LA MECQUE IN­DÉ DE LOS AN­GELES

Le Trou­ba­dour ac­cueille les grands noms de la scène mu­si­cale sub­ver­sive de­puis les an­nées 1950. Flo­ri­lège.

Vanity Fair (France) - - Fan Fare - CLÉ­MEN­TINE GOLD­SZAL

C’est un lun­di or­di­naire sous le so­leil de Los An­geles. De­vant l’im­meuble du Trou­ba­dour, des hip­pies fre­donnent des airs folks. L’un d’eux a fait la route de­puis San Die­go. Son nom : .

Tom Waits Nous sommes en 1970. Le club est à l’apo­gée de son in­fluence. Chaque lun­di, les soi­rées open mic bap­ti­sées « Hoo­te­nan­ny » pro­pulsent sur le de­vant de la scène les mu­si­ciens les plus pro­met­teurs choi­sis le jour même par le pro­prié­taire des lieux,

. CheDoug Wes­ton veux longs, mous­tache et grandes lu­nettes, ce géant de deux mètres est l’un des per­son­nages les plus im­por­tants de l’in­dus­trie mu­si­cale de l’époque et un au­then­tique beat­nik qui lit des poèmes au pu­blic avant les concerts.

Ou­vert en 1957 sur La Cie­ne­ga Bou­le­vard, re­lo­ca­li­sé en 1959 sur San­ta Mo­ni­ca, le club est le ren­dez-vous des mé­lo­manes.

y boit des coups ; les pa­trons John Len­non de la­bel y payent des bières à de jeunes ar­tistes pro­met­teurs ; les fans jouent des coudes pour as­sis­ter aux soi­rées du lun­di ;

, ou The Byrds Da­vid Cros­by Jack­son

s’y pro­duisent ré­gu­liè­re­ment ; Browne c’est ici que se ren­contrent les membres des fu­turs ... L’en­trée est libre mais

Eagles les places sont chères. Ré­so­lu­ment folk, le Trou­ba­dour est le QG de la scène de Lau­rel Ca­nyon ( ,

Joan Mit­chell Linda , , Rond­stadt Cros­by, Stills & Nash Neil

) alors que le Whis­ky à Go­go, sur Young Sun­set Bou­le­vard, drague la scène rock.

Un bar sur la rue, une ar­rière- salle en bois do­tée d’un bal­con... Avec sa ca­pa­ci­té de 500 places, le Trou­ba­dour est as­sez grand pour faire par­ler de lui, as­sez pe­tit pour pro­gram­mer des in­con­nus. Un équi­libre qui fait son style : au coeur des an­nées 1970, les grands noms de la mu­sique pré­fèrent y jouer quatre soirs de suite plu­tôt que de don­ner un concert unique dans une salle plus grande.

Miles Da­vis s’y est ain­si pro­duit la même se­maine que

. Même Van Morrison le roi ya

Bob Dy­lan don­né deux concerts, en 1964 et 1974.

, nard Co­hen Bruce , ... tous ont Spring­steen Fleet­wood Mac fou­lé ces planches.

Quand, au dé­but de la dé­cen­nie sui­vante, le punk ex­plose, le pu­blic com­mence à dé­lais­ser cette salle et il fau­dra plu­sieurs an­nées au Trou­ba­dour pour chan­ger de cap. Après quelques ten­ta­tives d’ou­ver­ture au punk – et un concert des filles de

The qui se ter­mi­ne­ra en émeute –, Doug Bags Wes­ton se tourne vers la scène mé­tal. Les

, , ... Guns N‘ Roses Möt­ley Crüe Poi­son Comme des tro­phées de guerre de cette pé­riode d’ex­tra­va­gances ca­pil­laires et de gros son, leurs disques d’or ornent en­core les murs du bar. Mais l’his­toire du club s’écrit aus­si au pré­sent, une ga­geure dans une ville en constante évo­lu­tion et alors

Leo- que Live Na­tion, mas­to­donte de l’in­dus­trie du disque, a ra­che­té la ma­jo­ri­té des salles de la ville. , un tren­te­naire de la

Brian Smith gé­né­ra­tion brit pop pas­sion­né d’his­toire de la mu­sique, a été dix ans du­rant char­gé de pro­gram­mer les ar­tistes au Trou­ba­dour. Il se sou­vient de , de et

Cat Ste­vens Cold­play d’avoir vu dé­mar­rer ,

Vam­pire Wee­kend ou l’an­glais . « Le Bon Iver Sam Smith CBGB est un autre club my­thique, mais il n’existe plus et sa gloire a été brève. Alors que le Trou­ba­dour, s’en­or­gueillit-il, est en­core là, et reste un pas­sage obli­gé pour les jeunes ar­tistes qui veulent se faire connaître. » Ef­fec­ti­ve­ment, on y croise en­core du beau monde : en 2011, l’An­glais

fai­sait ses dé­buts amé­ri­cains sous Plan B les yeux d’ , tran­quille­ment ins

El­ton John tal­lé au bal­con pour ap­plau­dir son pou­lain.

Au­jourd’hui gé­ré par Ch­ris­tine, la fille du conseiller fi­nan­cier de Doug Wes­ton qui sau­va le club de la faillite, l’en­droit n’a pas bou­gé. Dans les bu­reaux, une pho­to de et en

John Len­non Har­ry Nils­son train de se faire je­ter sur le trot­toir ; fins saouls, ils per­tur­baient un concert des

. Une image de plus Smo­thers Bro­thers pour l’al­bum de famille du 9 081 San­ta Mo­ni­ca Bou­le­vard. —

Les Guns N’ Roses ont

don­né leur pre­mier

concert au Trou­ba­dour,

en 1985.

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