La­verne Cox

L’Amé­rique en trans

Vanity Fair (France) - - Vanity Fair | Affaires - ConstanCe Do­vergne

Un rôle se­con­daire dans une série confi­den-

tielle au­ra suf­fi à cette blonde sculp­tu­rale

d’un mètre quatre-vingts, née Ro­de­rick

Le­verne Cox à l’aube des an­nées Rea-

gan, pour bous­cu­ler le pay­sage mé­dia­tique

amé­ri­cain. C’est en 2013, dans la série car­cé-

rale à ten­dance fé­mi­niste

Orange Is the New

Black, que les abon­nés de Net­flix font d’abord

la connais­sance de l’ac­trice trans­sexuelle. Elle

y in­carne Sofia Bur­set, dé­te­nue trans­genre sou-

mise à une pé­nu­rie d’hor­mones qui ne par­vien-

dra pas à en­ta­mer son cha­risme so­laire. La­verne

Cox fascine, qu’elle soit sur un ta­pis rouge à en-

chaî­ner des poses tout droit sor­ties d’une pu­bli-

ci­té pour sham­poing des an­nées 1980 (je­té de

che­veux, dé­rou­lé de jambes, sou­rire dia­mant...)

ou sur le pla­teau d’un talk-show fa­mi­lial, à ser­rer

les dents face aux im­pro­bables in­dis­cré­tions de

son in­ter­lo­cu­trice (« Mais si­non, où en sont vos

par­ties gé­ni­tales ? »). En moins d’un an, La­verne

Cox est de­ve­nue la pre­mière ac­trice trans­genre

à re­ce­voir une no­mi­na­tion aux Em­my Awards, à

fi­gu­rer en cou­ver­ture de Time et à en­trer dans le

clas­se­ment an­nuel des cent per­son­na­li­tés les plus

in­fluentes du monde pu­blié par ce même ma­ga-

zine. Quand un cer­tain Bruce Jen­ner, lé­gende de

l’ath­lé­tisme amé­ri­cain re­con­ver­ti en beau-père

de la dy­nas­tie Kardashian, re­naît sous le nom

de Cait­lyn en cou­ver­ture de l’édi­tion amé­ri­caine

de Va­ni­ty Fair dans un trem­ble­ment de terre mé-

dia­tique mon­dial, c’est elle qu’il cite en mo­dèle.

La conclu­sion triom­phante d’un par­cours qui

dé­marre dans la moi­teur du sud des États-Unis.

C’est là que ses ca­ma­rades de classe la passent

ré­gu­liè­re­ment à ta­bac tan­dis que son ins­ti­tu­teur

de CE2 me­nace sa mère : « M

Cox, votre fils

va fi­nir en robe à La Nou­velle-Or­léans si on ne

l’en­voie pas en thé­ra­pie im­mé­dia­te­ment. » À

l’époque, la seule per­son­na­li­té trans­genre dont

l’en­fant en­tend par­ler s’ap­pelle Ca­ro­line Cos­sey,

pose pour Play­boy et joue dans le James Bond

Rien que pour vos yeux. « Elle était blanche et bri-

tan­nique ; j’étais noire et coin­cée à Mo­bile dans

l’Ala­ba­ma, nous confie l’ac­trice lorsque nous la

ren­con­trons dans l’in­ti­mi­té d’un pa­lace pa­ri­sien.

Com­ment au­rais-je pu m’iden­ti­fier une seule se-

conde à elle ? » C’est donc ailleurs, dans les écrits

fé­mi­nistes de l’Afro-Amé­ri­caine bell hooks et dans

les shows ma­jes­tueux de la chan­teuse Leon­tyne

Price que M

Cox a in­ven­té sa propre fé­mi­ni­té :

grand chic, bon genre. —

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