Nom de code : les Gracques. Ob­jec­tif : conver­tir la gauche fran­çaise au li­bé­ra­lisme. Ce pe­tit groupe d’hommes d’af­faires, de hauts fonc­tion­naires et d’in­tel­lec­tuels s’ac­tive de­puis 2007 dans les cou­lisses du pou­voir. MARIE-FRANCE ETCHEGOIN ré­vèle qui sont

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bien pla­cé pour le sa­voir. Mais on n’est ja­mais trop pru­dent. Les Gracques ? Un pe­tit groupe d’hommes puis­sants – quelques femmes aus­si – qui ont vou­lu im­pri­mer leur marque sur la gauche et qui se flattent d’y être par­ve­nus. Pour la plu­part, ils oc­cupent des postes haut pla­cés, sou­vent dans des banques, des com­pa­gnies d’as­su­rances, des fonds d’in­ves­tis­se­ment. Tous ont fait au moins l’ENA ou HEC. Ja­dis, ils ont traî­né leurs guêtres dans les réunions en­fu­mées du PS. Puis ils ont peu­plé les ca­bi­nets mi­nis­té­riels des an­nées 1980 et 1990, ser­vant les so­cia­listes « mo­dernes », Ro­card sur­tout mais aus­si Jos­pin, Fa­bius, Bé­ré­go­voy ou Strauss-Khan. Quand la droite est re­ve­nue au pou­voir, ils ont dé­ser­té le ser­vice de l’État pour re­joindre le monde de l’en­tre­prise. Ils y ont ga­gné beau­coup d’ar­gent mais sans ja­mais aban­don­ner tout à fait la po­li­tique. Au­jourd’hui, dans les cou­lisses du pou­voir, beau­coup évoquent les « ra­mi­fi­ca­tions » de ce ré­seau qui iraient « jus­qu’au plus haut som­met de l’État ». En gé­né­ral, ils parlent à voix basse. Aqui­li­no Mo­relle est le seul à avoir dé­si­gné pu­bli­que­ment le club, pour dé­non­cer son rôle sup­po­sé dans le « tour­nant li­bé­ral » de Fran­çois Hol­lande. C’était en avril 2014 ; le conseiller ve­nait de quit­ter l’Ély­sée après la ré­vé­la­tion de ses liens pré­su­més avec l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et de sa pas­sion pour les chaus­sures bien ci­rées. Dans la presse, il ac­cu­sait l’en­tou­rage du chef de l’État d’avoir mon­té toute « l’af­faire » pour « l’éli­mi­ner po­li­ti­que­ment » parce qu’il était « trop à gauche ». « Les Fran­çais ont vo­té pour le dis­cours du Bour­get, pas pour le pro­gramme des Gracques », avait-il lâ­ché. Au mi­lieu de son flot de ré­cri­mi­na­tions, la pique était pas­sée in­aper­çue, au moins pour les non-ini­tiés. Qui se sou­ve­nait en­core des Gracques ?

Un an plus tard, le conseiller déchu est à la ter­rasse du Bo­na­parte, veste de ve­lours et cri­nière de jais. La jus­tice vient de clas­ser sans suite les soup­çons de prise illé­gale d’in­té­rêt qui ont en­traî­né sa chute. Mais l’amer­tume creuse tou­jours le coin de ses lèvres. Sur la table, il pose une bio­gra­phie du ca­pi­taine Drey­fus. « Les Gracques ? Eh bien, je vais vous dire : leurs idées sont aux com­mandes, tout

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