« pour MMe ri­ta, fi­ni, ter­Mi­né.

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plus de 500 eu­ros la nuit, 1 500 pour une suite, s’ex­clame un vieux mar­chand de la Mé­di­na. C’était le pa­lace le plus cher du Ma­roc, et peut- être même d’Afrique ! » Al­bert de Mo­na­co et Char­lène re­vien­dront-ils se re­po­ser ici avec leurs ju­meaux, comme ils se l’étaient pro­mis ? Da­vid Ro­cke­fel­ler écri­ra- t-il en­core dans le livre d’or : « This is my fa­vou­rite place in the world » ? Pour l’ins­tant, La Ga­zelle est bien vide et le nou­veau pro­prié­taire, in­vi­sible. Il a pla­cé à la di­rec­tion, dit- on, un de ses amis char­gé de re­con­qué­rir la clien­tèle, un jeune Li­ba­nais aux al­lures de top mo­del nom­mé Ziad Na­kib.

« Ren­dez-vous compte, ce blanc-bec s’est ins­tal­lé dans le bun­ga­low du pré­sident Chi­rac, peste Ri­ta Bennis qui, de ses nom­breuses ré­si­dences, à Londres, Paris, Ca­sa­blan­ca, suit en­core tout de la vie du pa­lace. C’est kaf­kaïen, des voyous, des cor­rup­teurs, des vo­leurs, trente-trois ans d’une vie par­tis en fu­mée, comme ça... » Sa voix grince, tremble puis Ri­ta se re­prend, grande dame. Res­ter digne plu­tôt que d’ex­po­ser sa peine. Elle porte une robe Paule Ka d’un jo­li gre­nat as­sor­ti à son rouge à lèvres, un so­li­taire de reine à la main droite. Trois té­lé­phones ré­sonnent dans son ap­par­te­ment pa­ri­sien, à deux pas de l’ave­nue Montaigne. Il a du chic, comme elle, mé­lange d’an­cien et de contemporain, table Le Cor­bu­sier, lourde porte et che­mi­née res­ca­pées d’un châ­teau fort, li­tho­gra­phies de Miró et Pi­cas­so, ta­pis per­san of­fert par Fa­rah Di­ba, la veuve du shah d’Iran, sa grande amie et voi­sine de Ta­rou­dant. Le chauf­feur ap­porte, dans de la por­ce­laine fine, un ca­fé turc bien ser­ré.

« Les nuits sont courtes », souffle Ri­ta Bennis en aé­rant son bru­shing. Elle re­tient ses mots, pas son genre de par­ler aux jour­na­listes. Elle s’est tou­jours ef­for­cée de les te­nir éloi­gnés de La Ga­zelle d’or, sauf s’ils ve­naient en amis, tels Claire Cha­zal, Marc-Oli­vier Fo­giel, JeanPierre El­kab­bach ou Jean Da­niel, le fon­da­teur du Nouvel Ob­ser­va­teur. Le se­cret a tou­jours fait par­tie de son éco­sys­tème et contri­bué à son suc­cès. Ain­si, per­sonne n’a ja­mais su la vé­ri­table his­toire de ce pa­ra­dis dis­cret, où le far­niente se mêle à la po­li­tique et au bu­si­ness. « Je n’ai ja­mais par­lé pour pré­ser­ver mes hôtes qui ve­naient cher­cher chez moi re­pos et dis­cré­tion ; au­jourd’hui, je n’ai plus rien à perdre, je suis déses­pé­rée. J’ai tout don­né à cet hô­tel, mon éner­gie, mon coeur et on me dit que rien ne m’ap­par­tient, on m’ex­pro­prie comme une moins que rien ! La Ga­zelle d’or, c’est toute ma vie », ré­pète-t- elle, les mains le­vées comme pour im­plo­rer le ciel.

« J’avais un lynx sur le dos quand j’ai mis les pieds pour la pre­mière fois à La Ga­zelle d’or », se sou­vient Ri­ta Bennis. En cet hi­ver 1981, la jeune tren­te­naire, pi­quante avec son pe­tit air de Clau­dia Car­di­nale, vient d’ap­prendre que le do­maine fon­dé après- guerre par le ba­ron belge Jean Pel­lenc est à vendre. Elle dé­boule aus­si­tôt à Ta­rou­dant avec sa four­rure, donc, et son aplomb lé­gen­daire : « J’ai été éle­vée au Pa­lais Ta­zi (un joyau de Ra­bat si­tué der­rière le Par­le­ment) dont avait hé­ri­té mon ar­rière- grand-mère, pré­cise- t- elle. Mon père a réus­si dans les af­faires, il avait un nom connu. Et moi, je suis tau­reau as­cen­dant tau­reau, rien ne m’im­pres­sionne ! »

Elle a été chas­sée. »

Mus­ta­pha (ser­veur à La Ga­zelle d’or)

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