À pro­pos de sa thèse

Pour ri­di­cu­li­ser les plus grands noms de la lit­té­ra­ture amé­ri­caine.

Vanity Fair (France) - - Rencontre Vanity Fair -

Les do­cu­ments ra­content l’his­toire du jour­na­liste de pointe, ob­ser­va­teur et peintre de la vie amé­ri­caine, à une époque de trans­for­ma­tion cultu­relle ra­di­cale, celle de l’émer­gence sen­sa­tion­nelle du jour­na­lisme lit­té­raire amé­ri­cain à la fin des an­nées 1960 et dans les an­nées 1970 – sur le­quel les cendres et la pous­sière ne re­tombent que main­te­nant. Mais c’est une his­toire un peu dif­fé­rente de celle que Wolfe a long­temps ra­con­tée. Elle s’écarte de sa per­son­na­li­té par­ti­cu­lière pour mettre l’ac­cent sur ses tech­niques. L’ima­gi­na­tion dé­bri­dée – dans la ver­sion de Wolfe – est un pauvre sub­sti­tut au re­por­tage et à l’ex­pé­rience. À un cer­tain mo­ment de son évo­lu­tion po­ly­morphe, le ro­man­cier amé­ri­cain a ou­blié qu’il fal­lait se plon­ger dans le monde et ap­prendre son fonc­tion­ne­ment avant de le dé­crire, et a lais­sé le champ libre au jour­na­liste amé­ri­cain.

À la fin des an­nées 1960, une poi­gnée d’écri­vains a sau­té dans le vide : George Plimp­ton, Joan Di­dion, Tru­man 4 Ca­pote, Gay Ta­lese, Nor­man Mai­ler, Hun­ter S. Thomp­son et consorts. Wolfe les a ras­sem­blés en un groupe dis­pa­rate et les a bap­ti­sés « Nou­veaux jour­na­listes ». En­semble, ils ont chan­gé le rap­port de force entre les écri­vains de fic­tion et les autres, prin­ci­pa­le­ment à cause de leur vo­lon­té de s’im­mer­ger dans leur su­jet tout en em­prun­tant les astuces du ro­man­cier : construc­tion scène par scène, dia­logues dra­ma­tiques, por­traits vi­vants, points de vue mul­tiples, etc.

Je ne crois pas avoir été le seul à trou­ver cette ver­sion du Nou­veau jour­na­lisme in­sa­tis­fai­sante. Hun­ter Thomp­son, par exemple, a écrit à Wolfe : « Es­pèce de tas de fu­roncles al­bi­nos... je ré­dui­rai tes sales fé­murs en poudre d’os si tu cites en­core mon nom sous cette hor­rible éti­quette de “nou­veau jour­na­lisme” que tu as lan­cée. » Pour com­men­cer, il n’y avait rien de nou­veau dans les tech­niques. Dé­jà Mark Twain s’en ser­vait pour dra­ma­ti­ser ses ex­pé­riences de ba­te­lier et de cher­cheur d’or. George Or­well s’est mis dans la peau d’un va­ga­bond sans le sou et l’a re­la­té sous une forme non fic­tive. Vir­tuel­le­ment, tout écri­vain voya­geur bri­tan­nique ayant un jour fi­lé à la cloche de bois pour­rait être ca­ta­lo­gué comme Nou­veau jour­na­liste. Quand 5 3

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