ . Anouk, à Don­nant, les

Émile Sa­vi­try che­veux dans le vent. Au­tre­ment ins­pi­ré, un jour­na­liste de Ci­né­vie dé­cri­vit quant à lui les Bel­li­lois ad­mi­rant

Mar­tine Ca­rol « dans le plus simple ap­pa­reil car la jo­lie ve­dette ne veut pas avoir la poi­trine bron­zée comme un yaourt, pour em­ployer les termes consa­crés ». Don­nant tire aus­si sa re­nom­mée d’un nu moins val­lon­né. En 1972, in­flige un

Alain De­lon Trai­te­ment de choc à Annie Gi­rar­dot. Le réa­li­sa­teur Alain Jes­sua pré­voit une scène de bain et toute l’équipe se désha­bille en­tiè­re­ment. De­lon hé­site, ôte le haut, puis fait val­ser le bas. Et voi­là la star qui ca­vale pour se ruer dans les vagues et as­su­rer la pos­té­ri­té du ˜lm. Don­nant ap­pa­raî­tra en­core en 1988 dans le gentillet Chouans ! de . En pleine

Phi­lippe de Bro­ca Ré­vo­lu­tion, y pose un pro­to­type

Noi­ret d’ULM ! Bro­ca re­pose à Belle-Île. Sur sa tombe, il est gra­vé : « J’ai as­sez ri. » En ren­trant de la plage, on se rap­pelle en˜n les der­niers mots de Trin­ti­gnant : « Oui, c’est vrai, ça n’a ab­so­lu­ment au­cune im­por­tance. » Et la vague de Don­nant ra­mène le sou­ve­nir de la Nuit chez Maud sans en e¨acer les traces. ©

En 1972, Alain De­lon

court nu sur la plage

pour Trai­te­ment

de choc d’Alain Jes­sua.

Un mince che­min entre

les dunes dé­bouche sur

le ver­tige de Don­nant.

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