Sur le re­monte-pente DE MES SOU­VE­NIRS

Vanity Fair (France) - - Éditorial -

Au siècle précédent, le fes­ti­val du film fan­tas­tique d’Avo­riaz fut le ren­dez-vous hi­ver­nal des ci­néastes et des ac­trices (« il n’y a pas d’ac­teurs, il n’y a que des ac­trices », m’a dit un jour Vincent Cas­sel). Spiel­berg, Po­lans­ki, An­to­nio­ni, Pol­lack, De Ni­ro, Lu­met et mille autres. Gé­rard Bré­mond, l’heu­reux pro­mo­teur de la sta­tion, ra­conte pour­quoi et com­ment il a eu l’idée lu­mi­neuse de créer cet évé­ne­ment sin­gu­lier avec Lio­nel Chou­chan. Terminator et Mad Max ont fait leurs dé­buts là-haut, à 1 800 mètres d’al­ti­tude dans une sta­tion où les traî­neaux ont rem­pla­cé les voi­tures. Pour y avoir par­ti­ci­pé tant de fois, en­clen­cher le re­monte-pente des sou­ve­nirs pit­to­resques est fa­cile ; comme une des­cente noc­turne en sacs-pou­belle du haut d’un res­tau­rant d’al­ti­tude après une ava­lanche de gé­né­pi avec Jane Bir­kin et Mi­chel Blanc. À l’ar­ri­vée, Jane nous a dit : « Tou­chez mon cul, il vient de chez Ber­tillon. » Sté­pha­nie de Mo­na­co, qui sor­tait de l’ado­les­cence, y est ve­nue pré­sen­ter sa pre­mière (et seule) col­lec­tion de maillots de bain avec dé­fi­lé dans une boîte de nuit alors qu’il fai­sait – 15° à l’ex­té­rieur. Tout s’est ter­mi­né, comme pré­vu, par une mi­ni- émeute. Pour tour­ner une sé­quence avec John­ny Hal­ly­day, on a vou­lu fri­mer en hé­li­co­ptère et, en des­cen­dant, on s’est en­fon­cés dans la neige jus­qu’à la taille. Il a fal­lu nous dé­ga­ger ! Ch­ris­tophe Lam­bert pro­vo­quait (dé­jà à l’époque) des hys­té­ries chez les jeunes filles, y com­pris celles is­sues de bonnes fa­milles de la Côte d’Azur ou, à la li­mite de l’Ita­lie, sur un ro­cher. Beau­coup de films pré­sen­tés

MI­CHEL DE­NI­SOT

à Avo­riaz font ré­fé­rence à L’As­cen­seur, et à Christine, du nom d’une au­to­mo­bile rouge sur­na­tu­relle et mal­veillante qui prend pe­tit à pe­tit le contrôle de l’ado­les­cent qui l’a ache­tée et qui tue ceux qui es­saient de les sé­pa­rer. La voi­ture est res­tée dans ma mé­moire et j’ai cru qu’elle me pour­sui­vait dans la nuit sans que j’aie abu­sé de quoi que ce soit. Elle ne me quit­te­ra ja­mais...

Ed­wige, la reine des punks, était sur d’autres cimes, d’autres pentes, d’autres pa­ra­dis, par­fois blancs. Prê­tresse de l’amour au fé­mi­nin, de la drogue et de la nuit, elle fut l’in­car­na­tion d’un ro­man­tisme ab­so­lu. Le Kat­man­dou, boîte les­bienne (j’y suis al­lé ; il n’y avait pas de toi­lettes pour hommes), le Sept, boîte gay où Yves Mou­rou­si (avec qui j’ai pré­sen­té le 13-Heures sur TF1) or­ga­ni­sait des fêtes lé­gen­daires avec des in­vi­tés de tous bords et de toutes confes­sions... Ed­wige fut long­temps la maî­tresse de ces lieux. Elle a te­nu la porte du Pa­lace, où l’hé­roïne n’était pas de trop. Sa vie était sans len­de­main, une vie de sé­duc­trice plus que de « gou­dou », comme elle le di­sait. Même si elle avait confié à son amie Farida Khel­fa que, « de temps en temps, elle ai­mait bien la bite ». Le 21 sep­tembre 2015, son corps n’en pou­vait plus. Un ami l’a dé­bran­chée, met­tant fin à une his­toire vio­lente, brû­lante, qui se lit d’un trait sans sau­ter une ligne.

Ah oui, Christine... Il y a quelques mois, j’étais à Los An­geles avec Pa­trick De­mar­che­lier afin de pho­to­gra­phier Omar Sy pour Va­ni­ty Fair. Nous avons pri­va­ti­sé un mo­tel pour les prises de vue. Il y avait là une car­casse de voi­ture en­core rouge par en­droits au fond du par­king en plein air. « C’est Christine », m’a dit le gar­dien. J’ai en­fin pu la tou­cher et ça va mieux, mer­ci. �

« C’EST CHRISTINE »,

m’a dit le gar­dien d’un mo­tel à Los An­geles.

Christine de John

Car­pen­ter (1983).

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