À L’HÔ­TEL AVEC JU­LIETTE BI­NOCHE ET KRIS­TEN STE­WART

À Sils-Ma­ria, le temps semble s’être ar­rê­té au Wald­haus.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - – ALEXANDRE COMTE

Une in­tui­tion comme un choc, une ré­vé­la­tion. C’est à Sils-Ma­ria, vil­lage per­ché dans les Alpes suisses, que fut frap­pé par ce qui al

Nietzsche lait de­ve­nir l’un des concepts es­sen­tiels de sa phi­lo­so­phie : l’éter­nel re­tour. En août 1881, sur une feuille de pa­pier, il écrit : « À 6 000 pieds par- de­là l’hu­main et le temps. (...) C’est là que cette idée m’est ve­nue. » On ar­rive de nuit à Sils-Ma­ria après de longues heures de train. L’in­fi­nie pro­fon­deur du ciel étoi­lé at­té­nue à peine le sen­ti­ment d’op­pres­sion dif­fus qui émane des mon­tagnes pour­tant in­vi­sibles à cette heure. Seuls nous éclairent quelques points de lu­mière, dis­sé­mi­nés ici où là, plus ou moins hauts, et puis sou­dain ap­pa­raît le Wald­haus. Ses lu­mières ras­surent, sa cha­leur ré­con­forte – on pour­rait crier : terre ! – mais l’hô­tel cen­te­naire est moins un phare qu’un étrange et ma­jes­tueux ba­teau, pa­que­bot de luxe mi­ra­cu­leu­se­ment an­cré dans la val­lée de l’En­ga­dine, étrange na­vire pro­po­sant des croi­sières im­mo­biles, des tra­ver­sées in­times et so­li­taires qui ont at­ti­ré de pres­ti­gieux pas­sa­gers : les écri­vains , Mar­cel Proust

, , Tho­mas Mann Her­mann Hesse

, le ci­néaste Tho­mas Bern­hard Lu­chi­no

, le met­teur en scène Vis­con­ti Max

ou en­core ... Sils Rein­hardt Da­vid Bo­wie Ma­ria, c’est aus­si le titre du der­nier film d’ , avec un duo d’ac­trices

Oli­vier As­sayas au som­met : et

Ju­liette Bi­noche Kris­ten . Cer­taines scènes ont été tourS­te­wart nées au Wald­haus, avec la com­pli­ci­té des quelque cent qua­rante em­ployés (dont cer­tains, fi­dèles, tra­vaillent pour l’hô­tel de­puis plus de soixante sai­sons) et l’as­sen­ti­ment de la di­rec­tion, in­car­née par les frères Die­trich, cin­quième gé­né­ra­tion de cet éta­blis­se­ment fa­mi­lial. Ceux qui ont vu le film ont peut- être pu re­con­naître les membres du per­son­nel qui ont joué le jeu de la fi­gu­ra­tion : chauf­feur, voi­tu­rier, por­tier, ré­cep­tion­niste ou ser­veur. Ils ont re­trou­vé l’élé­gant fu­moir (la glace der­rière la baie vi­trée, le feu dans la che­mi­née) où Ju­liette Bi­noche es­saye des robes Cha­nel. Les cou­loirs où elle prend la pose sous le lu­mi­naire art nou­veau. L’es­ca­lier aux marches de marbre blanc qui mène aux chambres, le hall où sont don­nés des concerts de mu­sique clas­sique ou de jazz. Et puis la vue ma­jes­tueuse, im­mor­ta­li­sée aus­si par dans

Claude Cha­brol Rien ne va plus avec .

Isa­belle Hup­pert Des chambres ou du res­tau­rant, les mon­tagnes se ré­vèlent, écla­tantes lorsque le jour se lève. L’hô­tel prend alors une autre di­men­sion, de na­vire il se trans­forme en châ­teau fort do­mi­nant le vil­lage. On com­prend alors plei­ne­ment ce qui a pous­sé tant de grands ar­tistes à s’at­tar­der dans ce re­fuge. Ici, été comme hi­ver, l’aube fait scin­tiller les som­mets re­cou­verts de neige éter­nelle. Les lacs, fluides ou ge­lés, re­flètent le ciel comme des mi­roirs. Le film d’Oli­vier As­sayas parle d’une ac­trice confron­tée au temps qui fuit. À Sils-Ma­ria, « à 6 000 pieds par- de­là l’hu­main et le temps », il semble comme sus­pen­du. En­clos entre les murs boi­sés du Wald­haus.

Do­mi­nant le vil­lage,

le Wald­haus se dresse

tel un châ­teau

de contes de fées.

Ju­liette Bi­noche

et Kris­ten Ste­wart.

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