The last sha­dow pup­pets

Les Af­fran­chis

Vanity Fair (France) - - Vanity Fair Enquête - Clé­mentne Goldszal

Un ma­tin de jan­vier à Pa­ris, deux An­glais en cos­tume

bleu pâle et che­mise blanche lar­ge­ment dé­bou­ton­née

fument une ci­ga­rette sur le bal­con de l’hô­tel des Bains

Douches. Nar­quois comme des ados ma­lins, Alex

Tur­ner et Miles Kane af­fichent tou­jours ce goût de la blague

po­tache qui fait le sel de leur duo gé­mel­laire de­puis leurs

dé­buts. En 2008, coif­fés comme les Beatles, Alex Tur­ner et

Miles Kane, 22 ans cha­cun, dé­voi­laient au monde The Age

of the Un­ders­ta­te­ment. En douze chan­sons épiques, amples,

su­blimes, ils convo­quaient les fan­tômes du com­po­si­teur

John Bar­ry et du gé­nial Scott Wal­ker et rha­billaient la pop

an­glaise, alors tout en gui­tares fu­rieuses, de vio­lons ef­fré­nés

et de grandes mé­lo­dies ci­né­gé­niques. Sous l’étrange nom

de The Last Sha­dow Pup­pets, Alex Tur­ner – le lea­der des

Arc­tic Mon­keys, groupe de Shef­fields qui fit re­vivre en

2006 la grande tra­di­tion du rock Bri­tish – et Miles Kane

– à la tête de The Ras­cals – dé­bar­quaient avec éclat dans

la cour des très grands. Sept ans plus tard, leur coupe de

che­veux a chan­gé, leur dis­cours s’est af­fi­né, mais la même

dis­tance ma­li­cieuse conti­nue d’in­fu­ser cha­cune de leurs

com­po­si­tions. Le duo ma­gique s’est re­for­mé pour en­re­gis­trer

un se­cond al­bum au titre men­teur : Eve­ry­thing You’ve Come

To Ex­pect (« Tout ce à quoi vous pour­riez vous at­tendre »)

est un disque qui re­gorge de sur­prises. Alex Tur­ner a l’oeil

qui frise quand il glisse : « Je tente déses­pé­ré­ment d’être

un homme sé­rieux. » Sur les pho­tos of­fi­cielles, lui et son

com­plice posent en mode Les Af­fran­chis, avec chaîne en

or qui brille et dé­cor Ca­si­no. Et il y a ef­fec­ti­ve­ment quelque

chose de scor­sé­sien dans leur mu­sique : un ba­lan­ce­ment

entre drame et dé­ri­sion, un sou­rire en coin qui sauve tou­jours

du gran­di­lo­quent, une forme de vi­ri­li­té la­tine qui va­lo­rise

l’émo­tion... Sur les onze mor­ceaux du disque, ils chantent

avec une sua­vi­té in­édite, por­tant fiè­re­ment ces cos­tumes de

croo­ners qui leur vont comme un gant. Une vraie le­çon de

brit‑chic. —

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