LE SUS­PECT NO 1 DE L'ES­CRO­QUE­RIE DU SIECLE ra­conte tout

La jus­tice le soup­çonne d’avoir in­ven­té l’es­cro­que­rie du siècle. Ces quinze der­nières an­nées, Cy­ril As­truc a pas­sé sa vie entre des vil­las somp­tueuses et des cel­lules de pri­son, fré­quen­té des gangsters et des mil­liar­daires, ga­gné jus­qu’à 600 000 eu­ros par

Vanity Fair (France) - - La Une -

L’idée lui a été souf­flée par un ami ar­chi­tecte : « Tu pour­rais te faire construire un pas­sage se­cret. » Sur le mo­ment, Cy­ril As­truc a trou­vé le con­cept « pit­to­resque ». Sa vil­la d’Herz­liya, ban­lieue hup­pée de Tel-Aviv, était dé­jà agré­men­tée d’un ter­rain de ten­nis, d’une pis­cine à dé­bor­de­ment et d’une salle de sport high- tech. Pour­quoi pas un tun­nel ? En cas de pro­blème, une sor­tie dé­ro­bée pour­rait tou­jours ser­vir. Il a étu­dié les plans, lan­cé des tra­vaux et fait dis­si­mu­ler l’en­trée au pre­mier sous- sol der­rière un mur fac­tice : un code dé­blo­quait une porte qui ou­vrait sur un cor­ri­dor d’une tren­taine de mètres – « Et là, ra­conte- t-il, tu res­sor­tais par le ga­rage, tran­quille. » Un lé­ger sou­rire point au coin de ses lèvres. « Mais ça, c’est dans les films. En réa­li­té, le jour où tu as des en­nuis, tu ne t’en­fuis pas dans la rue en cou­rant. »

Les en­nuis frappent à la porte le 1er oc­tobre 2013, vers 4 heures du ma­tin. Cy­ril As­truc s’est cou­ché deux heures plus tôt, épui­sé. Il dort nu, « comme tou­jours », lorsque des bruits de pas le ré­veillent. « J’ai pen­sé : “Des voyous ont pé­né­tré dans la mai­son.” » Son épouse n’est pas là ; les en­fants dorment à poings fer­més. Il sai­sit un cou­teau en pas­sant dans la cui­sine, s’ap­proche du ves­ti­bule à pas de loup et tombe nez à nez avec les in­trus. « Ils ont hur­lé : “Po­lice ! Po­lice !” Puis très vite : “Al­lez vous ha­biller !” » se sou­vient- il. Sur le che­min du dres­sing, il mur­mure aux em­ployées de mai­son apeu­rées de fi­ler par le tun­nel. « Les pauvres, elles n’ont ja­mais trou­vé l’en­trée ; elles se sont plan­quées où elles ont pu. Les po­li­ciers sont ve­nus me de­man­der : “Dites, c’est à vous les Phi­lip­pines qui sont ca­chées dans les en­ceintes du home ci­né­ma ?” »

La per­qui­si­tion dure dix heures. La pro­prié­té s’étend sur 1 500 mètres car­rés ; la vil­la est im­mense. Les li­miers du La­hav 433, l’uni­té de la po­lice is­raé­lienne spé­cia­li­sée dans la lutte contre le crime or­ga­ni­sé, ins­pectent chaque pièce. Ils re­tournent les ma­te­las, fouillent les pen­de­ries, vident les al­bums photos. « Un mo­ment, je ne sais pas pour­quoi, ils sont res­tés blo­qués de­vant une bou­teille de vod­ka à 2 000 eu­ros », re­lève-t-il. À l’en croire, la col­lec­tion d’art contemporain leur a fait moins d’ef­fet : « Les sculp­tures de Cé­sar, ça ne les a pas beau­coup in­té­res­sés. » Ce jour-là, As­truc n’est pas in­ter­pel­lé et les en­quê­teurs re­partent avec un maigre bu­tin – au mieux, quelques do­cu­ments. « Rien de fan­tas­tique, as­sure-t-il d’un ton bla­sé, presque ha­bi­tué à ce genre de vi­sites. Mais ça m’a beau­coup aga­cé. J’ai eu l’im­pres­sion d’être trai­té comme un ter­ro­riste. Je me suis dit que ça ne pou­vait plus du­rer. »

Au dé­but du mois de dé­cembre, il réunit sa femme, Valérie, et leurs deux aî­nés, Nao­mi et Za­cha­ry, pour les pré­ve­nir qu’il va ren­trer à Paris. « J’en ai as­sez, ex­plique- t-il. J’ai 40 ans ; il faut que je règle mes his­toires. En France, on va m’en­voyer en pri­son, mais si je n’y vais pas main­te­nant, je n’au­rai ja­mais le cou­rage plus tard. » Le soir du 9 jan­vier 2014, il fi­nit par dire à son épouse : « Al­lez, je me casse. » Il quitte Herz­liya avec une au­to­ri­sa­tion de sor­tie du ter­ri­toire va­lable huit jours et le strict né­ces­saire pour une red­di­tion qui ait de l’al­lure : un sac de voyage en cro­co­dile Zilli, 8 000 eu­ros en pe­tites cou­pures, une montre Richard Mille, un gi­let en four­rure. À l’aé­ro­port de Tel-Aviv, il fran­chit les contrôles sans en­combre. Mais à Rois­sy, la po­lice et les doua­niers ont vi­si­ble­ment été pré­ve­nus – il se de­mande tou­jours par qui. « Ils m’at­ten­daient sur la pas­se­relle. Dès que je les ai vus, j’ai sor­ti mon pas­se­port en di­sant : “C’est bien moi.” »

On le pousse dans une voi­ture, di­rec­tion le pa­lais de jus­tice de Nan­terre où le juge d’ins­truc­tion Patrick Ga­chon le met en exa­men pour « cor­rup­tion » et « es­cro­que­rie et blan­chi­ment en bande or­ga­ni­sée ». Quelques heures plus tard, il est écroué à la mai­son d’ar­rêt de Fresnes. Dans la pri­son, la nou­velle se ré­pand aus­si­tôt : As­truc a été ar­rê­té. Un monde fou rêve de le ren­con­trer : des juges et des po­li­ciers qui l’ont long­temps cru in­sai­sis­sable (son nom est ci­té dans une cas­cade d’en­quêtes fi­nan­cières), des truands que sa for­tune réelle ou sup­po­sée fait sa­li­ver, d’an­ciens as­so­ciés ou concur­rents qui déses­pèrent de per­cer les se­crets de sa réus­site. Il est comme Ar­sène Lu­pin en­fer­mé à la San­té dans 813, le plus trou­blant des ro­mans de Maurice Leb­lanc : un pri­son­nier-ve­dette, qui sus­cite au­tant de vi­gi­lance que d’ad­mi­ra­tion. On le pré­sente comme « le prince du CO2 », le cer­veau de l’es­cro­que­rie à la taxe car­bone, cet in­croyable tour de bon­ne­teau qui a coû­té près de 2 mil­liards d’eu­ros à l’État fran­çais en moins d’un an, entre no­vembre 2008 et juin 2009, et au moins quatre fois plus à l’Union eu­ro­péenne. Sur ses propres bé­né­fices, les mon­tants les plus mi­ro­bo­lants cir­culent : la jus­tice les chiffre à 22 mil­lions d’eu­ros en France et 72 mil­lions en Bel­gique, mais les es­ti­ma­tions les plus hautes vont bien au- de­là. « Il a pris au moins 500 mil­lions », nous a cer­ti­fié l’un de ses en­ne­mis exi­lé en Is­raël, par­ta­gé entre la ja­lou­sie et l’ad­mi­ra­tion. Un rap­port d’en­quête da­té de 2012 le qua­li­fie de « lé­gende vi­vante » des ar­naques à la TVA. « On m’a fait une ré­pu­ta­tion très exa­gé­rée, plaide-t-il faus­se­ment mo­deste en al­lu­mant une Marl­bo­ro Light. C’est l’in­con­vé­nient de ces af­faires : si on se montre trop, on sus­cite les ja­lou­sies ; et quand on ne veut pas se mon­trer, on ali­mente les fan­tasmes. »

Un peu plus d’un an a pas­sé quand Cy­ril As­truc, ré­cem­ment re­mis en li­ber­té après quinze mois de dé­ten­tion pro­vi­soire, nous a don­né ren­dez-vous dans un pa­lace du quar­tier des Champs-Ély­sées. Son contrôle ju­di­ciaire lui im­pose le port du bra­ce­let élec­tro­nique à la che­ville et lui interdit de quit­ter la ca­pi­tale. Pour cette ren­contre, il a ré­ser­vé une suite équi­pée de la tech­no­lo­gie der­nier cri, avec un mi­roir mo­nu­men­tal qui se trans­forme en écran de té­lé­vi­sion, une com­mande par ta­blette en liai­son di­recte avec la concier­ge­rie. Son té­lé­phone por­table sonne toutes les 5 minutes. « Dé­so­lé, s’ex­cuse-t-il. Je suis obli­gé de ré­pondre : je l’ai lais­sé éteint pen­dant un an et de­mi. » Pour un dé­te­nu fraî­che­ment élar­gi, il af­fiche une mise de play-boy dis­co : lu­nettes fumées, jean, veste bleu élec­trique et che­mise blanche grande ou­verte sur un pen­den­tif en forme de soleil. Il brille de la tête aux Berluti. Comme on le com­pli­mente sur sa mine, il ré­pond du tac au tac : « J’étais éner­vé hier soir, alors j’ai fait une séance d’UV. » Trois gardes pri­vés as­surent sa sé­cu­ri­té. « Je vous pré­sente Vic­tor, le net­toyeur », lan­cet-il, bla­gueur, en dé­si­gnant un co­losse chauve. Il plai­sante avec le per­son­nel de l’hô­tel, chambre l’avo­cat qui l’ac­com­pagne, en fait des tonnes pour sur­jouer l’in­sou­ciance. À bien l’ob­ser­ver, on songe moins à un per­son­nage de La Vé­ri­té si je mens ! qu’aux hé­ros des co­mé­dies de Phi­lippe de Bro­ca – Le Ma­gni­fique, avec Jean-Paul Bel­mon­do, est sa pré­fé­rée ; il est al­lé jus­qu’à en pa­ro­dier une ti­rade de­vant l’un des juges qui l’ont cui­si­né. Même si des mois ont pas­sé de­puis lors, Cy­ril As­truc en ju­bile en­core.

la tVa dans la poche

Si la fraude au CO2 a par­fois été qua­li­fiée de « casse de siècle », ce n’est pas seule­ment parce qu’elle a rap­por­té gros, très gros, à ceux qui l’ont pra­ti­quée ; c’est aus­si parce qu’elle ne com­por­tait au­cun risque. Ni flingue ni ca­goule ni voi­ture prête à fi­ler en trombe. Quelques té­lé­phones por­tables, un peu de pa­pe­rasse, une poi­gnée de com­parses bien brie­fés et le tour était joué : en fait de di­oxyde de car­bone, c’est l’ar­gent qui s’éva­po­rait. « La faille du sys­tème était énorme, s’étonne en­core Cy­ril As­truc. Je me de­mande tou­jours com­ment des États ont pu mettre en place un ma­chin pa­reil. » Il lance ça tran­quille­ment, sans for­fan­te­rie, comme s’il vous conseillait un rac­cour­ci pour évi­ter la place de la Con­corde aux heures de pointe – mais en pre­nant soin de pré­ci­ser que lui-même ne conduit pas.

Tout par­tait d’une noble idée : pour ré­gu­ler les émis­sions de gaz car­bo­nique dans l’at­mo­sphère, l’Eu­rope a ins­ti­tué en 2005 le sys­tème dit des « droits à pol­luer ». Chaque en­tre­prise dont l’ac­ti­vi­té peut avoir un ef­fet di­rect sur la qua­li­té de l’air dis­pose d’un quo­ta an­nuel de re­jet de CO2. Si elle le dé­passe, elle doit ache­ter des cer­ti­fi­cats d’émis­sions sup­plé­men­taires. Si elle n’at­teint pas son quo­ta, elle peut re­vendre la dif­fé­rence à d’autres en­tre­prises qui ont ain­si le droit de pol­luer da­van­tage. Les tran­sac­tions se né­go­cient de gré à gré ou à la Bourse. En France, la Caisse des dé­pôts et consi­gna­tions a créé une place de marché spé­cia­le­ment dé­diée à ces échanges, BlueNext. « C’était une ma­nière de lut­ter contre la pol­lu­tion par la fi­nance », ana­lyse l’éco­no­miste Ma­rius-Ch­ris­tian Frun­za, au­teur de Fraud and Carbon Mar­kets (Rout­ledge, 2013), l’ou­vrage de ré­fé­rence sur la di­men­sion tech­nique de l’es­cro­que­rie.

Mais les concep­teurs du sys­tème ont com­mis deux er­reurs. D’abord, ils ont sim­pli­fié à l’ex­cès les for­ma­li­tés d’en­trée sur ce marché, de sorte qu’il suf­fi­sait de créer une so­cié­té de pa­pier pour ache­ter et re­vendre du CO2. En­suite, ils ont im­po­sé la TVA sur ces opé­ra­tions, afin que l’État touche son pour­cen­tage sur le bé­né­fice de chaque tran­sac­tion. Or la TVA est un im­pôt per­çu par le com­mer­çant, à charge pour lui de le re­ver­ser à l’État. Ré­sul­tat : les frau­deurs ont mul­ti­plié les al­lers-re­tours sur le marché et n’ont rien re­ver­sé du tout. Avec des so­cié­tés aux noms iro­niques – Car­bo­na­ra, In­vul­né­rables, Cimes CO2... – ils ache­taient hors taxe dans un pays, re­ven­daient aus­si­tôt TTC dans un autre, et la dif­fé­rence se per­dait dans un dé­dale d’opé­ra­tions conco­mi­tantes pour se re­trou­ver dans la poche de don­neurs d’ordres in­vi­sibles qui n’agis­saient qu’au té­lé­phone ou par In­ter­net. En 2009, quand l’énor­mi­té de l’ar­naque a été dé­cou­verte, les au­to­ri­tés ont tout ar­rê­té mais la plu­part des frau­deurs s’étaient mis hors d’at­teinte.

As­truc était-il de ceux-là ? Plu­sieurs juges à Paris et à Bruxelles en sont convain­cus. Lui biaise avec un ar­gu­ment désar­mant : « C’était trop fa­cile ; n’im­porte qui pou­vait y ar­ri­ver. C’est pour ça que ce bu­si­ness ne m’a pas spé­cia­le­ment in­té­res­sé. – Vous n’avez rien ga­gné dans le CO2, vrai­ment ? – Pas dans les dos­siers qui me sont re­pro­chés. – Mais alors vous n’êtes pas le prince du CO2 ? Votre ré­pu­ta­tion est usur­pée... – Il faut croire. » Il est trop ma­lin pour cé­der à la pro­vo­ca­tion. Sa re­nom­mée le flatte (il le cache à peine) mais son es­prit lui dicte l’hu­mi­li­té. Il étire ses membres et s’en­fonce dans le ca­na­pé. « Mon avo­cat is­raé­lien m’a dit un jour une phrase qui m’a mar­qué : “Mieux vaut être in­tel­li­gent qu’avoir rai­son.” J’es­saie de suivre ce conseil. »

mi­traillé à Cour­che­vel

Cy­ril As­truc a gran­di à Mantes-la-Ville, une ban­lieue po­pu­laire au fin fond des Yve­lines. Ses pa­rents, Juifs ra­pa­triés d’Al­gé­rie, s’y sont ins­tal­lés en 1962 parce qu’une tante de Cons­tan­tine avait trou­vé un em­ploi à la poste des Mu­reaux, à 20 ki­lo­mètres de là. La mère est ins­ti­tu­trice ; le père, conseiller mu­ni­ci­pal so­cia­liste, tient un pe­tit ate­lier de tailleur bap­ti­sé « As Truc ». À la mai­son, on est « de gauche » et ça ne se dis­cute pas. Cy­ril naît en 1973. Avec ses deux grandes soeurs, il est

éle­vé dans les valeurs de Jules Fer­ry et les concerts de Bar­ba­ra. « En­fants, on al­lait même col­ler les af­fiches du PS, se sou­vient-il. Après, les mi­li­tants du FN ve­naient les ar­ra­cher. Ils étaient beau­coup plus cos­tauds ; on ne bron­chait pas. » Ses co­pains sont des fils d’ou­vriers de l’au­to­mo­bile – « Ils vi­vaient mieux que nous. » Les étés se suivent et se ressemblent. Le même ap­par­te­ment loué à Man­de­lieu, près de Cannes, l’expédition ri­tuelle à Vin­ti­mille, sur la fron­tière ita­lienne, pour ache­ter la bou­teille d’ani­sette « un franc moins cher ». « Tout me pa­rais­sait moyen et le moyen m’aga­çait », réa­lise- t-il. Par­mi les rares mo­ments de ma­gie, il re­tient les sor­ties au centre équestre de Bon­niè­res­sur-Seine, dans l’Eure, grâce à une as­so­cia­tion d’aide aux ga­mins dé­fa­vo­ri­sés. « Je sen­tais bien qu’on dé­ton­nait au mi­lieu des ha­bi­tués, mais j’ado­rais l’odeur du foin, l’am­biance des boxes, re­gar­der les che­vaux. »

Le reste du temps, il tient les murs de son quar­tier, les Belles Lances. Il fume du shit, traîne avec les plus grands des ci­tés voi­sines, croise « des ra­cailles » mais il est aus­si bon élève, achète des jour­naux éco­no­miques, rêve de de­ve­nir jour­na­liste. « J’étais bor­der­line », ré­sume- t-il. Pour le faire tom­ber du bon cô­té, ses pa­rents l’en­voient dans un ly­cée juif de Bou­logne-Billan­court. Il dé­couvre un autre monde, où les ga­mins jouent au foot en Wes­ton, « les dou­dounes Che­vi­gnon je­tées par terre pour faire les buts ». « Tout le monde por­tait des sur­vê­te­ments Adi­das, sauf moi : le mien n’avait que deux bandes. Il me man­quait quelque chose. » Il s’adapte, vit seul dans un stu­dio, puis en couple dès l’âge de 16 ans, se fait de l’ar­gent de poche en re­ven­dant le can­na­bis de Mantes à ses nou­veaux ca­ma­rades. À la fin du ly­cée, il ob­tient un bac B, s’ins­crit dans une école de com­mu­ni­ca­tion (« un re­paire de ca­nons, on en parle ? »), avant de s’orien­ter vers un sec­teur plus lu­cra­tif : les as­su­rances.

Ce mé­tier est taillé pour lui. Il s’agit d’apai­ser les in­quié­tudes des clients en leur pre­nant de l’ar­gent. Pe­tit agent à Cham­pi­gny, il fait grim­per le chiffre du ca­bi­net qui l’em­ploie en at­ti­rant la clien­tèle des ma­çons por­tu­gais en mal de ga­ran­ties dé­cen­nales pour dé­mar­rer leurs chan­tiers : « J’en­caisse la prime tout de suite et ren­dez-vous dans dix ans. » À l’oc­ca­sion, il de­mande 10 000 francs en es­pèces pour « frais d’ou­ver­ture de dos­sier » ; ça passe. Puis il saute sur le fi­lon des com­plé­men­taires san­té, loue des stands dans les centres com­mer­ciaux pour pla­cer ses contrats, d’abord en ré­gion pa­ri­sienne, bien­tôt par­tout en France – « Les vo­lumes ex­plosent. » Tout lui réus­sit : il se marie à 22 ans, de­vient père la même an­née, monte son propre ca­bi­net à Paris, se di­ver­si­fie dans l’as­su­rance des vé­hi­cules et des ap­par­te­ments de luxe. « J’étais clas­sé dans les cinq meilleurs cour­tiers par­te­naires d’Axa en Ile- de-France », se flatte- t-il en­core au­jourd’hui. Ses per­for­mances ne vont pas s’ar­rê­ter là. Les en­nuis vien­dront avec.

À la fin des an­nées 1990, sa clien­tèle s’en­ri­chit de per­son­na­li­tés sul­fu­reuses : des mar­chands de fringues du Sen­tier qui « ont du cash plein les poches », puis des an­ciens de la French connec­tion (le ré­seau de tra­fic de drogue mon­té trente ans plus tôt par des truands mar­seillais pour le marché amé­ri­cain) qui im­portent de la co­caïne des An­tilles. As­truc a com­men­cé par as­su­rer leurs Fer­ra­ri, puis il a dî­né et fait la fête avec eux. Dé­sor­mais ils l’em­mènent en va­cances – pla­cer des po­lices chez des gangsters, voi­là qui crée des liens. Quand sa femme lui fait re­mar­quer que le pho­to­graphe qui les mi­traille sur les pistes de Cour­che­vel res­semble étran­ge­ment à ce­lui des plages de Saint-Tropez, il ne re­lève pas. Il a tort : « C’était un flic des stups qui nous fi­lait de­puis des mois. »

En fé­vrier 2001, la po­lice passe à l’of­fen­sive. Une dou­zaine de tra­fi­quants sont in­ter­pel­lés. As­truc aus­si. On lui re­proche d’avoir four­ni de faux do­cu­ments à ses clients et amis : des cartes d’as­su­rances vierges ont été re­trou­vées chez cer­tains d’entre eux. « Elles ne ve­naient pas de chez moi, jure- t-il en­core avec le re­cul. S’ils avaient sim­ple­ment vé­ri­fié les nu­mé­ros, ils au­raient bien vu que je di­sais vrai. » À 28 ans, il se re­trouve à la San­té. Même pas peur : « Je connais­sais du monde sur place. » Il ne reste que six se­maines en dé­ten­tion, mais c’est un autre homme qui res­sort. « On m’a confis­qué mon ca­bi­net d’as­su­rances. J’ai tout per­du. J’étais en­ra­gé. C’est à ce mo­ment-là que je me suis dit que j’al­lais me ven­ger et ga­gner beau­coup d’ar­gent. » Il re­garde la fu­mée de sa ci­ga­rette se dis­si­per dans l’air : « Puis­qu’on m’avait ni­qué, j’ai vou­lu tous les ni­quer. »

à la re­cherche de l’in­dien

Com­ment de­vient- on un es­croc ? Quel che­min ini­tia­tique em­prunte un jeune homme fu­té qui a le sens des af­faires pour se muer en ar­na­queur pro­fes­sion­nel, jus­qu’à ima­gi­ner des fraudes comme un ar­chi­tecte des­sine des plans ? Cy­ril As­truc ne sau­rait sans doute pas ré­pondre à cette ques­tion – ni d’ailleurs les cinq juges et les co­hortes d’en­quê­teurs qui cherchent de­puis une dé­cen­nie au moins à re­cons­ti­tuer son par­cours. Au dé­but des an­nées 2000, l’as­su­reur déchu entre dans sa nou­velle car­rière sans ex­pé­rience ni re­com­man­da­tion. Il n’a pour lui que son cu­lot et quelques re­la­tions louches. C’est l’époque où se dé­ve­loppent de nou­velles tech­niques sur le marché de l’es­cro­que­rie : les fausses pu­bli­ci­tés dans le « Guide des or­phe­lins de la po­lice » ou « L’An­nuaire des en­tre­prises de Ber­cy » qu’il se­rait bon d’ache­ter pour ob­te­nir les fa­veurs de l’ad­mi­nis­tra­tion – mais qui bien sûr ne pa­raissent ja­mais puisque les ai­gre­fins em­pochent l’ar­gent et dis­pa­raissent ; ou l’ar­naque à la TVA, qui consiste à vendre des di­zaines de fois la même car­gai­son (de voi­tures, de té­lé­phones ou de mi­cro­pro­ces­seurs) entre l’étran­ger et la France pour cap­ter le mon­tant de la taxe sans ja­mais le re­ver­ser. As­truc choi­sit cette se­conde fi­lière. « C’était crous­tillant et plus sym­pa­thique. Je ne me voyais pas four­guer des fausses pubs pour vo­ler des ar­ti­sans ou des pe­tits en­tre­pre­neurs. J’au­rais trou­vé ça im­mo­ral. Avec la “tève” [l’abré­via­tion de TVA dans le jar­gon des ini­tiés], j’avais l’im­pres­sion de ne pas faire de vic­times ; on ne vo­lait que l’État. »

Des amis ren­con­trés en pri­son le re­com­mandent à deux équipes spé­cia­li­sées dans la té­lé­pho­nie, qu’il met en re­la­tion l’une avec l’autre : d’un cô­té, des es­crocs en cols blancs éta­blis dans de luxueux bu­reaux ave­nue George-V ; de l’autre, de jeunes caïds de ban­lieue qui se chargent du trans­port. L’as­so­cia­tion fonc­tionne jus­qu’à la troi­sième li­vrai­son, quand les jeunes partent avec 800 000 eu­ros de mar­chan­dises. As­truc est pris entre deux feux. « Les mecs de George-V ont vite com­pris qu’ils n’étaient pas de taille pour faire la guerre à des voyous. Alors ils se sont tour­nés vers moi : “Tu nous les as pré­sen­tés ; tu es res­pon­sable. À toi de rem­bour­ser.” Je n’avais même pas 500 balles en poche ! » Le voi­là contraint de s’im­pro­vi­ser en agent de re­cou­vre­ment au­près du groupe de jeunes. « Leur boss était un grand Black nom­mé Steve ; il me di­sait : “T’in­quiète fré­rot, on va les fumer !” Mais moi ça m’af­fo­lait, je ré­pon­dais : “Non, non ! On va rien fumer du tout – ou peut- être une ci­ga­rette. Il faut que tu m’aides à les faire pa­tien­ter.” » Mi­mée par lui avec de grands gestes, la scène est hi­la­rante. Sauf que, peu après, Steve est re­trou­vé mort de­vant le ca­si­no d’En­ghien- les- Bains, le corps cri­blé de balles. As­truc se rap­pelle avoir re­çu un ap­pel de la veuve : « Elle croyait que je l’avais fait des­cendre. »

Fin du nu­mé­ro d’équi­li­briste. Pour ré­cu­pé­rer leur ar­gent, les com­man­di­taires de George-V im­posent à As­truc un nou­veau rôle : il se­ra « gé­rant de paille » de l’une des so­cié­tés- écrans qui servent à dé­tour­ner la TVA. C’est son nom qui fi­gu­re­ra sur les sta­tuts et sur les fac­tures. Si la jus­tice s’en mêle, tant pis pour lui. En contre­par­tie, il tou­che­ra 50 cen­times par pièce écou­lée – une mi­sère. « Ils ne m’ont pas lais­sé le choix », ad­met- il, fa­ta­liste. Mais à cette place, il peut « dé­cou­vrir le sys­tème de l’in­té­rieur ».

Rien ne lui échappe. Il ana­lyse le mon­tage sous tous les angles : com­ment éga­rer les soup­çons du fisc, dans quelles banques des îles Caï­mans trans­fé­rer l’ar­gent, par quel biais ré­cu­pé­rer les sommes en France. Sans que per­sonne ne s’en doute, le pe­tit com­mis que les voyous sur­nomment avec condes­cen­dance « le mai­gri­chon » de­vient peu à peu un ex­pert des f lux fi­nan­ciers les plus so­phis­ti­qués. Mais le Paris de la « tève » est un vil­lage. S’il veut échap­per à ses « employeurs », As­truc com­prend qu’il lui faut chan­ger d’air. Londres l’at­tire. « Je sa­vais que les In­diens te­naient le bu­si­ness de la TVA en An­gle­terre. J’ai donc cher­ché mon In­dien. » Il fi­nit par le trou­ver au Four Sea­sons de Park Lane. Il dé­crit la ren­contre comme un pas­tiche de co­mé­die ro­man­tique : « J’étais dans le hall de l’hô­tel, je pre­nais un thé. Il était as­sis en face de moi. On s’est re­gar­dés ; il m’a abor­dé. Je ne peux pas vous dire pour­quoi mais il m’a tout de suite fait confiance. Toute ma vie, j’ai fait des ren­contres de ce genre. Je dois avoir un truc en plus, non ? Cinq minutes après, on par­lait af­faires. Il m’a dé­blo­qué sur le champ une car­gai­son de té­lé­phones por­tables. Il y en avait pour 5 mil­lions de livres [7 mil­lions d’eu­ros]. » Sa car­rière était lan­cée.

À l’écou­ter, ja­mais Cy­ril As­truc ne se­rait de­ve­nu un ca­dor dans sa par­tie sans cet as­so­cié pro­vi­den­tiel. Il dit avoir mis au point des cir­cuits fi­nan­ciers « d’une fi­nesse ex­trême » pour dé­tour­ner la TVA entre le Royaume- Uni et Du­baï, si so­phis­ti­qués qu’il n’a ja­mais été vi­sé par la moindre pour­suite ju­di­ciaire dans ces pays. C’est ain­si qu’il goûte à l’adré­na­line de l’ar­gent fa­cile. « Au dé­but, tu te dis : “Au pre­mier mil­lion j’ar­rête ; j’ai ce qu’il me faut.” Tu achètes une mai­son pour 200 000 et puis ça com­mence à te man­quer. Tu t’y re­mets et ça va tel­le­ment vite que tu fixes la li­mite à 10 mil­lions. Puis tu achètes un im­meuble, un autre, en­core un et à un mo­ment, tu as ou­blié que tu vou­lais ar­rê­ter. » À Paris, « le mai­gri­chon » rase les murs. À Londres, il est comme un joueur de ca­si­no qui a trou­vé la mar­tin­gale. Quand il lui ar­rive de se prendre au jeu, son par­te­naire in­dien lui re­met les idées en place. « Un jour, à Mar­bel­la, il m’a en­gueu­lé parce que j’avais lais­sé un énorme

pour­boire dans un res­tau­rant. C’était pour m’ap­prendre à me te­nir, pas parce qu’il était ra­din. Après le dé­jeu­ner, on est pas­sé de­vant un hô­tel qui lui a plu : il est en­tré et en quelques minutes, il l’a ache­té. »

boîte de nuit pour oli­garques

Le mé­tier d’es­croc com­porte des risques. Le prin­ci­pal est de sus­ci­ter les convoi­tises. Avec ses pre­miers suc­cès, As­truc at­tire l’at­ten­tion de ce qu’il ap­pelle « le mi­cro­cosme pa­ri­sien » – chez lui, l’ex­pres­sion ne dé­signe pas le monde po­li­ti­co- jour­na­lis­tique mais la cor­po­ra­tion des frau­deurs à la TVA. Il porte des cos­tumes ita­liens sur me­sure, ar­bore des montres de col­lec­tion voyantes, prend des jets pour par­tir en week- end. À Paris, il fré­quente un hô­tel branché proche de l’Étoile, le K- Pa­lace, le plus sou­vent avec son co­pain Mar­co, tren­te­naire sé­duc­teur et flam­boyant, et un hu­mo­riste en de­ve­nir nom­mé Gad El­ma­leh. Le trio passe des soi­rées à re­jouer L’aven­ture c’est l’aven­ture, le clas­sique de Le­louch qui met en scène une bande de joyeux for­bans mon­tant les coups les plus lou­foques. Mar­co est un sacré nu­mé­ro. L’un de ses faits d’armes est d’avoir sou­ti­ré un mil­lion à un pi­geon au té­lé­phone, as­sis sur les WC, porte grande ou­verte. « C’est de lui que Gad s’est ins­pi­ré pour créer le per­son­nage de Co­co », as­sure au­jourd’hui As­truc, en ré­fé­rence au sketch du pro­duc­teur bling- bling qui ne sait pas quelle fo­lie in­ven­ter pour dé­pen­ser son ar­gent.

As­truc et ses amis sont trop bruyants. En sep­tembre 2003, plus per­sonne n’ignore qu’il a mon­té un cir­cuit pa­ral­lèle avec l’An­gle­terre. Ses com­man­di­taires de l’ave­nue George-V sont fu­rieux : ils ne veulent pas voir leur créa­ture s’éman­ci­per et lui or­donnent de par­ta­ger son contact lon­do­nien. As­truc re­fuse. In­sultes, me­naces, il se sent pris au piège. D’au­tant plus que la jus­tice se rap­proche : l’af­faire de 2001 lui a va­lu une pre­mière condam­na­tion à trois ans de pri­son, dont il a fait ap­pel. Il ne voit pas d’is­sue. Dans les der­niers jours de 2003, il fuit en Is­raël avec femme et en­fants.

La fa­mille s’ins­talle à Ei­lat, sta­tion bal­néaire de la mer Rouge, à la pointe sud du pays. Comme la loi is­raé­lienne l’au­to­rise pour les nou­veaux ar­ri­vants, Cy­ril et Valérie As­truc changent d’iden­ti­té. Ils de­viennent Alex et Yaël Khann (or­tho­gra­phié à la pa­kis­ta­naise). Avec l’ar­gent amas­sé, l’ex- as­su­reur ouvre une boîte de nuit sur la plage, le « X- site » ( pro­non­cez : « ex­cite »). Par té­lé­phone, il conti­nue de me­ner ses af­faires avec l’In­dien entre l’Eu­rope et les émi­rats. Mais Ei­lat est trop en­so­leillé pour y res­ter dans l’ombre. Peu après son ar­ri­vée, As­truc- Khann re­çoit la vi­site d’hommes de main, qui lui rap­pellent sa dette pa­ri­sienne sur un ton me­na­çant. Il com­prend qu’on ne le lais­se­ra pas tran­quille. Quand la co­mé­die tourne au thril­ler, son in­sou­te­nable lé­gè­re­té le fuit. « J’ai fait des crises d’an­goisse, je ne vou­lais plus sor­tir de chez moi, avoue- t- il. J’étais vrai­ment mal. »

À nou­veau, la pro­vi­dence lui offre une ren­contre dé­ci­sive. Amir Mul­ner a 31 ans, les traits fins et le re­gard pé­né­trant. Fils d’un of­fi­cier de po­lice, cet an­cien ar­ti­fi­cier des Go­la­ni, les com­man­dos d’élite de l’ar­mée, est consi­dé­ré comme l’étoile mon­tante de la pègre is­raé­lienne. Il a la ré­pu­ta­tion de ré­gler ses comptes en pla­çant des ex­plo­sifs sous les voi­tures de ses en­ne­mis. Plu­sieurs fois ac­cu­sé d’as­sas­si­nat, il n’a ja­mais été condam­né : les té­moins à charge se sont tou­jours ré­trac­tés avant le pro­cès, quand ils n’ont pas dis­pa­ru. Mul­ner et As­truc ont fait connais­sance au « X- site ». De cette pre­mière entrevue, As­truc ne dé­voile rien, si­non qu’Amir est de­ve­nu aus­si­tôt un ami et un pro­tec­teur. De Mul­ner, qu’il dé­crit comme « une sorte de juge de paix », il dit avec une cer­taine gra­vi­té : « Grâce à lui, le sen­ti­ment de peur s’est échap­pé de mon corps. Il m’a fait com­prendre une règle : ceux qui en veulent à ton ar­gent ne vont pas te tuer. Ils te mettent la pres­sion parce que c’est leur bou­lot. »

L’ef­fet Mul­ner ne joue pas que sur lui. Du jour au len­de­main, les hommes de main cessent de frap­per à sa porte. En re­vanche, les po­li­ciers is­raé­liens com­mencent à s’in­té­res­ser à lui : « Amir était leur cible prio­ri­taire, ex­plique po­sé­ment As­truc. Ils ont pen­sé que je les ai­de­rais à le faire tom­ber, vo­lon­tai­re­ment ou non. » À nou­veau, il se sent épié, har­ce­lé. Pour un rien, il est con­vo­qué au com­mis­sa­riat, in­ter­ro­gé du­rant des heures. Deux ans après son ar­ri­vée, il quitte Ei­lat pour s’ins­tal­ler à Los An­geles.

En Ca­li­for­nie, la vie re­prend de la sa­veur : les en­fants ap­prennent l’an­glais ; un cuisinier of­fi­cie à la mai­son ; des pal­miers poussent dans le jar­din ; Las Ve­gas n’est qu’à une heure de vol. Le bu­si­ness avec l’In­dien tourne à plein ré­gime : « À cette époque, je ga­gnais jus­qu’à 600 000 eu­ros par jour », énonce- t- il sans la moindre em­phase. Au pays des stars, Alex Khann a les moyens de se faire une place. Il ra­chète l’an­cienne vil­la de Char­lie Cha­plin à Be­ver­ly Hills, fré­quente le res­tau­rant ca­sher de la mère de Spiel­berg sur Pi­co Street, par­ti­cipe à des dî­ners de cha­ri­té où il croise Jon Voight, le père d’An­ge­li­na Jo­lie, et Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger, alors gou­ver­neur de Ca­li­for­nie. De temps à autre, Cy­ril As­truc se rap­pelle au sou­ve­nir d’Alex Khann. Un soir, at­ta­blé dans un ca­fé, il en­tend deux jeunes Fran­çais par­ler de la « tève ». Pi­qué, il en­gage la conver­sa­tion. « Et là, les mecs m’ex­pliquent qu’ils sont as­so­ciés avec le plus fort de tous : As­truc. Je n’en suis pas re­ve­nu. Alors je les ai cueillis : “Dans ce cas-là, vous me de­vez 2 mil­lions.” Les deux me re­gardent sans com­prendre. “Eh ouais les gars : je viens de perdre 4 mil­lions dans une af­faire. On est as­so­ciés ; on par­tage les risques.” Vous au­riez vu leur gueule ! »

Le rêve amé­ri­cain aus­si n’a qu’un temps. Un ma­tin de juin 2005, sur le coup de 6 heures, la po­lice dé­barque chez lui. As­truc est en train de jouer au ping-pong avec un ami, après avoir tra­vaillé toute la nuit au té­lé­phone avec l’An­gle­terre – « Si on peut ap­pe­ler ça un tra­vail », nuance-t-il. (Lire la suite page 150 )

li­ber­té sur­Veillée Cy­ril As­truc, pho­to­gra­phié pour Va­ni­ty Fair à Paris, le 21 mai 2015. Il est ac­tuel­le­ment pour­sui­vi pour « es­cro­que­rie », « blan­chi­ment » et « cor­rup­tion ».

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