LÉO­NARD GIA­NAD­DA L’AVENTURIER DE L’ART PER­DU

Il a été pho­to­graphe, re­por­ter, in­gé­nieur, mé­cène... À 80 ans, Léo­nard Gia­nad­da a vé­cu mille vies et créé une in­croyable fon­da­tion d’art en Suisse. ALEXIS JA­KU­BO­WICZ a ren­con­tré ce touche-à-tout ma­gni­fique, sym­bole d’un monde en train de dis­pa­raître.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

Tout était ar­ran­gé. J’irais à Mar­ti­gny à la fin du mois de juin avec un groupe de jour­na­listes pour voir l’ex­po­si­tion consa­crée à Ma­tisse et j’en pro­fi­te­rais pour ren­con­trer Léo­nard Gia­nad­da. On fe­rait quatre pages dans le nu­mé­ro de sep­tembre sur cette for­tune du BTP, pe­tit-fils d’im­mi­grés ita­liens dé­pour­vus, qui a construit au pied des Alpes une fon­da­tion bi­zarre en mé­moire de son frère où de­puis 40 ans il ex­pose des chefs- d’oeuvre ve­nus des plus grands mu­sées du monde. Il se­rait, à 80 ans, dans sa province hel­vète, l’an­ti-hé­ros d’un monde de l’art do­mi­né par la mode et les stars, un spé­ci­men en che­mi­sette et Bir­ken­stock qui boit du jus de pomme tem­pé­ré au snack-bar, au mi­lieu des sculp­tures de Ro­din, Bran­cu­si et Cal­der. L’af­faire sem­blait bien fi­ce­lée. Son équipe n’au­rait plus qu’à pré­voir une série d’en­tre­tiens. La veille du dé­part, l’at­ta­chée de presse pré­fère néan­moins me pré­ve­nir : « Pour les in­ter­views, on ver­ra sur place en fonc­tion de son hu­meur. Avec LG, on ne sait ja­mais. »

Ar­ri­vée à Lau­sanne. Nous pre­nons un express ré­gio­nal qui roule au flanc des che­mins du Grand Tour. Les ri­vages du Lé­man ins­pirent aux plus zé­lés de mes confrères quelques mots de By­ron et Rous­seau. Il faut dire que le lac est en robe de sai­son. Avant mi­di, la brume li­bère la Tour- de-Peilz, où Gus­tave Cour­bet, exi­lé sur la fin de sa vie, a peint de tristes cou­chers de soleil. Le train file vers le sud, dans la val­lée du Rhône, entre le GrandSaint-Ber­nard et le Sim­plon. C’est là qu’est Mar­ti­gny, 18 000 ha­bi­tants, deuxième ville du can­ton. À la sor­tie de la gare, deux mi­ni­bus at­tendent la troupe de jour­na­listes de­vant « Chez don Pas­quale, piz­ze­ria-res­tau­rant ». Tiens, per­sonne n’au­rait en­vie de dé­cla­mer des vers de Leo­par­di ? Les ha­bi­tués de l’étape se de­mandent s’ils se­ront lo­gés à la même en­seigne que l’été pré­cé­dent pour la grande ré­tros­pec­tive Re­noir. Ils parlent en­core d’une cen­taine d’oeuvres ve­nues de São Pau­lo, Ma­drid, Mos­cou et d’une bai­gneuse, ja­mais ex­po­sée, tout droit

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.