LA RE­VANCHE du PAT­CHOU­LI

Dif­fi­cile de trou­ver un par­fum du mo­ment qui ose se pas­ser de son ef­fet boi­sé-ter­reux, sombre et tel­le­ment chic.

Vanity Fair (France) - - Vanity Case - LIO­NEL PAILLÈS SYL­VIE YEU

Le pat­chou­li a long­temps traî­né une mau­vaise ré­pu­ta­tion. « Trop fort, trop sale, trop ani­mal », lui re­pro­chait- on. Si les de­mi-mon­daines du Se­cond Em­pire « co­cot­taient », c’est que les châles en ca­che­mire qui ré­chauf­faient leurs épaules avaient été en­ve­lop­pés de ses feuilles (par­fait an­ti­mite) pour voya­ger par ba­teau sans dom­mage de­puis l’Inde. Son odeur or­ga­nique, cam­phrée – avec un pe­tit re­lent de moi­sis­sure – bous­cu­lait les nez dé­li­cats. Au XXe siècle, les hip­pies et leurs bases pat­chou­li bon mar­ché ont ache­vé de ter­nir son image de marque. Bien qu’il soit de­puis tou­jours au coeur de l’ac­cord chypre (avec la ber­ga­mote, la rose, la mousse de chêne et le ciste -lab­da­num), comme dans Mit­sou­ko (Guer­lain) ou Aro­ma­tics Elixir (Cli­nique), il se­ra pour long­temps le ma­lai­mé, l’in­gré­dient qu’on n’ose pas re­ven­di­quer. Son re­tour en grâce après une ode éper­due à sa beau­té sombre (Pat­chou­li de Ré­mi­nis­cence, 1970) et le fra­cas­sant suc­cès d’An­gel (duel équi­li­bré entre un pa­quet de pra­lines et une over­dose de pat­chou­li) n’ex­plique pour­tant pas pour­quoi il se re­trouve dans la for­mule de tous les suc­cès du mo­ment (One Mil­lion, La Pe­tite Robe noire, La vie est belle, Flo­wer­Bomb...). « Même en trace, il ap­porte rus­ti­ci­té et au­then­ti­ci­té en même temps que du chic », ex­plique ,

Ni­co­las Clou­tier créa­teur du concept store Nose. Plus que d’autres ma­tières pre­mières, le pat­chou­li est dé­jà un par­fum à lui tout seul. Il sent la mousse et la terre hu­mide d’In­do­né­sie, dont il est ori­gi­naire. « Sa pré­sence en­ri­chit n’im­porte quelle for­mule, lui donne de la pro­fon­deur et de la so­phis­ti­ca­tion », ré­sume , par­fu­meur

Au­ré­lien Gui­chard chez Gi­vau­dan. Sur­tout, dé­sor­mais « net­toyé », moins ter­reux, dé­bar­ras­sé de ses notes de moi­si, le fa­meux « pat­chou­li coeur » (qui a fait le suc­cès de Co­co Ma­de­moi­selle de Cha­nel) est par­ve­nu à faire ai­mer du grand pu­blic cette ma­tière pre­mière un peu ru­gueuse, qui pour­rait bien être la star de la sai­son. —

ur la fa­çade en fonte de la bou­tique Paul Smith au 9, Al­be­marle Street, à Londres, dans

le quar­tier de May­fair, courent des cercles en­tre­la­cés qui s’ins­pirent du style Re­gen­cy.

Des el­lipses sveltes et dy­na­miques que l’on re­trouve sur le cuir dé­li­ca­te­ment em­bos­sé de

la col­lec­tion de pe­tite ma­ro­qui­ne­rie bap­ti­sée No.9. Même ceux qui n’ont pas la chance de fré­quen­ter cette adresse lon­do­nienne re­con­naî­tront la Paul Smith’s touch dans sa pa­lette de

— onze co­lo­ris chic et joyeux.

de san­tal et de muscs blancs.

hi­ver­nale.

ini­tiale.

Un ac­cord gour­mand pat­chou­li- fève

ton­ka- va­nille qui inau­gure la col­lec­tion « Les

pres­tiges ».

Un cock­tail boi­sé pour une co­logne sombre et

Une tu­bé­reuse ma­riée pour le meilleur

à un pat­chou­li en­core plus sombre que dans la ver­sion

Un pat­chou­li ren­du en­core plus pré­cieux

par l’es­sence de oud.

Une boule de pat­chou­li

(50 % de la for­mule) élec­tri­sée par une ra­sade de rhum

(en vente en jan­vier 2016).

Ha­billé de cas­to­réum et de ci­vette,

un pat­chou­li d’une ex­quise bru­ta­li­té.

I L L U S T R A T I ON

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.