LES RO­MAN­CIERS FONT SAU­TER LA BANQUE

Un mil­lion de dol­lars, voire plus, pour un pre­mier ro­man : la pra­tique est de­ve­nue cou­rante aux États-Unis. À New York, JEAN-ÉRIC BOU­LIN est al­lé à la ren­contre de ces jeunes écri­vains en or.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

L’écri­vain qui vaut 2 mil­lions de dol­lars porte des Adi­das Sam­ba fa­ti­guées et une che­mise blanche im­ma­cu­lée. Il est jeune – 36 ans –, grand, sec, blond, avec un nez d’aigle. Il res­semble à un Scan­di­nave, comme son pa­tro­nyme pour­rait l’at­tes­ter, Garth Risk Hall­berg. Avec son pre­mier ro­man de plus de 900 pages tout juste pa­ru en France, dont l’ac­tion se dé­roule dans le New York élec­trique des an­nées 1970, il a fait sau­ter la banque : son édi­teur amé­ri­cain, Knopf, une fi­liale du géant Pen­guin Random House, a dé­bour­sé cette somme re­cord pour ac­qué­rir les droits du livre à la­quelle se sont ajou­tés les droits ci­né­ma et les droits étran­gers pour dix­neuf pays. Plon a payé plus de 100 000 eu­ros pour le pu­blier en France, alors que les à-va­loir pour un pre­mier ro­man fran­çais dé­passent ra­re­ment 3 000 eu­ros.

Au troi­sième étage de la fa­meuse li­brai­rie Strand, près de Union Square à Man­hat­tan, le 12 oc­tobre 2015, le nou­veau pro­dige des lettres amé­ri­caines ne veut pas par­ler chiffres. Pas plus que son édi­trice chez Knopf, Dia­na Miller, une jeune femme brune un peu raide qui ne le lâche pas du re­gard. C’est le soir du lan­ce­ment de Ci­ty on Fire. Hall­berg se tient face à un pu­pitre, de­vant un mur de livres à la re­liure do­rée qui évo­que­rait la bi­blio­thèque d’un gen­til­homme s’il ne s’y trou­vait quatre tomes in­con­grus d’une en­cy­clo­pé­die Play­boy. Il lit un ex­trait de son ro­man de­vant un pu­blic d’une ving­taine de per­sonnes avant de ré­pondre à quelques ques­tions. Il est mal à l’aise. Ses mains glissent sur les re­bords du pu­pitre. Il frappe dou­ce­ment le sol avec les ta­lons de ses Sam­ba. Il ra­conte qu’il a tou­jours été fas­ci­né par le New York des an­nées 1970, son éner­gie punk, sa vio­lence créa­trice, son es­thé­tique go­thique qu’il ap­pré­cie en connais­seur, puis­qu’il vient du Sud des États-Unis – il est né en Loui­siane et a gran­di en Ca­ro­line du Nord –, haute terre du go­thique en lit­té­ra­ture. Ci­ty on Fire est donc un l ivre émi­nem­ment nos­tal­gique. Ce New York sexy et dan­ge­reux n’existe plus ; Pat­ti Smith a vieilli ; l’hô­tel Chel­sea a été ra­che­té et l’East Vil­lage n’est plus une pé­pi­nière de mu­si­ciens mais de ban­quiers et de pro­fes­seurs de yo­ga. Hall­berg ex­plique qu’il a mis sept ans pour fi­nir ce livre, com­men­cé en 2006, écrit en grande par­tie à la New York Pu­blic Li­bra­ry.

L’in­trigue, por­tée par les per­son­nages les plus hé­té­ro­clites, tourne au­tour du corps d’une jeune femme re­trou­vé à Cen­tral Park la nuit du 31 dé­cembre 1976 et culmine avec la grande panne d’élec­tri­ci­té qu’a connue New York, le 13 juillet 1977. « J’ai été très sur­pris d’être pu­blié, se sou­vient Hall­berg.

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