Les Avo­cAts Du DiABle

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Leurs clients, leurs mé­thodes et par­fois leur ta­lent les ont ren­dus dé­tes­tables. Qui ose­ra plai­der leur cause ? tem­pé­ré son pro­pos : « Je n’ai pas ai­mé ce dos­sier ni tout ce qu’on a re­mué par la suite au­tour de Strauss-Kahn. Cet achar­ne­ment me l’au­rait presque ren­du sym­pa­thique. Moi, je n’ai ja­mais fait la mo­rale ni par­lé de par­ties fines. Tris­tane a été en­traî­née de force parce que la presse connais­sait son his­toire. À la fin, elle en a eu as­sez qu’on la traite d’af­fa­bu­la­trice parce qu’elle ne por­tait pas plainte. Pen­dant ce temps, j’amu­sais la ga­le­rie. C’était pour la pro­té­ger, tant pis si je suis pas­sé pour ce que je ne suis pas. »

Car Koub­bi est un « sen­sible », ré­pètent en choeur ses proches. Ils l’ont vu re­ve­nir de son équi­pée haï­tienne « fi­nan­cée sur ses propres de­niers », épui­sé, sale, une cas­quette du Che sur la tête, « mar­qué par toutes les hor­reurs » de cette île dé­vas­tée par la mi­sère. « Il al­lait dans les ré­cep­tions of­fi­cielles, rem­plis­sait son sac de pe­tits fours et les dis­tri­buait dans la rue », s’en­flamme son vieil ami Jean-François Grom­maire. De re­tour à Pa­ris, « il a or­ga­ni­sé une vente de cha­ri­té à Drouot avec les des­sins des pe­tits Haï­tiens », s’en­thou­siasme le com­mis­saire-pri­seur Pierre Cor­nette de Saint-Cyr.

« C’est Don Qui­chotte ! » s’ex­clame Laurent Das­sault, 63 ans, l’un des fils de l’avion­neur, dont Koub­bi est le conseil dans l’une de ses « af­faires ar­tis­tiques ». « Si j’avais eu un fils, j’au­rais ai­mé qu’il lui res­semble », dit même le cu­ré Jean-Louis Gaz­za­ni­ga, an­cien pé­na­liste qui fut son pro­fes­seur de droit et ne l’a ja­mais per­du de vue. Après avoir quit­té la robe d’avo­cat pour celle de prêtre, il lui fai­sait ré­pé­ter ses épreuves de plai­doi­rie dans l’église de Ba­gnols-sur-Cèze. De­ve­nu vi­caire gé­né­ral à Nice, il lui rend ré­gu­liè­re­ment vi­site à Pa­ris. « Da­vid m’in­ter­roge beau­coup sur des ques­tions mo­rales », confesse- t-il.

L’avo­cat a aus­si des ad­mi­ra­teurs de sa gé­né­ra­tion, tout aus­si éclec­tiques. Avec Au­ré­lie Go­de­froy, ani­ma­trice d’une émis­sion consa­crée au boud­dhisme sur France 2, il s’in­ter­roge sur la no­tion d’im­per­ma­nence (le « ca­rac­tère de ce qui ne dure pas », se­lon le Ro­bert). « C’est un être très pro­fond », dit à son su­jet la jour­na­liste. Avec le co­mé­dien Gré­go­ri Ba­quet, membre du co­mi­té de sou­tien de Ker­viel, il écrit une pièce de théâtre sur « les ra­vages de l’in­jus­tice ». « C’est un ré­vol­té », dit l’ac­teur. Avec le me­nui­sier pa­ri­sien Da­vid Cha­te­lus, il fa­brique une éta­gère aux formes fu­tu­ristes. « C’est un ar­tiste d’une dé­li­ca­tesse rare », dit l’ar­ti­san. Mais qui le voit, à part ses amis ?

Lun mys­té­rieux agres­seur

e 4 juin 2012 ar­rive le grand jour. Da­vid Koub­bi se pré­sente de­vant la cour d’ap­pel de Pa­ris pour de­man­der la re­laxe de Jé­rôme Ker­viel. Comme à son ha­bi­tude, il roule les mé­ca­niques – même s’il marche avec une canne à cause d’une her­nie dis­cale. Pen­dant les quatre se­maines d’au­dience, la plu­part des chro­ni­queurs ju­di­ciaires le dé­mo­lissent à la hache. Dans Le Fi­ga­ro, Sté­phane Durand-Souf­fland le traite de « Tor­que­ma­da sur­vol­té », de « ka­mi­kaze de bande des­si­née », de « tou­riste au pays de la pro­cé­dure pé­nale ». Koub­bi al­pague le jour­na­liste dans un cou­loir et me­nace de lui « en col­ler une » – c’est une ma­nie. Il se conten­te­ra d’un tweet ven­geur : « Sa­luons la créa­tion de la PIF : Presse In­dé­pen­dante- des-Faits, qui fait in­té­gra­le­ment siennes les po­si­tions de la So­cié­té gé­né­rale. » Les com­men­ta­teurs font par­tie du « sys­tème », voi­là son ex­pli­ca­tion. Ou alors ils sont trop sourds pour en­tendre les nou­veaux té­moins qu’il a dé­ni­chés et qui viennent dire à la barre : « Oui, la So­cié­té gé­né­rale sa­vait, elle a uti­li­sé Ker­viel pour mas­quer ses propres tur­pi­tudes. » Où sont les preuves ? de­mandent ma­gis­trats et jour­na­listes, avant d’al­ler rire à gorge dé­ployée à la bu­vette du Pa­lais.

Le pire a été « l’af­faire du scoo­ter ». La veille de sa plai­doi­rie, l’avo­cat prend le vo­lant de sa Porsche, qui n’est pas sor­tie de son ga­rage de­puis des mois ; le ca­pot est en­core or­né d’un énorme graf­fi­ti « PD » (qui date de l’af­faire DSK, dit-il). Sou­dain, place Saint-Au­gus­tin, un homme à scoo­ter le frappe à tra­vers la vitre bais­sée. Koub­bi sort et tombe à terre. L’agres­seur s’acharne puis dis­pa­raît. « Fausse im­ma­tri­cu­la­tion, on ne l’a ja­mais re­trou­vé ; mais les pas­sants ont eu l’im­pres­sion qu’il vou­lait me tuer », as­sure l’avo­cat. « Da­vid est ar­ri­vé en sang, se rap­pelle Ker­viel. Mon doc­teur l’a re­cou­su. »

Lui- même s’est bap­ti­sé « le sa­laud lu­mi­neux ». Cy­nique et pro­vo­ca­teur, il ju­bi­lait de vouer son ta­lent à la dé­fense des tor­tion­naires ser­vice des­quels il in­ven­ta la dé­fense dite « de rup­ture ».

Sans avoir été lui- même im­pli­qué dans les crimes na­zis, cet avo­cat al­le­mand a dé­fen­du plu­sieurs di­gni­taires hit­lé­riens, en par­ti­cu­lier con­dam­né à Jé­ru­sa­lem en 1961 pour son rôle dans l’or­ga­ni­sa­tion de la « so­lu­tion fi­nale ».

À Bruxelles, ce plai­deur aux airs de ba­rou­deur est « l’avo­cat des cra­pules » et il aime ça. Après avoir as­sis­té des meur­triers et un com­plice de Marc Du­troux, il dé­fend seul sur­vi­vant du com­man­do ter­ro­riste du 13- No­vembre.

La moi­tié de la France l’a dé­tes­té, quand cet an­cien bâ­ton­nier dé­fen­dait – au point qu’on ten­ta de l’as­sas­si­ner en 1899. Il a en­suite plai­dé pour l’épouse du mi­nistre Jo­seph Caillaux, meur­trière du pa­tron du Fi­ga­ro.

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