Ryui­Chi Sa­ka­mo­to

Met­teur en sons

Vanity Fair (France) - - Vanity Fair Témoignage - ÉRiC da­haN

l suf­fit d’un seul film pour en­trer dans l’his­toire : en 1983, Ryui­chi

Sa­ka­mo­to, sa­mou­raï ma­gné­tique de l’elec­tro-pop nip­pone, in­ter-

prète le ca­pi­taine Yo­noi dans Fu­ryo. Ce sont ses dé­buts d’ac­teur

et de com­po­si­teur pour le ci­né­ma et il fait mouche sur les deux ta-

bleaux. « Na­gi­sa Oshi­ma est ve­nu me rendre vi­site avec son script

sous le bras, se sou­vient le mu­si­cien qui vit à Man­hat­tan. Je brû­lais

d’en­vie de lui dire oui, mais j’ai d’abord de­man­dé si je pour­rais éga-

le­ment faire la mu­sique. À quoi il a ré­pon­du : “Bien sûr !” Je n’avais

ja­mais pris de cours de co­mé­die ni com­po­sé de bande ori­gi­nale

mais je sen­tais que la mu­sique se­rait un en­jeu im­por­tant du film, ne

se­rait-ce que parce que le rôle du pri­son­nier de guerre avait été

confié à Da­vid Bo­wie. » Mal­gré sa per­for­mance sai­sis­sante en chef

de camp trou­blé par l’astre rock, au som­met de sa blon­deur vé­né-

neuse, Sa­ka­mo­to ne joue en­suite qu’un pe­tit rôle, en 1987, dans Le

Der­nier Em­pe­reur,

parce que « l’on ne dit pas non à Ber­to­luc­ci »,

mais éga­le­ment parce que ce film lui offre l’oc­ca­sion de com­po­ser un

nou­veau thème mé­mo­rable. Si le ju­ry can­nois igno­ra Fu­ryo au pro­fit

d’un re­make aca­dé­mique de La Bal­lade de Na­raya­ma réa­li­sé par

Sho­hei Ima­mu­ra, l’aca­dé­mie des os­cars dé­cer­na neuf sta­tuettes au

Der­nier Em­pe­reur dont une à Sa­ka­mo­to. La BO de Fu­ryo at­tri­buait

un leit­mo­tiv à chaque per­son­nage et en­tre­la­çait les thèmes avec une

rare maî­trise. « Je n’avais pour­tant au­cune culture de la mu­sique de

films ni de l’opé­ra : je haïs­sais Ver­di, Puc­ci­ni et sur­tout Wa­gner. J’étais

ra­di­cal, ne ju­rais que par l’avant-garde. Ce n’est qu’après ce coup

d’es­sai que je me suis in­té­res­sé à Ber­nard Herr­mann, Ni­no Ro­ta et

En­nio Mor­ri­cone », re­prend l’éter­nel jeune homme de 64 ans, en-

tou­ré de ses syn­thé­ti­seurs. Quelques di­zaines de BO chocs et CD

chic plus tard, Ryui­chi Sa­ka­mo­to re­çoit un ap­pel de Los An­geles

au prin­temps 2015. « Ils vou­laient que j’ar­rive le len­de­main pour

vi­sion­ner

The Re­ve­nant.

de­vais mé­na­ger mes forces, mais je sa­vais que l’oc­ca­sion de tra­vail-

ler pour Ale­jan­dro Gonzá­lez Iñár­ri­tu ne se re­pro­dui­rait pas de si­tôt.

J’ai donc sau­té dans un avion. Ce film épique, tour­né dans le dé­cor

na­tu­rel des mon­tagnes Ro­cheuses, ra­conte une his­toire simple : un

chas­seur du

Je lut­tais contre un can­cer de la gorge et

siècle, Leo­nar­do DiCa­prio, veut ven­ger sa fa­mille

as­sas­si­née. Mais le per­son­nage prin­ci­pal du film, c’est la na­ture im-

muable et in­fi­nie, qui ré­duit la plus grande tra­gé­die hu­maine à une

mi­cro­pé­ri­pé­tie. C’est ce­la que j’ai es­sayé d’ex­pri­mer. » Lors­qu’on

lui fait re­mar­quer qu’il n’a pas pu­blié d’al­bum so­lo de­puis sept ans,

Sa­ka­mo­to prend un air dé­so­lé : « Je jure à chaque fois que ce se­ra

ma der­nière BO, car c’est trop de stress et de frus­tra­tions, le ré­ali-

sa­teur fi­nit par faire ce qu’il veut et je me sens dé­pos­sé­dé. Mais ces

grands ci­néastes me fas­cinent et leurs uni­vers m’ins­pirent. J’ai plus

en­vie de me dé­pas­ser pour eux que pour moi-même. » —

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