LES PA­RI­SIENS SONT-ILS TOUS GRA­PHISTES?

Paris est plein de Pa­ri­siens ! Chaque mois, PIERRE LÉONFORTE ex­plore la Ville Lu­mière

Vanity Fair (France) - - Chronique -

le ni­veau Ca­si­mir-Fi­go­lu. La faute à son bon­net vis­sé sur une ti­gnasse im­pro­bable qui le fait res­sem­bler à un Sch­troumpf re­loo­ké par G-Star Raw mais ré­frac­taire à la pro­pre­té. Le gra­phi/chien est comme les chats : il n’aime pas l’eau. D’ailleurs, il n’en boit ja­mais ; son car­bu­rant, c’est le ca­fé, le vin rouge et le Spritz-Ape­rol.

Web­mas­ter à ses dé­buts – sa com­pé­tence se li­mi­tait à pos­ter ses pics sur son pro­fil Mee­tic, le/la Pa­ri­graph’ passe d’une agence à l’autre en ra­tis­sant large. Sla­sher ou lâ­cheur ? Une fois sur trois, il plante son monde, mais il a tou­jours rai­son. C’est l’autre qui est nul. Trop fei­gnant pour tra­vailler, il de­vient di­rec­teur ar­tis­tique, s’amuse à ti­trer Le Go­ra­fi, ja­mais à court de raille­rie bien ci­blée. Mu­té en mot-va­lise, ce noble mé­tier dé­si­gnant un des­si­na­teur spé­cia­li­sé dans les arts gra­phiques a gros­si en se la pé­tant graph comme la gre­nouille de La Fon­taine, gra­pha­bu­la­teur of­fi­ciel du Roi-Soleil. Une gre­nouille à grande gueule, ja­mais contente, vite bla­sée et qui ne prend plus rien à la lettre. Par­don, au gra­phème. Et qui saute d’une feuille à l’autre, slash, slash, fuyant l’en­nui. Cer­tains ob­ser­va­teurs ont avan­cé une théo­rie har­die : par ces cu­muls, le gra­phisme re­lè­ve­rait du don­jua­nisme pro­fes­sion­nel. Et ta soeur ? Elle est gra­phiste-sta­giaire dans le Haut-Ma­rais.

Il existe une géo-gra­phie bien trem­pée du genre, concen­trée entre les rues de Bre­tagne, Lan­cry, Yves-Tou­dic, Dieu, Mar­seille et tout l’Est pa­ri­sien, jus­qu’à Mon­treuil et aux Li­las. Ava­tars d’eux­mêmes, les gra­phistes mettent des barres in­cli­nées à tout ce qui se tient droit au dé­part mais qui a ten­dance à très vite se dé­bi­ner : leurs amours, leurs amis et leur vie so­ciale. Ici, ne ja­mais ré­cla­mer sa carte de vi­site à un(e) gra­phiste. Ob­so­lète co­co ! On peut pas y mettre tout ce qu’on fait ni tout ce qu’on est. Ben, c’est pas votre mé­tier le gra­phisme ? Heu, si, mais là c’est ré­duc­teur. D’au­tant que sans cesse sur un gros coup, il/elle est plus ex­plo­sé(e) qu’une bombe à frag­men­ta­tion et in­tra­çable hors ré­seaux so­ciaux.

Même s’il jar­gonne un an­glais de mode d’em­ploi pour cli­ma­ti­seur co­réen, sau­pou­dré d’al­le­mand über- si­tua­tion­niste, le Pa­ri­sien-gra­phiste roule pour les Suisses. Com­prendre qu’il ne jure que par l’Hel­ve­ti­ca, po­lice sans se­rif, tra­duire sans em­pat­te­ment – donc tout le contraire d’une Re­nault Fuego – in­ven­tée pour une li­si­bi­li­té uni­ver­selle, ce qui le rem­plit d’aise tant le Pa­ri­gra­phiste adore la glo­ba­li­sa­tion à condi­tion qu’elle ne dé­passe pas la Rive gauche.

Une ques­tion enfin : dans une so­cié­té sur­gra­phée qui ne vit que de la gra­tui­té illus­trée, com­ment s’en tire-t-il fi­nan­ciè­re­ment ? En de­ve­nant DA. Pas don­né à tout le monde, mais le Pa­ri­sien est gra­phe­ment doué pour re­bon­dir sans lâ­cher ses lo­gi­ciels 3D et sans se fou­ler un neu­rone. Une seule chose compte : son amour­propre qui ne le reste ja­mais très long­temps. Mar­tin Vey­ron en a fait une BD. Ul­tra­gra­phique, évi­dem­ment, même si ce­la re­monte aux temps de la pa­léo­gra­phie, ce qui énerve le Pa­ri­sien-tête- de­gra­phi/chien per­sua­dé d’avoir tout in­ven­té. �

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