« MIKE LEIGH, C’EST COMME TCHE­KHOV »

À l’af­fiche de la co­mé­die Mag­gie a un plan, l’ac­trice amé­ri­caine Gre­ta Ger­wig confie son amour sans bornes pour le tra­vail du réa­li­sa­teur de Na­ked et de M. Tur­ner.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CLÉ­LIA CO­HEN

Dieu ! Mais mon coeur est sor­ti de ma poi­trine !” et vous ne vous en étiez même pas ren­du compte. Parce que Mike Leigh a su tis­ser l’his­toire de ma­nière im­pla­cable. Comme chez Tche­khov. Les en­jeux nar­ra­tifs ne sont pas ex­po­sés dès le dé­part, c’est très sub­til. Je trouve très ins­pi­rante la fa­çon dont il di­rige et filme ses ac­teurs. Il mé­lange théâtre et ci­né­ma d’une fa­çon tout à fait unique, tout en res­tant tou­jours très ci­né­ma­to­gra­phique, ce n’est ja­mais du théâtre fil­mé. Avant de jouer une scène, je pense très sou­vent aux ac­teurs de Mike Leigh, à leur cou­rage. Ils ne sont ja­mais ra­me­nards avec leur per­for­mance, même quand le rôle est in­tense ! Ils ont une force d’in­car­na­tion in­ouïe, in­éga­lée à mon avis dans le ci­né­ma contem­po­rain. Et les per­son­nages ne sont ja­mais sau­vés par quelque en­ti­té scé­na­ris­tique su­pé­rieure, ils fi­nissent tou­jours par faire ce que vous avez craint, du­rant tout le film, qu’ils ne fassent. Je pense tout le temps à

Les­ley dans Ano­ther Year, je suis han­tée par ce per­sonMan­ville nage. À mon avis, elle n’a pas été nom­mée aux Os­cars pour ce rôle, tout sim­ple­ment parce qu’elle y est trop bonne ! On ne la “voit” pas jouer, au contraire de nom­breux rôles à Os­car où on per­çoit le jeu, le tra­vail. On ne ré­com­pense pas ceux qui n’ont pas l’air de jouer, parce que d’une cer­taine fa­çon, ce­la fait peur : le men­songe est trop abys­sal.

Il y a quelques an­nées, j’ai vu une pièce de Mike Leigh à Londres, Ecs­ta­sy, écrite à la fin des an­nées 1970 : ce fut l’ex­pé­rience théâ­trale la plus mar­quante de ma vie. Comme dans ses films, on a l’im­pres­sion que les choses ar­rivent comme ça, qu’elles sont in­ven­tées en di­rect. À un mo­ment, un per­son­nage offre une ci­ga­rette à une femme, et en fait tom­ber deux par terre. On se dit “Mince, c’est un ac­ci­dent !” et puis voi­là l’homme qui met les deux ci­ga­rettes dans sa bouche et fait tout un nu­mé­ro avec. C’était pré­vu, c’était mis en scène dès le dé­part. Les grandes ques­tions à la li­sière des­quelles Leigh se trouve tou­jours, sont : que faire avec la souf­france ? Que faire avec la joie ? Ce sont deux ques­tions qui me tra­vaillent aus­si, et lui sait les dra­ma­ti­ser, les rendre hu­maines. Quand je vois son tra­vail, ce­la me donne en­vie d’écrire des films, de m’in­té­res­ser aux gens. Il pose un re­gard em­pa­thique et vrai sur le monde. Ar­rê­tez- moi quand vous vou­lez, car je pour­rais vrai­ment en par­ler pen­dant des heures ! » —

« Je pense tout le temps à Les­ley Man­ville dans Ano­ther Year. »

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