FRIME CONNEXION

Ins­ta­gram, Fa­ce­book, Twit­ter… Les ac­teurs de l’art contem­po­rain uti­lisent de plus en plus ces pla­te­formes nu­mé­riques pour faire grim­per leur cote. ALEXIS JA­KU­BO­WICZ dé­voile l’en­vers de cette vi­trine.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

Jeune et jo­lie blonde ra­conte sa vie sur Ins­ta­gram à 80 000 fans. Pe­tits chats, tartes aux fraises, ca­fé- crème et coeur de lait, crème de jour et vues de nuit sur les toits de New York : tout y est. Ma­de­moi­selle s’au­to­rise un sel­fie dans une chambre d’hô­tel. Cou­ron­née de fleurs, le re­gard en biais sur l’écran d’un iP­hone aus­si pâle que sa peau, la bouche en bou­ton d’or, vê­tue d’un T-shirt plu­tôt court : la voi­ci gra­ti­fiée de 169 likes. En re­mon­tant le flux de ses images, on la voit prendre des cours de pole dance, man­ger des toasts à l’avo­cat en es­car­pins Va­len­ti­no, pra­ti­quer le yo­ga et se faire gon­fler les seins. Puis un jour, la blonde de­vient brune et tout change. Alors qu’elle po­sait en­core avec un éven­tail de billets de 100 dol­lars quelques vi­gnettes plus bas, l’ex-bim­bo se met à la BD, voyage à Pyon­gyang et poste des mèmes de pi­geons. @ame­liaul­man au­rait- elle été vic­time d’une dé­com­pen­sa­tion ? Est- elle un agent double ? Ou une jeune fille de plus pau­mée sur In­ter­net ? Un peu des trois, c’est une ar­tiste. Une ar­tiste sa­cré­ment douée qui, d’avril à sep­tembre 2014, a trans­for­mé sa vie en mise en scène bling, non pas pour le pu­blic de l’art contem­po­rain, mais pour ce­lui beau­coup plus vaste des ré­seaux so­ciaux. La belle fu­mis­te­rie est as­sez juste, su­per­fi­cielle et vio­lente pour de­ve­nir le pa­ran­gon cri­tique de la jeu­nesse, de la fé­mi­ni­té stan­dar­di­sée, mais aus­si des ou­trances égo­tiques du mi­lieu de l’art.

Le pro­jet, in­ti­tu­lé Ex­cel­lences and Per­fec­tions, est d’une telle acui­té qu’il vaut à Ama­lia Ul­man, Ar­gen­tine née en 1989, de fi­gu­rer au clas­se­ment 2016 de Forbes des « 30 un­der 30 ». Son en­tour­loupe au par­fum de ma­ca­ron à la rose La­du­rée peut se lire comme une fable sur le culte de la per­for­mance dans un mi­lieu de l’art de plus en plus concur­ren­tiel. De­puis dix ans, le nombre de foires et d’évé­ne­ments ex­plose, les cotes des ar­tistes font la gi­rouette et les ten­dances s’ef­fondrent aus­si vite qu’une ru­meur sur Twit­ter. Mal­gré cette spec­ta­cu­laire ex­pan­sion, le pou­voir reste concen­tré entre les mains d’une poi­gnée de mar­chands, d’ar­tistes et de

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