Les Pa­ri­siens sont-iLs tous ré­aLs?

Pa­ris est plein de Pa­ri­siens ! Chaque mois, Pierre Léon­forte ex­plore la Ville Lu­mière et dé­voile un nou­veau spé­ci­men de cet éco­sys­tème qui fait rê­ver le monde.

Vanity Fair (France) - - Vanity Case -

D’ici peu, on ver­ra beau­coup de ré­als af­fluer bou­le­vard Ras­pail, dans le XIVe, ce qui, pour beau­coup, équi­vau­dra à une ex­pé­di­tion en ter­ra in­co­gni­ta. Là, en lieu et place du QG d’Aé­ro­ports de Pa­ris, s’ins­tal­le­ra le CNC ou Centre na­tio­nal du ci­né­ma et de l’image ani­mée. Un poids lourd ul­tra­po­li­tique. Ça va drô­le­ment chan­ger l’al­lure du quar­tier Den­fert-Ro­che­reau, où l’on de­vait jusque-là se conten­ter de Jean-Paul Bel­mon­do, d’Agnès Var­da et d’An­ny Du­pe­rey. Onde de choc ! Tous les ca­fés du coin vont se rem­plir de ré­als et ci­néastes ve­nus qué­man­der des sous. En clair : l’avance sur re­cettes ou l’aide à écri­ture. Il va donc fal­loir ap­prendre à dé­co­der les conver­sa­tions au- des­sus du p’tit noir. « Je passe au CNC », « J’ai pas eu le CNC », « Pas be­soin d’eux, j’suis pas dans le sys­tème, ça m’bride », « Et toi, t’es ré­al ou tu tra­vailles ? »... Quant aux huiles du CNC, il fau­dra s’at­tendre à les croi­ser plus bas, au Jo­ckey, au Dôme, à La Cou­pole, dans les bis­trots chics de la rue Cam­pagne-Pre­mière ou chez Le Duc. Un autre bud­get...

Sur le ter­rain, le ré­al va du you­tu­beur ama­teur rê­vant d’une car­rière au­to-tout à la Ré­mi Lange – en­cen­sé par Les Ca­hiers – au te­chos aguer­ri et syn­di­qué. Tous ga­lèrent mais ont leur « court » ou leur « long » en pro­jet, « fil­mé dans ma tête ». Dé­co­dage : il ne se fe­ra ja­mais. Sa­voir ici tra­duire le lan­gage in­ar­ti­cu­lé de la ré­al po­li­tik : « J’suis en écri­ture » = je fiche rien. « Rien de si­gné » = ça n’in­té­resse per­sonne. « J’ai si­gné avec Bi­ta­j­nou » = un contrat- type de tech­ni­cien-réa­li­sa­teur pour un cor­po­rate (film d’en­tre­prise). « C’est en dé­ve­lop­pe­ment » = y a une prod qui y a mis son nez et qui n’a pas ré­pon­du. « J’suis en crowd, c’est bou­clé » = je suis en par­ti­ci­pa­tif, on a dé­jà ré­col­té 120 eu­ros (le ré­al peut faire un film pour 4 000 eu­ros). « Je tourne de­main » = je des­cends dans la rue avec mon smart­phone. « C’est un ex­pé­ri­men­tal » = ce se­ra n’im­porte quoi. « J’ai cas­té Tout-Pa­ris » = c’est la cou­sine de Bi­ta­j­nou qui joue de­dans. « C’est bon, j’suis en ping­pong avec la prod » = on dis­cute, on échange, c’est construc­tif...

Il ar­rive heu­reu­se­ment qu’un ré­al dé­croche le pom­pon pour un film, un vrai. On l’en­ten­dra alors dé­cré­ter : « At­tends, j’ai ac­cep­té pasque c’est pour Cannes, c’est pour Sun­dance, ça buzze dé­jà. » Ra­vi­ver céans la vieille blague can­noise des deux pro­duc­teurs pa­ri­siens sur la Croisette, re­cy­clable à l’en­vi de­puis les an­nées 1960 :

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