« MA­DON­NA PEUT SE MON­TRER TRÈS RA­DI­CALE »

La Ger­ma­no-Co­réenne Hon­ji Wang et le Fran­co-Es­pa­gnol Sé­bas­tien Ra­mi­rez s’en­volent dans leur spec­tacle Bor­der­line après avoir fait dan­ser la Ma­done.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - — ERICK GRI­SEL

Avec son chi­gnon ju­ché au som­met du crâne et son grand man­teau blanc, elle semble sor­tie tout droit d’un dé­fi­lé Is­sey Miyake. Vi­sage taillé à la serpe et che­veux lis­sés en ar­rière, lui, le cham­pion de break- dance, res­semble da­van­tage à un dan­seur de tan­go. Hon­ji Wang et Sé­bas­tien Ra­mi­rez ne passent pas in­aper­çus. Pas éton­nant que Ma­don­na les ai re­pé­rés lors d’une au­di­tion à New York. Elle les a d’abord en­ga­gés pour dan­ser, puis elle leur a com­man­dé quelques cho­ré­gra­phies pour son Re­bel Heart Tour. « Tra­vailler avec elle est un in­ves­tis­se­ment à plein- temps sur une courte du­rée, ex­plique Hon­ji. Il faut s’adap­ter très vite. Elle est vrai­ment dans le dé­tail. Elle prend le temps de s’as­seoir, de ré­flé­chir avec nous. C’est fou comme elle sent les gens. » Sé­bas­tien pour­suit : « Elle peut aus­si se mon­trer très ra­di­cale dans ses ju­ge­ments. Par­fois elle vient, re­garde, dit ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas et fait re­des­cendre ses in­di­ca­tions à toute une hié­rar­chie de gens à cô­té d’elle. » Face à une si grosse ma­chine, les dan­seurs- cho­ré­graphes ont un atout ma­jeur : ils sont deux. En couple de­puis sept ans main­te­nant, ils se sont ren­con­trés dans une salle de ré­pé­ti­tion à Ber­lin. For­mée à la danse clas­sique, Hon­ji écou­tait du hip-hop et rê­vait de break- dance. « J’étais en jog­ging ce jour-là. Je ne vou­lais pas être trai­tée comme une fille. Il m’a re­gar­dée dan­ser et m’a dit : “Ah, c’est pas mal !” » Sé­bas­tien sou­rit : « Elle avait beau­coup de grâce, d’élé­gance. Moi, je vou­lais di­ri­ger ma danse vers d’autres sphères. On a mé­lan­gé nos deux styles et ça a pris tout de suite. » De duos dan­sés en cho­ré­gra­phies de groupe, ils s’im­posent sur les plus grandes scènes in­ter­na­tio­nales. Un coup d’oeil au tea­ser de Bor­der­line, le mor­ceau de bra­voure qu’ils re­prennent à Pa­ris, laisse pan­tois. Sur scène, ils sont ac­com­pa­gnés de trois autres in­ter­prètes et d’un gréeur qui ma­ni­pule des câbles : « En tant que dan­seurs spé­cia­li­sés au sol, c’était une oc­ca­sion de dé­fier la gra­vi­té, ex­plique le cho­ré­graphe. J’ai dé­cou­vert le gréage à Ber­lin grâce à des amis cas­ca­deurs qui tra­vaillent dans le ci­né­ma. Quand j’ai vu leur sys­tème de câ­blage, je me suis dit : “Waouh !” Ap­pli­qué à la danse, ça pou­vait de­ve­nir in­té­res­sant. » Lorsque Hon­ji et Sé­bas­tien tra­vaillent sur une créa­tion, leurs rôles sont com­plé­men­taires et en constante évo­lu­tion. « On uti­lise ce qui est bon dans cha­cun. Hon­ji a une vi­sion plus es­thé­tique ; elle sait com­ment ame­ner cer­tains mou­ve­ments, cer­taines idées. Moi je suis plus sur la tech­ni­ci­té, le phra­sé de la danse. » Hon­ji com­plète : « Ça se fait très na­tu­rel­le­ment. C’est comme à la mai­son ; il y en a un qui cui­sine, l’autre qui fait le mé­nage. Dans le tra­vail, il peut par­tir de ce que je pro­pose et moi de ce qu’il fait. » Tou­jours entre deux avions, deux spec­tacles, ils ha­bitent chez elle à Ber­lin ou chez lui à Per­pi­gnan mais ils rêvent de s’ins­tal­ler à Pa­ris. « C’est bien, Pa­ris ? » de­mandent-ils. On est sur le point de ré­pondre que Ber­lin, c’est sans doute mieux. Mais on ai­me­rait qu’ils viennent créer plus sou­vent à Pa­ris. Alors on dit oui.

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