Bien­ve­nue en Wal­li­for­nie

Char­le­roi, le nou­veau Ber­lin ? Ré­no­va­tion ur­baine, pro­jets ar­chi­tec­tu­raux et cultu­rels, la ville belge re­naît sur les friches de son pas­sé minier. Phi­liPPe TRéTiaCk nous guide dans cette fu­ture « place to be ».

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

au temps de sa splen­deur, Char­le­roi ré­gnait sur le monde. Man­ches­ter et Düs­sel­dorf pou­vaient sa­tu­rer l’air de toutes les sco­ries de leurs ma­nu­fac­tures ; les houillères, les forges, les acié­ries wal­lonnes fra­cas­saient le ciel de jour comme de nuit. Par di­zaines de mil­liers, les tra­vailleurs émi­grés mon­taient d’Ita­lie pour plon­ger dans les fosses. Le 8 août 1956, la ca­tas­trophe du Bois du Ca­zier en tua 262. Au pe­tit ma­tin, le pou­mon noir de la Bel­gique ho­que­tait des cor­billards. Puis vint l’as­phyxie. Con­cur­ren­cés par le pé­trole, les puits pé­ri­cli­tèrent, sui­vis par la ville tout en­tière. Dans le mou­ve­ment mon­dial qui pro­pul­sait le consu­mé­risme au fir­ma­ment des es­pé­rances so­ciales, Char­le­roi édi­fia des centres com­mer­ciaux à sa pé­ri­phé­rie. Dé­lais­sés, les com­mer­çants du centre­ville fer­mèrent bou­tique. Comme ils lo­geaient au­des­sus de leurs échoppes, ils durent plier ba­gage. L’Eu­rope eut son pe­tit Dé­troit, une ville sac­ca­gée, li­vrée aux squats et aux tra­fics de drogue. Hier géant, Char­le­roi dé­sor­mais gi­sait dans la pous­sière. La ville de­vint le ré­fé­rent des en­ne­mis de la Wal­lo­nie, ca­ri­ca­tu­rée en terre de crime, d’al­cool et de pa­resse. Et le sort s’achar­na. En 1996, un cer­tain Marc Du­troux fut ar­rê­té. On dé­cou­vrit à Mar­ci­nelle, com­mune de Char­le­roi, une chambre de tor­tures dis­si­mu­lée dans la cave de sa mai­son. Ce fut un séisme. En­suite, ce fut pire. Sy­no­nyme de pé­do­phi­lie, Char­le­roi fut rat­tra­pée par la po­li­tique vé­reuse. En 2005, puis en 2010, écla­tèrent des scan­dales gi­gan­tesques. Pour The Te­le­graph, Char­le­roi était « la ville la plus dé­pri­mante du monde » ; « la plus laide » pour The New York Times qui ajou­tait : « une ville où les gangs se servent d’un lance­ro­quettes quand un pis­to­let suf­fi­rait ». Pour une ci­té à terre, ce­la com­men­çait à faire beau­coup.

Alors vint Paul Ma­gnette. De­puis 2012, cet élu au phy­sique d’ac­teur de sé­rie té­lé­vi­sée, 45 ans, cos­tume noir et col rou­lé, of­fi­cie à l’hô­tel de ville. Dans son pa­lais Art dé­co où des ves­tales an­tiques

Le bourg­mestre, Paul ma­gnette, as­sis sur le C cou­ron­né sym­bo­li­sant sa ville. À gauche, à Char­le­roi, les grues ri­va­lisent avec les bef­frois.

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