« MARLENE ÉTAIT MAL­HEU­REUSE, COMME LA PLU­PART DES AC­TRICES »

Gold­shif­teh Fa­rah­ni ex­plique pour­quoi Marlene Die­trich l’ins­pire et la bou­le­verse.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - PAR CLÉ­MEN­TINE GOLD­SZAL PRO­POS RE­CUEILLIS

« avais 14 ou 15 ans quand j’ai dé­cou­vert . C’était sur

Marlene Die­trich un DVD qui com­pi­lait des ex­traits de sa car­rière. En Iran, c’était com­pli­qué de trou­ver ses films et la qua­li­té était tou­jours mau­vaise, mais je me suis tout de suite iden­ti­fiée à elle. Moi aus­si, j’étais un peu gar­çon man­qué et même si mon père était fou de Ma­ri­lyn, j’ai tou­jours pré­fé­ré l’in­croyable pré­sence de Die­trich. Un peu plus tard, quand j’ai com­men­cé à voya­ger et à ve­nir à Paris, avant même de quit­ter l’Iran dé­fi­ni­ti­ve­ment, j’ai enfin pu dé­cou­vrir ses films sur grand écran. J’en ai vu beau­coup avec

[ ]à Louis Gar­rel l’Ac­tion Ch­ris­tine, un ci­né­ma d’art et d’es­sai de SaintGer­main- de s - Prés. Au­jourd’hui en­core, dès qu’il y en a un qui passe, je m’y pré­ci­pite. Marlene a énor­mé­ment tour­né et je suis en­core loin d’avoir tout vu. J’adore L’Im­pé­ra­trice rouge, Agent X 27, mais j’aime aus­si ses films plus com­mer­ciaux. Ce­la dit, je l’ai vue un jour dans un film très mau­vais – je me sou­viens va­gue­ment d’une scène sur une plage où elle est re­cher­chée par deux hommes –, j’avais en­vie de pleu­rer en sor­tant du ci­né­ma. Bien sûr, comme tous les films des an­nées 1940 et 1950, c’est très beau, mais Die­trich y ap­pa­raît comme un ob­jet de dé­sir, un rôle à la Ma­ri­lyn, alors que ce que j’aime chez elle, c’est son cô­té femme fa­tale. Quand j’étais ado­les­cente, étant née en Iran, les fi­gures de femmes très fortes, vic­times de leur temps et lut­tant contre l’igno­rance de la so­cié­té m’ins­pi­raient. J’étais fas­ci­née par Jeanne d’Arc ! Fi­na­le­ment, je suis comme ça, moi aus­si, vic­time de l’igno­rance et du pou­voir de mon pays. Pour m’en sor­tir, j’ai dû avan­cer comme dans une fo­rêt pleine de pé­rils, en sui­vant la trace de celles qui avaient ou­vert le che­min. J’ai pour­sui­vi et je conti­nue de tra­cer une voie pour les gé­né­ra­tions à ve­nir. C’est comme dans les ma­ni­fes­ta­tions : le pre­mier rang prend les balles et les coups de ma­traque pour que les autres puissent pas­ser. Marlene Die­trich a énor­mé­ment tra­vaillé jus­qu’à la fin des an­nées 1950, puis sa car­rière a stag­né et elle n’a plus tour­né jus­qu’à sa mort en 1992. Je sais qu’à la fin de sa vie, elle ne vou­lait pas être prise en photo ; elle était mal­heu­reuse comme la plu­part des ac­trices en vieillis­sant. C’est la vé­ri­té de la vie des co­mé­diennes : elles sont comme les foot­bal­leurs ; cer­taines sont cas­sées par l’âge, la lu­mière les a quit­tées, d’autres de­viennent en­core plus belles, comme Jane Bir­kin ou Isa­bel­la Ros­sel­li­ni. Il faut un cer­tain ni­veau de fo­lie pour faire ce mé­tier. Si l’on re­garde tout ça de l’ex­té­rieur, c’est as­sez dé­ment et les ac­teurs peuvent sem­bler bien ri­di­cules, ils pleurent de­vant la ca­mé­ra, s’ar­rachent les che­veux, en­core et en­core jus­qu’à ce que l’on crie “cou­pez !” Moi, sans être com­plè­te­ment folle, j’es­père quand même réussir à être une bonne ac­trice. » —

Ci- des­sous, Marlene

Die­trich en 1934,

dans L’Im­pé­ra­trice rouge.

L’ac­trice al­le­mande

fascine Gold­shif­teh

Fa­rah­ni.

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