Li­ly DI­VINE

Vanity Fair (France) - - Éditorial -

De ses dé­buts jus­qu’à au­jourd’hui, le par­cours de Va­nes­sa Pa­ra­dis m’est fa­mi­lier. Nos ren­dez- vous ont ja­lon­né sa vie de­puis Joe le taxi ; Va­nes­sa est « née » en même temps que Ca­nal +. La ré­ac­tion du pu­blic can­nois sym­bo­lise tout ce qui peut ar­ri­ver à une jeune ­lle en­core mi­neure et pro­pul­sée star. En jan­vier 1988, au ga­la du Mi­dem que je pré­sente sur TF1, la foule est hos­tile sans rai­son. À 15‹ ans et 2‹ mois, Va­nes­sa fait face à la bê­tise pen­dant quatre mi­nutes, en di­rect : un cau­che­mar ! Elle tient le choc. Son re­gard cherche de l’aide. Elle a un aplomb in­ima­gi­nable sous les si“ets. Dans les cou­lisses, elle s’ef­fondre en larmes dans les bras de Di­dier Pain, son oncle, pro­duc­teur, et ma­na­ger d’alors, au­jourd’hui re­ti­ré en Thaï­lande. Mai 1995, re­tour à Cannes. Et quel re­tour ! Je suis pro­duc­teur des cé­ré­mo­nies d’ou­ver­ture et de clô­ture du fes­ti­val. L’idée me vient, avec mon col­lègue Di­dier Fer­ron, d’ap­pe­ler Va­nes­sa Pa­ra­dis. Jeanne Mo­reau est pré­si­dente du ju­ry. La suite ne m’ap­par­tient pas. Le Tour­billon de la vie se ter­mi­ne­ra par un duo im­pro­vi­sé entre Va­nes­sa et Jeanne, il res­te­ra pour tou­jours un in­ou­bliable mo­ment d’émo­tion qui donne la chair de poule. Va­nes­sa avait tout pré­pa­ré en se­cret : l’ar­ri­vée en avion pri­vé, l’hô­tel dans l’ar­rière-pays, à Saint-Paul de Vence, ni vue ni connue des fes­ti­va­liers jus­qu’à son en­trée, pieds nus, sur la scène du Pa­lais des fes­ti­vals. On a bu un verre à bord du Don Juan, le ba­teau qui ser­vait aux ré­cep­tions de Ca­nal + à l’époque, en pe­tit co­mi­té avec Fé­lix La­lane, le gui­ta­riste qui l’ac­com­pa­gnait, et Pierre Les­cure, qui a tou­jours été pré­sident (hier de Ca­nal +, au­jourd’hui du fes­ti­val). Et puis, elle s’est en­vo­lée dans la nuit. Tour­billon...

Cette sé­quence, réa­li­sée par Re­naud Le Van Kim, a été mul­ti­di¡usée avec une émo­tion in­tacte, comme une pre­mière fois. Ce soir-là, Va­nes­sa et Jeanne étaient « les de­moi­selles de Cannes », comme il y eut Les De­moi­selles de Ro­che­fort, en ou­bliant l’écart de gé­né­ra­tion. Unies par un su­blime ta­lent.

MI­CHEL DE­NI­SOT

Va­nes­sa est née avec Ca­nal + . Li­ly-Rose CHOI­SIT

En­suite, il y eut New York et Len­ny Kra­vitz, une in­ter­view à do­mi­cile, un con­cert avec Ig­gy Pop en pré­sence de Joh­ny Depp. Et, tout au dé­but, un pre­mier Mon Zé­nith à moi par­ta­gé avec El­sa, sa ri­vale d’alors, un autre Zé­nith seule, les Cé­sar... Sa pre­mière sta­tuette pour Noces blanches, et puis... et puis...

Ven­dre­di 25 mars, à Pa­ris, j’ai fait connais­sance avec sa ­lle de 16 ans, Li­ly-Rose. Dé­jà deux ­lms ; Cannes l’at­tend. On ad­mire sou­vent les en­fants d’ar­tistes qui suc­cèdent à leurs pa­rents‹ : la trans­mis­sion du sa­voir-faire est noble. Pour eux, c’est plus com­pli­qué : la cri­tique est im­pi­toyable. Li­ly-Rose est prête. Elle le sait. La ­lle de Joh­ny‹ Depp et de Va­nes­sa‹ Pa­ra­dis est une en­fant de Hol­ly­wood. Elle en connaît les codes – on l’a vu lors de notre séance pho­to. Elle en connaît aus­si les pièges, les exi­gences. Elle est très en avance et se sait at­ten­due. Sa pre­mière séance pho­to fran­çaise est pour Va­ni­ty Fair, sa pre­mière in­ter­view aus­si. Au­cune jeune ac­trice n’in­carne mieux qu’elle le lien qui unit notre ma­ga­zine à Hol­ly­wood. Les ­lles de sa gé­né­ra­tion la guettent. Cet après­mi­di-là, elle m’a beau­coup par­lé de ses pa­rents et de son frère de 13‹ans, comme une ado. Cette nou­velle « brin­dille » a de l’ap­pé­tit. Elle sait ce qu’elle veut et elle l’ob­tien­dra, j’en prends le pa­ri. ±

Mon Zé­nith à moi, 1989. Va­ni­ty Fair, 2016.

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